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27/11/2008

Qu'est-ce que la solidarité ?

Tenter de définir la solidarité n'est pas une mince affaire. Une multitude de définitions s'offre à nous. Mais tentons dans la complexité du terme de mettre un peu d'ordre sans pour autant le simplifier, car comme l'a dit Edgar Morin "je conçois la complexité comme un mot affirmatif de la diversité, du débordement de l'imprévisible réalité, et qui nous rappelle que le monde est un jeu, comme la connaissance...".

Ce que la solidarité n'est pas

Tout d'abord, il est intéressant dans une démarche de définition d'un mot de voir les synonymes mais aussi les antonymes.

Du côté des antonymes de la solidarité, nous avons les notions d'indépendance, d'individualisme et de solitude.

Côté synonymes : association, fraternité, partage, interdépendance, dépendance, mutualité, cohésion, coopération.

La solidarité est un sentiment collectif, l'homme évoluant dans une tension entre le groupe et son individualité (Kant parlait d'insociable sociabilité). La solidarité est un sentiment qui pousse les hommes à s’accorder une aide mutuelle, dans la conscience du fait que l'aide ou l'attention apportée à l'autre à un moment, pourra être reçue de l'autre ultérieurement. La solidarité tisse donc un lien entre les individus ou les groupes et entre des situations vécues par ces individus ou ces groupes.

Une définition synthétique

La solidarité traduit l'idée d'une interdépendance entre individus, qu'elle soit librement consentie, ou subie. La sécurité sociale française est basée sur une solidarité intergénérationnelle. C'est le résultat des choix politiques qui s'enracinent dans des valeurs. Il n'est pas demandé aux individus s'ils sont d'accord ou non avec ce fonctionnement.

 

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La solidarité vue par Keith Haring

La solidarité fait exister le groupe

La solidarité peut aussi se définir comme l'interdépendance impliquant une responsabilité mutuelle d'assistance et d'entraide réciproques entre les membres d'un groupe, fondée sur le contrat ou la communauté d'intérêts.

Il y a donc encore une fois l'idée de groupe, d'organisation, de dépendance réciproque au sein du groupe, de lien social. Par là il y a aussi la notion d'intérêt général. Ainsi, la solidarité conduit l'homme à se comporter comme s'il était directement confronté au problème des autres, sans quoi, c'est l'avenir du groupe, donc le sien, qui pourrait être compromis. Il y a une sorte d'équivalence supposée entre le macro et le micro, le bien être du groupe est corrélé à celui de l'individu, en quelque sorte.

La solidarité revêt des aspects multiples, mais plus concrètement elle peut porter sur des groupes familiaux, civiques, professionnels (syndicats), institutionnels (assurances privées ou publiques), politiques, sociaux (associations).

Pour ce qui est de la solidarité comme lien social, l'analyse de Durkheim est intéressante. Alors témoin de la naissance de la société industrielle, Durkheim se pose la question de savoir comment s'unissent les hommes dans une société qui s'individualise de plus en plus.

Durkheim, à propos de l'évolution de la solidarité :

"Les sociétés traditionnelles passées se basaient sur une solidarité mécanique impliquant des comportement collectifs et des activités de production faiblement différenciés. Cette solidarité reposait sur la proximité, la ressemblance et le partage d'une histoire et de valeurs communes aux communautés humaines. Mais cette solidarité doit laisser place à une solidarité devenue "organique" pour s'imposer dans nos sociétés modernes. Cette solidarité se définit par l'interdépendance et la complémentarité qu'impose la société moderne aux êtres humains. Celle-ci s'étant mise en place avec la division du travail social produit par la forte densité démographique du pays. La division du travail social semble alors créer pour Durkheim un lien d'interdépendance, une fonction sociale, entre les êtres humains." (Source Wikipedia).

La solidarité se situe dans le domaine de l’action, plus précisément des relations humaines. Elle est d’ordre éthique bien plus que politique, c’est par sa dimension sociale qu’elle apparaît au grand jour, dans le « vivre ensemble ».

Aujourd'hui dans un ordre mondialisé, les dimensions que revêt la solidarité sont plus complexes. Elle se situe donc à plusieurs niveaux : local, national, international et mondial.

Tanella Boni, philosophe, poète et romancière parle de "l'agir ensemble" lorsqu'elle tente de répondre à la question "qu'est-ce que la solidarité ?". Sa réflexion est aussi très intéressante, en voici un extrait :

"Agir par solidarité est une manière d’humaniser la vie dans un monde de dette, de don, de distribution et d’aide. Un monde d’inquiétude grandissante pour les plus démunis. Ces mots, comme on pourrait le montrer, désignent, d’une manière ou d’une autre, des rapports de pouvoir dans lesquels il y a des puissants et des faibles. Et, entre puissants et faibles, ce qui est en jeu ne s’exprime pas seulement en termes de domination ou de sujétion mais aussi de connaissance et de reconnaissance, là où l’éthique va de pair avec l’anthropologie et d’autres sciences humaines et sociales, de même qu’avec la politique.
S’il en est ainsi, la reconnaissance de chaque humain comme étant un humain - une fin en soi - semblable à un autre et non pas comme une bête de somme, un objet ou une marchandise, est d’autant plus difficile que les regards qui imaginent et conçoivent des rapports entre humains d’horizons divers n’admettent pas la réciprocité dans la relation. Il y a par exemple « ceux qui aident » d’un côté et de l’autre « ceux qui sont assistés
».

L’agir solidaire, dans un ordre mondial déséquilibré est celui qui, d’emblée, pose tous les humains sur un même plateau avec la finitude et la vulnérabilité de chacun d’eux, quelles que soient leurs appartenances et leurs origines. L’agir solidaire prend donc en compte un destin commun et cela ne peut se faire que par le détour de l’idée de reconnaissance.

Quant à l’ordre mondial inégal, il se fonde sur l’idée de répartition de biens matériels et de maux. Les pays riches et les pays pauvres, leurs populations de riches et de pauvres, se retrouvent face à face dans un tel ordre, dans des mondes différents, plus ou moins cloisonnés, comme si les humains, rejetés dans leurs différences (culturelles, linguistiques, politiques, religieuses…) ne pouvaient entretenir de relations entre eux que par accident...


Pour compléter ces réflexions, nous vous proposons quelques définitions de la solidarité par les partenaires sur le terrain de l'association de lutte contre le Vih Solidarité Sida.

Cette vidéo a été réalisée dans le cadre de l'animation du blog : http://rencontresolidays.solidairesdumonde.org/ dédié au témoignages des associations partenaires de Solidarité Sida, blog réalisé par l'équipe Solidaires du monde.

 

19:14 Publié dans Définition | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : solidarité, individus, durkheim, vivre ensemble, relation nord sud, lien social, aide, définition, interrogation, kant, sociabilité, liberté | | | Digg! Digg

Commentaires

Une petite citation d'André Comte-Sponville extraite de l'article Politique de son livre "Présentations de la Philosophie."

« La politique n’est pas le contraire de l’égoïsme (ce qu’est la morale), mais son expression collective et conflictuelle : il s’agit d’êtres égoïstes ensemble, puisque tel est notre lot, et le plus efficacement possible. Comment ? En organisant des convergences d’intérêts, et c’est ce qu’on appelle la solidarité (par différence avec la générosité, qui suppose au contraire le désintéressement).
Cette différence est souvent méconnue ; raison de plus pour y insister. Etre solidaire, c’est défendre les intérêts de l’autre, certes, mais parce qu’ils sont aussi – directement ou indirectement – les miens. Agissant pour lui, j’agis aussi pour moi : parce que nous avons les mêmes ennemis ou les mêmes intérêts, parce que nous sommes exposés aux mêmes dangers ou aux mêmes attaques. Ainsi dans le syndicalisme, l’assurance ou la fiscalité. Qui se jugerait généreux d’être bien assuré, d’être syndiqué ou de payer des impôts ? C’est que la générosité c’est autre chose : c’est défendre les intérêts de l’autre mais non point parce qu’ils sont aussi les miens ; c’est les défendre quand bien même je ne les partage pas – non parce que j’y trouve mon compte, mais pour qu’il y trouve lui, le sien. Agissant pour lui, je n’agis pas pour moi : il n’est pas exclu que j’y perde quelque chose, et même c’est le plus fréquent. Comment garder ce qu’on donne ? Comment donner ce qu’on garde ? Ce ne serait plus don mais échange : ce ne serait plus générosité mais solidarité. La solidarité est une façon de se défendre à plusieurs ; la générosité, à la limite, une façon de se sacrifier soi, pour les autres. C’est pourquoi la générosité, moralement, est supérieure ; et c’est pourquoi la solidarité, socialement, politiquement, est plus urgente, plus réaliste, plus efficace. Nul ne cotise à la Sécurité Sociale par générosité. Nul ne paie ses impôts par générosité. Et quel étrange syndicaliste que celui qui ne se syndiquerait que par générosité ! Pourtant la Sécurité sociale, la fiscalité et les syndicats ont fait plus pour la justice – beaucoup plus ! – que le peu de générosité dont tel ou tel ou su faire preuve. Cela vaut aussi pour la politique. Nul ne respecte la loi par générosité. Nul n’est citoyen par générosité. Mais le droit et l’Etat ont fait beaucoup plus, pour la justice et la liberté, que les bons sentiments.
Solidarité et générosité ne sont pas pour autant incompatibles : être généreux n’empêche pour autant d’être solidaire ; être solidaire n’empêche pas d’être généreux. Mais elles ne sont pas d’avantage équivalentes, et c’est pourquoi aucune des deux ne saurait suffire ni tenir lieu de l’autre. Ou plutôt, la générosité pourrait suffire peut être, si nous étions assez généreux. Mais nous le sommes si peu, si rarement, si petitement… Nous n’avons besoin de solidarité que parce que nous manquons de générosité, et c’est pourquoi de solidarité, nous avons tellement besoin !
Générosité : vertu moral. Solidarité : vertu politique. »

Écrit par : Thomas | 28/11/2008

Extrait de cette conférence prononcée par la romancière philosophe Tanella Boni :

"rendre le monde habitable, vivable et heureux pour chacun et pour tous et non pas seulement pour une minorité de nantis."

Écrit par : Hakim | 10/03/2009

une vidéo que nous avons réalisé en réponse à cette question :
http://www.dailymotion.com/video/x9oveo_quest-ce-que-la-solidarite-y_news

Écrit par : Thomas | 27/06/2009

En voici une bonne question!
De mon côté en tant qu'animateur j'aime amener les gens à se positionner à où trop souvent il y a un consensus "mou"sur cette valeur...et à dessiner collectivement les contours d'une définition de la solidarité...Avec le même outil d'animation "le débat mouvent"... on obtient à chaque fois et en fonction des groupes des arguments différents...Je tente une adaptation web de cet outil...Alors rdv sur mon blog pour être "d'accord" ou "pas d'accord" avec un certain nombres d'affirmations...

Et vive le débat et le dialogue outils privilégiés de construction de savoirs...et peut-être de nouvelles solidarités...
Jérôme

Écrit par : Jérôme | 02/12/2009

La solidarité est à mon sens un ensemble de caractéristiques (fraternité, entraide, soutient, défense, ...) qui ont un objectif commun, aider son prochain.

Cependant, c'est avant tout aux niveaux des actes que l'on constate la solidarité, les mots servent à l'expliciter, créer une dynamique, montrer l'exemple, éveiller les esprits, mais la solidarité telle que je l'entends est tangible.

Écrit par : Morgan Strategies Web | 30/07/2010

Cependant, c'est avant tout aux niveaux des actes que l'on constate la solidarité, les mots servent à l'expliciter, créer une dynamique, montrer l'exemple, éveiller les esprits, mais la solidarité telle que je l'entends est tangible.

Écrit par : auxiliary | 24/08/2010

La solidarité, ce n'est pas qu'un sentiment seul, je pense. Ca dérive également de l'amitié, du sentiment d'appartenance à une comunauté. Je citerai le passage dans le voleur de Bicyclette où plusieurs rattrappe le héros volant une bicyclette. Les gens se connaissaient et étaient loin de la peur de l'autre, la solidarité en découlait.

Écrit par : Tanguy | 27/08/2010

Cependant, c'est avant tout aux niveaux des actes que l'on constate la solidarité, les mots servent à l'expliciter, créer une dynamique, montrer l'exemple, éveiller les esprits, mais la solidarité telle que je l'entends est tangible.

Écrit par : Jay | 08/09/2010

Je suis d'accord qu'on parle beaucoup de solidarité sans que cela soit suivi d'action. L'idéal c'est d'agir au niveau local, chacun à son niveau, pour contrôler un tant soit peu nos actes. Dans une perspective plus large, cela implique des échanges avec les autres cultures car pour moi la solidarité passe avant tout par le partage et le respect de l'autre.

Écrit par : cooperation | 10/09/2010

D'accord avec vous coopération,

il y a les mots et les faits, la communication et les actions réalisées. Il y a aussi des intentions qui peuvent se traduire parfois par des résultats contraire à l'objectif.

La culture dans laquelle nous vivons connait une inflation de la communication et des échanges, tout en se figeant dans le discours et devant les difficultés de réaliser les promesses ou les annonces.

Vous avez raison, le dialogue des cultures et les échanges entre identités différentes est une des racines de la reconstruction du monde. Reconstruction cimentée par les héritages de l'histoire, le progrès de la nature humaine, l'harmonie avec notre environnement, la paix et la santé pour un plus grand nombre, et le partage de l'impression d'appartenir à une même communauté, un même monde.

Je crois que l'homme est mis en mouvement par ses intérêts ET par la sympathie qu'il éprouve pour son prochain. Ces deux tendances n'en font qu'une, mais notre civilisation les dissocie et insiste sur la première aux dépends de la seconde. C'est à nous de changer cela.

A bientôt.

Écrit par : Thomas pour l'équipe Solidaires du monde | 22/09/2010

Cependant, c'est avant tout aux niveaux des actes que l'on constate la solidarité, les mots servent à l'expliciter, créer une dynamique, montrer l'exemple, éveiller les esprits, mais la solidarité telle que je l'entends est tangible.

Écrit par : Daria Stiefel | 20/12/2010

Je suis d'accord avec Daria. Le plus important ce sont les actes et non les mots!

Écrit par : Lisa | 18/03/2011

la solidarite c quelque chose qui est naturel dans la vie conjugal

Écrit par : eve niang | 05/06/2011

la solidarite peut se definir commr l'interdépendance impliquant une responsablité mutuelle d'assistance et d'entraide reciproques entre les membres d'un groupe fondé sur le contra ou la communauté d'intéré.

Écrit par : eve niang | 05/06/2011

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