29.09.2010
Ushahidi, la géolocalisation d'informations en temps de crise
Dans les jours suivants une crise, les témoins sont porteurs d'informations qui peuvent sauver des vies si elles sont transmises à temps aux organisations de secours. Faciliter ce partage d'informations reçues du terrain est au cœur du projet d'Ushahidi.

Ushahidi signifie "témoin" en Swahili", dérivé de "shahid" en arabe. L'idée d'Ushahidi est de mettre à disposition une application web qui permette la publication par SMS de messages d'appels à l'aide, de témoignages, de signalements d'événements, toujours associés à des coordonnées géographiques précises.
Applications multiples
Au départ, cette application internet a été développée pour permettre à des manifestants Kenyans d'envoyer par téléphone mobile des informations sur les violences urbaines auxquelles ils assistaient, ou qu'ils subissaient, dans le cadre des conflits interethniques suivant les élections de 2007. Par la suite, l'outil a été déployé en Haiti, en République Démocratique du Congo, au Chili ou encore à Gaza.
Plus récemment, l'application a été déployée en Russie pour signaler l'avancement des feux de forêts et depuis quelques jours, elle permet aux électeurs brésiliens de signaler des irrégularités lors de l'organisation des élections.
Grâce à la rencontre entre le grand nombre d'utilisateurs du mobile et les qualités de référencement géographiques et de visualisation de données permises par internet, Ushahidi a été le support, lors de chaque déploiement, d'un nombre très important de données.
A chaque fois, Ushahidi a centralisé sur une carte des informations qui ont facilité l'organisation de la réponse humanitaire et la circulation d'informations sur les situations rencontrées sur place pendant et après les crises.
Utilité
Si l'outil peut s'avérer très utile à l'organisation des premiers secours, il a servi initialement l'organisation des mouvements sociaux et c'est une mine d'information et de sources de témoignages pour les médias qui traitent les situations vécues après ces crises. En cela, Ushahidi montre comment les technologies digitales facilitent l'organisation des mouvements sociaux et comportent donc d'importants enjeux politiques.
Grâce à ce partage d'informations crowdsourcées (les sources sont les personnes directement touchées ou impliquées sur le terrain, pas nécessairement celles des organisations de secours) l'organisation des secours peut se faire plus facilement, plus rapidement, donc plus efficacement. Mais cela pose également des questions et impose une réorganisation.
Crowdsourcing et (ré)organisation
Le système d'information des organisations (humanitaire, associations de veille suite aux élections ou média) doit se brancher sur Ushahidi. Cela suppose des ressources pour traduire et croiser les informations reçues.
Concernant la traduction, le crowdsourcing peut être envisagé, mais il faut nécessairement valider l'absence de contre sens et être en mesure de répondre aux messages émis.
Concernant le croisement des sources visant à valider la qualité de l'information reçue, cela peut prendre du temps, et donc accroitre les délais de réponse. Mais si plusieurs messages indiquent une même situation ou un même besoin, si des photos sont jointes, le croisement d'informations est facilité. Le problème rencontré a vite était la surcharge d'informations et la difficulté à traiter et à hiérarchiser les données dans un vaste volume reçu en très peu de temps.
Réponse aux problèmes rencontrés
Pour répondre au problème posés par la qualité et de la quantité d'informations reçues, les développeurs d'Ushahidi ont pensé SwiftRiver, logiciel qui facilite le traitement de grande quantité d'informations reçues en très peu de temps.
L'outil permet le filtrage et la vérification d'informations reçues par de nombreux canaux d'informations comme le SMS, twitter, les flux RSS ou les emails. Comme Ushahidi, SwiftRiver est gratuit, open source et il intéresse les médias, les groupes de réponses aux situations d'urgence et les ONG.
Cocréation
Ce type de dispositif fait travailler ensemble les informaticiens et les humanitaires ou les activistes. A chaque déploiement, de nouveaux besoins sont identifiés et l'outil est sans cesse perfectionné. Nous pensons que cette initiative est le début d'un vaste mouvement qui démontre l'intérêt de mettre à disposition des outils qui facilitent l'entraide et l'organisation des mouvements sociaux.
Nous signalons d'ailleurs le mouvement Crisis Commons, matérialisé par l'organisation de Crisis Camp ( dont une seconde édition se tient à Paris ce vendredi 1er octobre). Nous rendrons compte de l'événement, des initiatives et des personnes rencontrées à cette occasion, dans une prochaine note.
- Le site Ushahidi : http://ushahidi.com/
- Ushahidi ou la cartographie du message, article de Julien Goetz sur Owni - 18 aout 2010
- Ushahidi, le témoignage des sans-voix, article de
- Sur les Crisis Camp et Ushahidi, vous pouvez écouter cette émission de l'Atelier des Médias de RFI - 30 avril 2010
- Découvrez Wonzomai, site utilisant la technique d'Ushahidi durant l'élection présidentielle en Cote d'Ivoire 2010
19:33 Publié dans Crises / Catastrophes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : cartographie, urgence, crise, crowdsourcing, gestion de crise, ushahidi, traduction, swiftriver, sms, twitter, rss, témoignage |
|
|
Digg
09.08.2010
Le web au secours du Pakistan ?
Depuis le 24 juillet 2010, le Pakistan connait les plus graves inondations de ses quatre-vingts dernières années.
Selon Reuters, plus d'un demi-million de personnes ont été évacuées de la province du Sindh dans le sud du Pakistan et le nombre de victimes a dépassé au matin du 9 août les 1 600 morts. Un chiffre malheusement provisoire à l'heure où les bulletins fournis par les services de la météorologie nationale ne sont guère encourageants. Ce sont déjà pas moins de quinze millions de Pakistanais qui sont touchés, d'une manière ou d'une autre, par les inondations et glissements de terrain dus à la mousson, selon l'ONU. Qui plus est, les conséquences sur les infrastructures notamment électriques ainsi que sur les récoltes risquent de se faire sentir pendant longtemps. La reconstruction devrait coûter, toujours selon l’ONU, plusieurs milliards de dollars.
Pourtant, la mobilisation de la communauté internationale semble rester en retrait notamment en comparaison de l'élan de générosité que le monde avait connu au moment du tremblement de terre haîtien.
La carte des inondations de la région de Peshawar, au nord du pays. Le Punjab se trouve au sud de la carte.
© Unosat (voir futura-sciences)
Un certain désintérêt des médias traditionnels
Certes, l'ambassade américaine à Islamabad a indiqué que des hélicoptères de l'armée américaine ont participé jeudi 5 août à des missions d'assistance aux sinistrés dans le nord du pays. Ces derniers ont largué 66.000 livres d'aide et évacué plus de 800 personnes de Kalam. Mais la mobilisation semble réduite. Un désintérêt peut-être politique à l'égard d'un pays sous le feu des projecteurs pour des raisons diplomatiques ? Selon le site Chine-informations, la Chine est en tout cas intervenue de son côté avec une aide de 10 millions de yuan (1,48 million de dollars américains) tandis que la Croix Rouge chinoise vient de remettre une aide humanitaire estimée à 50.000 dollars américains. De son côté, l'Union Européenne a annoncé le déblocage de 30 millions d'euros. Et la France vient d'annoncer une aide de 1,05 million d’euros.
Reste que la mobilisation des populations semble limitée. Certes, la municipalité de Port-Louis (à Maurice) sollicite le soutien de ses habitants pour venir en aide aux sinistrés en organisant un télédon du 28 août au 5 septembre. Des vêtements et de l'argent seront recueillis lors de ce télédon. Mais les médias restent en retrait notamment en comparaison du suivi médiatique de la catastrophe haîtienne. Il faut dire que la période estivale est peu favorable à ce type d'informations. Néanmoins, pour comparaison, les incendies en Russie suscitent images, reportages et envoyés spéciaux. Les médias traditionnels sont à la traîne, qu'en est-il du web et des réseaux sociaux ?
Les ONG sont traditionnellement assez actives sur le web par l'intermédiaire de leur site et sur les réseaux sociaux. La crise pakistanaise ne déroge pas à cette règle. Ainsi, Oxfam met en une de la homepage de son site et de sa chaîne Youtube un appel au don.
Les ONG Suisses sont particulièrement actives. A titre d'aide d'urgence, Caritas a ainsi débloqué 200 000 francs suisses et la Croix-Rouge 100 000 francs. Des dons peuvent être versés par l'intermédiaire de la Chaîne du Bonheur.
La France reste, semble-t-il, en retrait. La Croix Rouge France appelle, certes, au don mais l'information n'est pas mise en avant (elle passe après les inondations du Var) au contraire Croix Rouge Suisse qui la met en une.
Homepage de la Croix Rouge Suisse (5/08/2010)
Twitter : réactif mais efficace dans une sphère restreinte
L'étude par localisation des tweets publiés semble confirmer cette impression (cf Trendsmap). Le sujet, s'il intéresse, n'est pas une préoccupation pour les Français au contraire, par exemple, des Britanniques. L'une des explications possibles réside dans la présence d'une assez importante communauté pakistanaise sur son territoire et son statut d'ancienne colonie qui lui confère des liens privilégiés.
source : Trendsmap le 5/08/2010 (requête #pakistan)
Au niveau mondial, on peut en tout cas affirmer que le sujet suscite tout de même un certain intérêt dans le milieu des réseaux sociaux (voir le graphique ci-dessous publié sur wasalive.)
Outil de l'immédiateté, de la réaction et du partage, Twitter montre bien une montée en puissance des discussions relatives au Pakistan. Pour les ONG, ce type d'outil permet de faire connaître des opérations. La médiatisation semble efficace (voir courbe du nombre de tweets mentionnant le Pakistan ci-dessous).
source : Trendistic le 5/08/2010
Au Pakistan même, un article de blog relayé et traduit par Global Voices montre l'amertume de la population à l'égard d'un Président refusant d'écourter son voyage à l'étranger. Les utilisateurs de Twitter et blogueurs cités se révèlent particulièrement critiques devant une gouvernance perçue comme inadaptée.
Dans le reste du monde, la hausse du trafic concernant le Pakistan n'est pas nécessairement synomyme d'efficacité. L'analyse du compte twitter de la Croix Rouge France (@CroixRouge) est en cela riche de sens. Le 4 août 2010 est publié le tweet suivant : "Appel d’urgence en faveur des victimes des #inondations au #Pakistan - Croix-Rouge française: http://bit.ly/cl3vZ3 #Flood".
Ce message est retweeté 10 fois ; à chaque fois, la Croix Rouge remercie et donc re-publie le lien. Le lien est donc publié 21 fois. Pour autant l'analyse du taux de clic permise par bitly dresse le bilan de cette visibilité : aucun clic. L'article associé n'a pas été lu.
Cet échec de l'appel au don ne doit pas masquer un intérêt réel pour le sujet. Toujours grâce aux statistiques de bitly, un article du Monde peut susciter 50 clics en 30 minutes pour seulement 10 tweets et des photos de volontaires britanniques sur le terrain 46 clics pour 18 tweets en 30 minutes. Cela semble finalement plutôt positif mais l'analyse des comptes qui retweetent montre une forte présence d'acteurs du secteurs des ONG. Comme souvent pour Twitter, on se retrouve devant le fameux plafond de verre : toucher le grand public. Pour cela, il faut se tourner vers d'autres moyens.
Médiatiser par Facebook pour toucher le grand public
Facebook en tant que premier réseau social du monde constitue une réelle opportunité. La viralité des informations y est très forte. S'il est difficile d'avoir des statistiques, l'impact sur les personnes semble plus large avec une communauté moins professionnelle. La page Red Crescent response to Pakistan flooding de la Croix Rouge a suscité 126 "j'aime" et 20 commentaires en 5 jours. Ce sont plus de 35 800 personnes qui en étant fan de la page (166 000 pour le compte twitter) peuvent voir passer l'information (3 350 pour la page Facebook de la Croix Rouge Française contre 2100 pour le compte Twitter).
L'impact des vidéos
On ne saurait négliger l'importance des vidéos : ainsi la vidéo en Une de la Chaine Oxfam Great Britain a été vue plus de 68 000 fois en 3 jours !
Une de la chaîne Youtube Oxfam GB en date du 6 aout 2010
L'intérêt vient surtout du Royaume-Uni, certainement du à l'importance de l'ONG au Royaume Uni et aux rapports historiques qui existent entre les deux pays. La page Oxfam international n'a été vue que 1800 fois (sur la même période) tandis que pour l'équivalent français, elle est tout simplement absente.
A la lecture de ces quelques réflexions, un bilan somme toute mitigé doit être dressé. En l'absence de tout intérêt des médias traditionnels, la mobilisation de la population est difficile. Ce phénomène est renforcé par la période de congés estivale. La France semble particulièrement en retrait sur la question, même si les spécialistes (ONG et acteurs de la solidarité) tentent de médiatiser la situation. Sans relais des grands médias (notamment de la télévision) et des acteurs du monde politique, susciter une adhésion de l'opinion publique reste, semble-t-il, un travail de longue haleine.
![]()
- Conférence de presse du coordonateur de l'action humanitaire des Nations Unies au Pakistan (06/08/2010)
- Le portefolio de Libération
- Site de la Croix Rouge Suisse
- La page Red Crescent response to Pakistan flooding de la Croix Rouge sur Facebook
- Vidéo "Pakistan Floods Appeal" publiée par la chaîne Youtube Oxfam GB
- Article publié sur Global Voices en Français : "Pakistan : La colère monte contre l'apathie du Président". Ecrit par Sana Saleem, traduit par Abdoulaye Bah.
![]()
18:31 Publié dans Crises / Catastrophes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : pakistan, inondation, catastrophe, twitter, medias sociaux |
|
|
Digg












)
