10.12.2010
Infographie sur internet : attirer l’attention vers les données des acteurs de la solidarité
Séduisantes, efficaces, directes, facilement partageables, les infographies (ou Dataviz) ont le vent en poupe en ce moment, dans la presse classique mais aussi sur le web. Lors de l'introduction du concept dans la langue française vers les années 1970, l'infographie désigne uniquement les graphismes, que l'on appelle alors « infographies » (mot valise exprimant l'idée d'information par le graphisme), destinés à mettre en images des informations généralement statiques au moyen de diagrammes, de cartes ou de schémas. Aujourd'hui, le concept d'infographie s'est élargi à tous les graphismes produits par des moyens numériques.
Des médias comme lemonde.fr ou Owni en sont friands. Au-delà du sempiternel diagramme circulaire ou du tableau réservé à l'analyste, les infographies sont là pour dire des choses, rendre compréhensibles les chiffres et les enjeux qu'ils soulèvent et transmettre de l'information. Ces infographies permettent l'accès des données à un plus grand nombre, elles se prêtent à une lecture rapide et approfondie et sont aisément redistribuables aux réseaux de connaissances de leurs lecteurs. Les associations et les acteurs du non-profit s'y mettent et comprennent l'intérêt de publier toutes ces données qu'ils collectent du terrain.
Histoire d'image et de sens
En tant qu'image rationnelle, la représentation graphique se distingue à la fois de l'image figurative et de la mathématique.
Les images graphiques ont d'abord été conçues, et d'une certaine façon c'est encore le cas aujourd'hui, comme des reproductions de la nature visible (même schématisées). Il faut en fait attendre le milieu du XVIème siècle pour entrevoir à Oxford d'autres formes graphiques avec l'apparition de représentations quantitatives et notamment de diagrammes.
La graphique utilise le système dit monosémique. La connaissance de la signification de chaque signe est antérieure à l'observation de l'assemblage de signes. Chaque élément y est défini à l'avance. La perception consiste alors à caractériser les relations qui s'établissent dans l'image, entre différentes images, ou entre l'image et la réalité. Des conventions sont fixées, il convient de ne pas les discuter.
Avec la fin du XXème siècle, le système de signes franchit une étape nouvelle et fondamentale, sous la pression de l'information moderne et grâce au développement de l'informatique. On perçoit désormais clairement une différence entre la représentation graphique d'hier, qui restait associée à l''image figurative et le graphique de demain, marqué par la disparition de la domination de l'image en tant que telle. Le graphique est devenu, notamment en raison de sa maniabilité, un instrument de traitement de l'information.
Les graphiques constituent des composantes importantes des quotidiens, des études, des rapports parce qu'ils donnent une information à la fois visible et synthétique et fondée le plus souvent sur des chiffres donc scellé du sceau de l'objectivité. C'est ainsi qu'est né le data journalism. Et c'est dans cette mouvance que les premières infographies consacrées au non-profit sont apparues.
Démonstration, par l'exemple, de quelques utilisations possibles des infographies.
Faire passer un message fort de façon direct : le plaidoyer
Les images parlent directement. Le message peut être transmis de façon plus claire.
La vraie taille de l'Afrique est une infographie frappante qui met en relation les populations des pays du monde avec les populations d'Afrique.
Allant à contresens de l'image véhiculée par la fameuse carte que nous avons tous en tête (la projection de Mercator ), cette représentation tend à rappeler la taille d'un continent souvent oublié. Elle rappelle également que plus d'un milliard de personnes y vivent. Cette visualisation d'information a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, retweetée près de 200 fois (estimation grâce à l'outil http://backtweets.com). Des critiques ont été faites sur le respect des proportions (première version) ce qui a amené à une version corrigée en Creative Commons, elle aussi reprise plus de deux cents fois. On pourra néanmoins regretter l'absence de prise en compte de la population.
Appel à l'action : la polio peut être éradiquée.
Mais l'infographie, au-delà de frapper l'esprit, peut être militante et incitative. Des associations, des fondations peuvent l'utiliser dans une démarche de mobilisation.
Dans une infographie comme celle-ci, le titre joue un rôle important. L'auteur de cette infographie, la fondation Gates, produit un grand nombre d'infographies qu'elle utilise directement et qu'elle transmet à des relais d'opinions comme les medias (on pense notamment au Guardian ).
La fonction est ici d'étayage. Les illustrations participent à la construction de l'argumentaire développé par l'auteur dans un texte. Autrement dit, elles ont valeur de preuves dans le cadre d'une démonstration développée dans le texte principal. Certes, les illustrations peuvent contenir de l'information complémentaire mais celle-ci ne peut être considérée comme le vecteur de la fonction principale: elle constituerait plutôt une qualité secondaire au service d'une stratégie de conviction. L'illustration atteste alors la véracité des informations contenues dans le texte.
Le web est en temps réel, les infographies aussi
A l'occasion de la journée mondiale du Sida du premier décembre dernier, l'ONG Red a mis en place un dispositif de mobilisation et de sensibilisation.
1er Décembre : journée mondiale du Sida.
#turnred & les actions à l'échelle mondiale
Une de ces actions mettait en jeu Twitter et Facebook : à travers un dispositif de visualisation, tous les messages comportant le hashtag #turnred étaient relayés sur une carte interactive. Ce dispositif de cartographie en temps réel n'est pas une première. Sur le même principe, Ushahidi mobilise régulièrement les cartes pour organiser la réponse des secours en situation de crise (par exemple à l'occasion des très récentes élections ivoiriennes). Dans ces cas, la carte devient un support d'organisation de l'action.
Les rapports et les bilans : retour sur les résultats partagés
Communiquer sur les résultats de son action en interne et/ou en externe est une priorité pour les associations.
Certaines illustrations ont pour fonction de reprendre sous une forme condensée une partie de l'information contenue dans le texte principal. Contrairement aux fonctions d'information, l'usage correspond ici à un passage du code écrit au code visuel, à une traduction condensée, de l'information verbale dans une forme figurée. Pour le lecteur, elle permet de considérer en une même appréhension des caractéristiques, des relations difficilement exprimables par les mots. Elle transmet donc de façon synthétique un ensemble de données.
On peut citer l'initiative de Médecins Du Monde qui a décidé de transmettre les enseignements de son observatoire sur l'accès aux soins des plus démunis en France auprès du public sous cette forme.
Observatoire de l'accès aux soins de la mission France - Rapport 2010
Un autre exemple est l'Amfar qui présente une version web de son rapport avec notamment une carte de ses lieux d'intervention...
Lieux et types d'intervention de l'Amfar
L'Analyse à froid
Le ressenti devant le désastre du Pakistan, dont nous avions déjà parlé, fut la sensation d'une différence de traitement par rapport au désastre Haitien. Il restait à les comparer, c'est chose faite avec cette infographie qui met en lumière les différences dans les dons à l'échelle globale mais aussi à une échelle plus locale. On peut ainsi noter la beaucoup plus faible participation des Etats Unis et des individus pour le Pakistan. Un Pakistan soutenu par l'Arabie Saoudite. Les relations géopolitiques apparaissent.
Haiti vs le Pakistan : qui a reçu le plus d'aides ?
Le constat, pour aller plus loin ?
Sur le blog Huit fois oui (rédigé comme Regards sur le web par l'équipe d'administrateurs de la plateforme de blog Solidaires du monde), une carte mettant en avant quelques avancées des OMD a été présentée : « La carte a pour objectif de représenter les Etats qui font le plus de progrès dans la lutte contre la pauvreté. » Une façon de mettre en valeur les bons chiffres.
Les infographies dynamiques sont particulièrement utiles pour mettre en avant des évolutions (on pense ici aux présentations de Hans Rosling) et des comparaisons entre pays ou thèmes.
Une carte interactive publiée sur le Center for Global Development met ainsi en avant la contribution des pays riches à l'aide au développement par thématiques et en fonction des régions d'affectation.
Contribution des pays riches à l'aide au développement
Dans une même démarche comparative, mais placée cette fois sous l'angle des pays pauvres, on pourra se reporter sur l'infographie interactive proposée par le Guardian et la fondation Gates. La scénarisation y est intéressante, toute comme la synergie entre texte et image, mais l'organisation (notamment la présentation de la légende qui n'arrive qu'en milieu de parcours) ne facilite pas la compréhension.
OMD : les progrès en matière de lutte contre la pauvreté
Surfant sur un succès grandissant et une adéquation avec la lecture sur le web : les données brutes des acteurs du secteur caritatif sont propices à la réalisation de belles infographies. Reste à convertir et à scénariser ces données. Les grandes associations et fondations disposent de moyens qui expliquent qu'ils soient les premiers à se tourner vers ce format de documents. Néanmoins des solutions gratuites de visualisations de données existent comme Gephi, Manyeyes, Timetric et même Google propose des outils de visualisation qui permettent à chacun de donner quelques coups de pinceaux sur leurs tableaux de chiffres. Aux plus motivés de se lancer !

- Entretien avec Simon Rogers, le data-blogueur, par Ziad Maalouf de l' Atelier des Médias
- 200 ans, 200 pays en 4 minutes par Hans Rosling
- Beaucoup de sites et blogs relayent des infographies. On peut citer : FlowingData, Cool Infographics ou Visual complexity. L'un d'eux s'intéresse plus particulièrement à des questions plus sociétales : Good. Enfin on n'oubliera Twitter comme outil de veille. Vous pouvez suivre par exemple le hashtag #infographic...
- Et si vous voulez voir ce qu'il est possible de faire, une de nos "tentatives" de réalisation grâce à l'outil de visualisation de Google sur la Perception du degré de corruption dans le monde à partir des données de Transparency International

12:13 Publié dans Communication / Médias | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : infographie, dataviz, non-profit, solidarité, vulgarisation, données, grand public |
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01.12.2010
Wonzomai veille la présidentielle en Cote d'Ivoire
Utilisant la technologie d'Ushahidi, les Ongs Internet sans Frontières et Akendewa se sont associées pour créer la plateforme d'alertes Wonzomai, spécialement dédiée aux élections présidentielles de Cote d'Ivoire.
Qu'est ce que c'est ?
Wonzomai veut dire sentinelle ou veilleur et porte bien son nom, puisque son utilité est de permettre à tout internaute de communiquer sur Internet un évènement dit citoyen ou d'intérêt commun lié aux élections ivoiriennes. L'alerte peut être envoyée par sms ou par mail. Une fois enregistrée une équipe de journalistes et de citoyens vérifie l'information; la validation ou non est ainsi visible de tous, il n'y a donc pas de censure et cela permet d'assurer une veille en ligne sur les élections en Côte d'Ivoire.
Comment cela marche-t-il ?
C'est assez simple. Le « témoin » envoie un sms gratuit ou en remplissant un formulaire en ligne sur le site Wonzomai, en indiquant quoi, où, quand. Il est possible d'associer une photographie ou une vidéo à cette alerte. Elle peut être également catégorisée : bureaux de vote, candidats, CEI et gouvernement, fraudes, incidents, insolites, manifestations ou témoignages. L'information est ensuite relayée, indiquée sur une carte et vérifiée.
Etat des lieux :
Aujourd'hui, au 1er décembre 2010, nous sommes deux jours après les élections. Les résultats n'ont toujours pas été communiqués. Une annonce partielle avait pourtant été prévue pour hier dans la journée, et les candidats semblent sous tension... Il est intéressant de noter, que les informations relatives concernent ainsi, sans surprise, les conditions de vote elles-mêmes (vol d'urnes, blocage devant les zones de vote...) et les réactions sous-jacentes des candidats, de pair avec les rumeurs. Le pays étant sous couvre-feu, et malgré 3 décès lors d'une manifestation contre celui-ci, il est normal que les alertes relatives à des altercations musclées soient faiblement représentées. Cependant, il est à penser que des tensions post-résultats écloront et que Wonzomai relatera plus de conflits et de représailles citoyennes et gouvernementales (policières / militaires ?). A 13h, nous comptons environ 110 rapports dont la moitié a été vérifiée. Ils concernent les grandes villes du pays, y compris des villes à l'étranger relayant des situations vécues au sein des ambassades ivoiriennes... Il est à noter que peu d'alertes sont accompagnées de média (photographie ou vidéo).
Un centre de discussion :
Notons également que Wonzomai devient lieu de dialogue en temps quasi-direct par la possibilité de commenter tel ou tel évènement, de le confirmer ou de l’infirmer.
Par exemple : « Impossible de voter à Paris » : nous comptons, à l'heure où nous écrivons, 6 réactions (dont 2 réfutant cette affirmation, les 4 autres ne faisant que commenter) :


15:51 Publié dans Médias et informations | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : wonzomai, veille, cote d'ivoire, presidentielle, outil, alerte, ushahidi |
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