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15.01.2010

Iran-Moldavie : les nouvelles formes numériques de mobilisation politique

En 1989, Ronal Reagan proclamait que « le Goliath du totalitarisme sera abattu par le David de la puce électronique ». Un peu plus tard Bill Clinton comparait la censure de l’Internet à « essayer de clouer de la gélatine sur un mur ». En 1999 c’est George W. Bush qui déclarait « imaginez si l’Internet réussit à s’implanter en Chine. Imaginez alors comme la liberté pourrait se répandre ».

Le développement des nouveaux outils de communication (réseaux sociaux tels Facebook, plate-formes vidéo telles Youtube, micro-blogging avec Twitter) et leur utilisation pour des mobilisations politiques est un phénomène récent. On peut considérer que la Révolution Orange de 2004 en Ukraine, a été le premier cas dans lequel ces outils ont joué un rôle important. On pourra à ce sujet consulter avec profit l’étude du Berkman Center for Internet & Society de l’université de Harvard intitulée The Role of Digital Networked Technologies in the Ukrainian Orange Revolution.

Si le cyber-optimisme des débuts a dû être nuancé par les expériences concrètes du terrain, il n’en reste pas moins que les nouvelles formes de solidarité et de mobilisations politiques numériques sont des changements majeurs.


Moldavie et Iran, retour sur les faits

Les révoltes urbaines en Moldavie (avril 2009) et en Iran (depuis juin 2009) ont pour la première fois, dans leur traitement médiatique en tout cas, laissé une place presque prépondérante aux nouveaux médias numériques. A la fois comme source d’information des médias étrangers dans des pays soumis à la censure et comme instruments de mobilisation politique. Twitter s’imposant presque exclusivement, si l’on suit le traitement médiatique de l’époque, comme le symbole de ces révolutions 2.0.

Emission de CNN, débat sur le rôle de Twitter dans les mobilisations iraniennes


Les capacités de réaction des internautes furent de nouveau mises en valeur : devant la multiplication des messages liés aux évènements en Iran, des filtres basés sur la géo-localisation des tweets furent utilisés. Comme celui-ci, filtrant les tweets en anglais émis dans une circonférence de 500 km autour de Téhéran.

Emission de CNN, sur la veille sur Twitter et son utilisation pour suivre les événements ayant eu sur place

Que la Moldavie, le pays le plus pauvre d’Europe, souffrant d’un retard notable en matière de télécommunications, ait connu de telles mobilisations numériques a marqué nombre d’observateurs, en France (lire cet article de l’Express) ou à l’étranger (analyse de Foreign Policy). 

Plusieurs observateurs étrangers ont souligné le rôle joué sur le terrain par ces nouveaux outils : « je ne connais aucun autre facteur [autre que Facebook et Twitter] qui serait responsable d’une mobilisation d’une telle ampleur » analyse dans le New York Times Evgeny Morozov, de l’Open Society Institute.

De l’autre côté, qu’un pays aussi contrôlé que l’Iran, dont les services de sécurité disposent d’un réel savoir-faire en matière de répression numérique, ait pu être agité par des mobilisations numériques montre la difficulté à contrôler de manière étanche l’information et les communications entre individus, malgré des moyens importants.


Le mythe des révolutions 2.0

Le recul permet aujourd’hui d’analyser plus précisément ces évolutions, et de nuancer le tableau d’ensemble. Un bon point de départ est l’analyse d’Olivier Tesquet dans l’Express.

Première nuance, comme le souligne Anne Applebaum dans Slate, Twitter, fut dans le cas des révoltes moldaves bien plus un accélérateur, un facilitateur, qu’un déclencheur. Il a servi avant tout de moyen de coordination et de communication, une rôle repris et accéléré sur une échelle plus importante en Iran. 

D’un point de vue technique, le recours aux nouveaux médias numériques s’explique par à la fois l’impossibilité d’utiliser d’autres canaux et par la facilité d’utilisation de ces outils, au point de provoquer un engorgement des réseaux (mobile notamment ; voir ces statistiques pour l’Iran. Engorgement soutenu par les autorités car privant les internautes de leur canal de communication le plus libre.

A contrario on peut se poser la question des moyens électroniques de veille et de surveillance, permettant aux Etats policiers d’utiliser ces nouveaux médias pour identifier et punir, une fois l’attention médiatique retombée. S’exprimer implique par définition attirer l’attention, l’anonymat n’existant pas sur Internet, pour peu que des moyens techniques suffisants soient mobilisés.

Autre nuance, si Twitter a concentré presque exclusivement la lumière des projecteurs médiatiques, il ne faut pas pour autant oublier les autres supports. Bien que moins utilisés (du fait à la fois d’un usage moins instantané et d’un blocage / censure plus efficaces) ils furent des compléments importants, apportant contenus (texte, image, vidéo) complémentaires. On peut par exemple citer, dans le cas moldave, le groupe Support Moldova, créé par un Roumain, qui a essayé de pondérer les ardeurs des partisans d'une ligne dure et JurnalTV, une télévision sur Internet basée à Chisinau (capitale de la Moldavie).

A contrario, les médias numériques, notamment la vidéo, peuvent également avoir des effets pervers voire servir d’outils pour des tentatives de manipulation. Anne Applebaum souligne, dans les colonnes de Slate, le rôle par Youtube dans la radicalisation du mouvement moldave et les violences qui en ont résulté, au final discréditant le mouvement de protestation. On peut également penser à l’utilisation par les services iraniens des vidéos pour identifier et cataloguer les opposants, quitte à opérer des rafles « au calme », une fois endormie l’attention des médias étrangers. Ce fut le cas à plusieurs reprises dans les campus étudiants de Téhéran notamment.


Une conclusion … temporaire

Comme le déclare Clay Shirky " Au fur et à mesure qu'un média devient plus rapide, il devient plus émotionnel. Nous ressentons plus vite que nous ne réfléchissons. Mais Twitter est aussi au média bien plus personnel. Lire les messages personnels d'individus présents sur le terrain nous  conduit à une implication affective accrue. Nous voyons tout le monde essayer désespérément de faire quelque chose pour montrer sa solidarité et soudainement la communauté se rend compte qu'elle peut offrir des Proxys Web sécurisés ou persuader de différer une mise à jour technique pour maintenir le média accessible".

Intervention de Clay Shirky pendant les conférences TED sur le thème « Comment Twitter peut faire l’histoire »


En conclusion on peut suivre Evgeny Morozov de la Boston Review quand il affirme que « construire des sphères publiques, online ou offline, en commençant depuis le sommet revient à construire des émules de Frankenstein : on pourrait ne pas aimer le produit final. Ce qui ne veut pas dire que nous devons renoncer à l’Internet en tant qu’outil de démocratisation, seulement que nous devrions refuser l’idéologie du déterminisme technologique et se concentrer sur des tâches pratiques. Découvrir les manières dont l’Internet peut aider les forces et organisations démocratiques existantes, dont très peu ont démontré des approches du Web particulièrement créatives, ne serait pas un mauvais point de départ ».

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Commentaires

Bonjour,

Je pense que nous devrions beaucoup plus nous méfier des "révolutions colorées", comme l'explique cet article de Thierry Meyssan : http://www.voltairenet.org/article163449.html

GM

Ecrit par : GM | 16.01.2010

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