12/11/2010

Bonnes pratiques et conseils aux ONG pour collecter des dons en ligne

Les médias sociaux et la technologie mobile permettent de changer radicalement la façon de concevoir la communication des ONG. Ces outils et les pratiques qu'ils engendrent permettent notamment de proposer de nouvelles façons de recueillir des fonds en ligne (ou fundraising).

Certes pour l'instant, le don en ligne ne constitue qu'une goutte d'eau par rapport au reste des dons. Estimé à 3 % (17 % par prélèvement bancaire, 80 % par chèque ou espèces) on observe néanmoins une croissance exponentielle de ce type de collecte, et un changement de profil du donateur en ligne, par rapport au donateur traditionnel.

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Source : 15 bonnes pratiques de e-fundraising

 

Si ce type d'approche présente de nombreux avantages, plus de réactivité, plus écologique, plus jeune, la question de la sécurisation des dons continue de poser problème à certains tandis que la perte de la dimension humaine est parfois critiquée. Un point à mettre en avant et à garder à l'esprit dans une approche 2.0.

Pour vous aider dans votre démarche, nous avons tenté de dresser une liste d'éléments à prendre en compte dans la réalisation de votre collecte en ligne. Elle est bien sûr non exhaustive. Une partie des recommandations proviennent d'un article publié par Diosa Communications: Online Fundraising Best Practices for Nonprofit Organizations que nous vous invitons à consulter si vous pratiquez l'anglais. L'Agence Diosa est spécialiste du conseil en communication web et médias sociaux aux organisations sans but lucratif. Libre à vous de compléter l'article par le biais de commentaires.


1. Choisissez un prestataire de collecte de dons qui embrasse le Web 2.0.

De PayPal à Google Checkout, en passant par JustGive et Network for Good outre-altantique, izi-collecte, aiderenligne ou aiderdonner en France, il y a pléthore de fournisseurs qui peuvent traiter les dons pour votre organisation. Les frais de traitement vont de 2,9% à 4,75%. De tous ces fournisseurs, Network for Good a ouvert la voie à l'adoption des outils Web 2.0 de collecte de fonds. Si quelqu'un fait un don à votre association via Facebook Causes, Change.org ou Razoo, le don est traité par Network for Good.


2. Placez un bouton "Faire un don"
grand et coloré sur votre page  « Soutenez-nous !».

Les donateurs en ligne répondent bien aux boutons. Un lien « Donnez maintenant » n'est pas suffisant. Votre prestataire vous fournira un bouton ou si vous avez un graphiste, vous pouvez créer un bouton personnalisé qui le reliera directement à votre page de don. Pour voir un exemple, consultez la section
«Je donne» sur le site de la Croix Rouge. Notez également l'argument de sécurité.

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3. Ajoutez un bouton "Faire un don" sur chaque page de votre site web.

Si possible, ajoutez un lien «Faire un don» à chaque page de votre site web.
Médecins du monde a fait ce choix. Il faut réduire les riques de changement d'avis ou de perte du donateur. Ce lien doit diriger vers une page qui énumère les nombreuses façons pour un futur donateur de faire un don à votre organisation.


4. Le bouton "Faire un don" doit être relié directement à une pa
ge web qui demande les informations de contact et de carte de crédit.

Lorsqu'un sympathisant visite votre site et clique sur "Donnez", le lien doit aller directement à la page où les donateurs entrent leurs informations de contact et de leur carte de crédit. Le bouton « Donnez » ne devrait jamais conduire un donateur à une page générique sous peine de décevoir et de risquer une perte de donateurs.


5. Ajouter un "Faire un don" à votre page Facebook.

En utilisant l'application Static FBML sur Facebook, vous pouvez ajouter un  onglet ou un bouton "Don" sur votre page Facebook. Avec quelques connaissances en html, vous pouvez facilement ajouter un "Don" sur votre page Facebook qui relie directement à la page don de votre site web ou qui permet un don directement comme pour la page Reporters Sans Frontières.

Facebook n'est pas l'outil le plus adapté au don mais il a l'avantage d'être très grand public. Vous pouvez également créer un lien vers Causes.


6. Perfectionnez votre page "don" pour la rendre efficace et attrayante.

Il est nécessaire d'avoir une page «don» [Donner / Soutenez notre travail] qui inclut des informations sur les différentes manières pour un donateur de faire un don. Restez simple et clair comme pour la page de Médecins du monde par exemple. Assurez-vous que le bouton "Donner" a priorité sur la page.


7. Assurez-vous que votre page "don" comprend une adresse postale.

Beaucoup de gens continuent d'émettre des chèques pour les dons. Pourtant de nombreuses ONG font l'erreur de ne pas inclure sur leur page « don » une adresse postale. La page "contact" n'est pas suffisante puisque les donateurs potentiels risquent de se demander si c'est la bonne adresse postale pour faire des dons. Pour voir un exemple, consultez la section «Nous soutenir» d'
Asmae.

8. Ne jamais exiger un numéro de téléphone pour faire un don en ligne.

Cette exigence détourne de nombreux donateurs en ligne. Si vous voulez demander au donateur de vous abonner à votre liste d'alertes par SMS, proposez-le comme une option ou sur la page de remerciement après le don, mais il ne faut en aucun cas faire de l'inscription de son numéro de téléphone une exigence. Voir par exemple
Oxfam.


9. Mettez en avant les dons récurrents et les programmes de Soutien.

JustGive et Network for Good permettent aux donateurs de programmer des dons récurrents du montant de leur choix. Une fois signés, de
1 euro.jpgnombreux donateurs continueront à donner pendant des années. La Humane Society est un bon exemple d'encouragement aux dons mensuels. Médecins Sans Frontières propose 1 par semaine dès sa page d'accueil et a mis en place un site dédié.
En outre, de nombreuses ONG lancent des programmes de soutie
n et font apparaître cela sur leur site web, dans leur newsletter, sur leur blog, leur page Facebook et leur compte Twitter. Les adhésions à des programmes se développent lentement, surtout au début, mais peuvent devenir une source constante d'un revenu régulier pour votre organisation.


10. Offrez la possibilité de faire un don au nom de quelqu'un.


Encore une fois, JustGive et Network for Good permettent aux donateurs de donner au nom de quelqu'un. Cette fonctionnalité, très fréquente dans les pays anglo-saxons, l'est moins en France. Elle est pourtant très utile notamment au moment des fêtes où beaucoup préfèreraient faire un don au nom de quelqu'un plutôt que d'acheter un nouveau cadeau inutile à 20 €. Cela peut également être une idée pour les mariages, les anniversaires... L'astuce est de mettre en avant ce dispositif sur votre site web, newsletter, blog et autres points de présence en ligne. Vous aurez aussi besoin de cartes-cadeaux à envoyer aux destinataires. Commencez petit et achetez juste quelques jolies cartes dans une papeterie.


11. Ajoutez des boutons Facebook, Twitter, YouTube à votre page de remerciement.

Après qu'un donateur a fait un don en ligne sur votre site, il atterrit habituellement sur une page "Merci pour votre don !". Assurez-vous que la page a aussi des liens vers les réseaux sociaux. Expliquez que cela peut permettre de rester informé sur le travail de votre organisation et les progrès réalisés.
Sur ce point, il est évident que les médias sociaux, dans la mesure ou ils permettent de nouvelles possibilités d'accéder au donateur, exigent du même coup de repenser la communication sur les projets terrain menés sur ces médias sociaux. C'est alors toute la production d'information sur les projets qui doit être repensée et réorganisée.

12. Le mailing, ça marche !

N'oubliez pas le mailing, certes peu sexy, mais qui fonctionne très bien. Si la communauté est active et le ciblage précis, le taux de conversion peut être très efficace. Le mailing peut permettre de mettre en avant des situations d'urgence et de mobiliser rapidement. N'oubliez pas que tout le monde n'est pas actif sur les réseaux sociaux.

13. Expliquer comment seront utilisés les fonds

1 euro.jpgLa transparence encourage les donateurs. MSF présente ainsi comment 1 va être utilisé. Handicap International, pour encourager des dons importants, met en avant ce qu'une somme permet de faire : 7 € suffisent pour offrir une prothèse à un enfant, 50 € pour une prothèse plus une rééducation, 100 € pour une prothèse plus une rééducation et un kit scolaire. Le Secours populaire va même jusquà proposer de choisir l'affectation du don.

 

14. Vos sympathisants collectent pour vous (crowdfunding en anglais)

Sur le web comme dans la vie, les sympathisants sont les premiers porte-paroles des associations. Le web social encourage et s'appuie sur cela. Tweetez des messages et faites-vous retweeter. Encouragez le partage sur Facebook. Créez des widgets pour les blogueurs ou ceux qui ont un site. Faites même participer les sympathisants à des campagnes virales. Par exemple, le Téléthon a lancé en 2007 « Tel est ton cœur » avec comme but de devenir la vidéo virale la plus longue du monde. On peut également impliquer ces sympathisants dans des événements comme pour la course des héros en leur permettant de s'approprier l'événement, de collecter pour une association et de diffuser le message.

 

15. Fidélisez les donateurs

L'utilisation des fonds sur le terrain doit faire l'objet d'une plus grande remontée d'informations. La vidéo peut répondre à cette exigence. Ou encore des animations, des infographies. Ce qui suppose l'internalisation de ces compétences dans les organisations. C'est là que la dimension de témoignage et mise en relation directe devient décisive. En nouant un lien priviligié par le biais de médis sociaux, en facilitant l'échange et l'expression des points de vue, bref en humanisant l'information et le récit des actions menées.

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Pour conclure nous rappellerons que dans une étude de mai 2010 réalisée aux USA pour Network for Good, les plus petites ONG se montrent les plus efficaces en terme de collectes en ligne et continuent de voir leurs chiffres progresser. La collecte en ligne est une opportunité importante à saisir pour les petits acteurs innovants. Elle n'en est pas moins importante pour les grandes organisations de solidarité internationale.

 

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28/06/2010

Transfert d’argent : la technologie au service du développement

Les transferts d'argent des populations migrantes travaillant dans les pays du nord vers leur pays d'origine sont devenus un phénomène économique majeur ces 15 dernières années (316 milliards de dollars en 2009, selon une étude de la Banque Mondiale citée sur Envoi d'argent).Si le développement des réseaux mobiles et de l'internet a contribué à une baisse des coûts de transferts et à une meilleure couverture géographique des zones à l'accès autrefois limité, les défis à relever sont encore nombreux pour permettre aux économies des pays du Sud de bénéficier pleinement de ses apports.

 

Définition et chiffres sur les transferts d'argent

Le transfert d'argent se définit par les flux d'épargne envoyés par un migrant depuis son pays d'accueil vers son pays d'origine. Des estimations financières sont avancées pour tenter de rendre compte de l'ampleur de ce phénomène, même si ces flux sont difficilement quantifiables car souvent informels.

-           316 milliards de dollars : c'est le montant des transferts d'argent effectué par les migrants vers leur pays d'origine en 2009 (source : chiffres de la Banque Mondiale cités sur Envoi d'argent).

-          50 milliards sont transférés depuis le monde vers l'Afrique, dont 8 milliards d'euros depuis la France (sous forme de petites sommes transférées de façon régulière : 200 à 300 euros en moyenne).

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Sources : Bulletin de la Banque de France n°173, mai-juin 2008 "Les transferts de revenus des migrants : quel impact sur le développement économique et financier des pays d'Afrique subsaharienne ?"

 

Les enjeux

A eux seuls, les montants transférés suffisent à mettre en exergue l'enjeu de ces flux. Les foyers des pays bénéficiaires reçoivent des flux d'argent qui leur permettent de maintenir leur consommation. En Afrique, selon une étude de la Banque Africaine de Développement réalisée fin 2007, les flux financiers de retour représentaient 11% du PIB au Mali, 19% au Sénégal et 24% aux Comores.

Ces fonds servent majoritairement à assurer la consommation immédiate (santé, nourriture, transport, etc.) des familles restées au pays. Pour reprendre le cas du Mali, « Ces sommes sont destinées à plus de 80% à des dépenses de première nécessité, comme les dépenses alimentaires, de santé et d'éducation » déclare l'ambassadeur de France au Mali Michel Révérend de Menthon, propos repris dans un article d'Assane Koné sur son blog Planète Equitable.

 

Des objectifs communs facilités par les technologies

La réduction des coûts, la sécurisation des transferts et l'accélération des délais d'envoi d'argent sont des objectifs communs à tous les acteurs du secteur (établissements financiers, associations de migrants, opérateurs de téléphonie...).

Grâce à internet (1,5 Mds d'utilisateurs dans le monde) et aux technologies mobiles, les processus de transferts de fonds des migrants se trouvent simplifiés et facilités : le téléphone mobile, avec ses 4,5 milliards d'utilisateurs, peut ainsi être utilisé par le plus grand nombre, même dans les endroits reculés, pour effectuer des transferts et payer à distance. La revue Proparco traite d'ailleurs en profondeur des impacts économiques et sociaux de la téléphonie mobile dans les pays en développement.

Peu à peu le réseau de téléphonie mobile pallie l'absence des structures bancaires classiques en Afrique. Dans la mesure où c'est également l'objectif du microcrédit, il est évident que de nombreux projets de microcrédit utilisent les réseaux mobiles (écoutez l'interview d'Elizabeth Berthe de la Grameen Foundation, dans la vidéo proposée à la fin de cet article).

Selon la Banque Mondiale en Afrique, l'envoi d'argent par téléphone représente un tournant majeur du développement "Il permet à l'argent de pénétrer plus facilement dans des zones rurales où il est vraiment nécessaire", souligne Olga Morawczynski, chercheuse à l'Université d'Edimbourg. (Source : Reuters cité par Africaburkina.com. Notez que cet article traite du transfert d'argent à l'intérieur des pays cités et pas à l'international. Toutefois il est évident qu'une partie de cet argent a pour origine les transferts des migrants).

Internet permet pour sa part de fédérer les acteurs du transfert d'argent et de centraliser les informations sur le secteur, au bénéfice des utilisateurs. Par exemple, il permet de comparer plus facilement les prix entre les différents services et prestataires.  Le site Envoi d'argent (présenté dans la suite de la note) illustre cette volonté de fédérer, de comparer et de rendre l'information disponible.

Les technologies facilitent et accélèrent la circulation de l'argent et entrainent l'arrivée des opérateurs de téléphonie sur ce marché. Toutefois, les initiatives communautaires et concertées restent le moteur  de l'action. En effet, de plus en plus, de diasporas œuvrent pour mutualiser les potentialités du transfert d'argent. C'est pour cela que le site Envoi d'argent met au cœur de sa conception les diasporas et associations œuvrant pour faciliter le transfert d'argent des migrants. Après plusieurs rencontres, où les témoignages et les échanges d'expériences ont fait ressortir les besoins, les souhaits et les attentes des diasporas, le site a vu le jour.

 

Envoi d'argent : un site Internet au cœur des réalités

envoi d'argent site de transfert d argent.JPG

L'objectif de ce site est de réunir sur une même plateforme les migrants et les établissements de transfert tout en mettant à disposition de tous les acteurs un comparateur simple du marché du transfert d'argent. 21 pays sont proposés par le comparateur : Algérie, Bénin, Brésil, Burkina Faso, Cameroun, Cap Vert, Chine, ComoresCongo, Côte d'Ivoire, Gabon, Haïti, Ile Maurice, Madagascar, Mali, Maroc, République Démocratique du Congo, Sénégal, Sri Lanka, Tunisie, Vietnam.

Destiné à devenir un terrain de mutualisation des informations sur le marché du transfert d'argent (coûts, services proposés, délais de transfert, technologies, etc.), ce site affirme sa volonté d'influencer la baisse du coût des transferts d'argent et d'encourager la transparence.

Côté pratique, le site propose une plateforme éditoriale d'information et d'échange donnant aux internautes une information complète sur l'offre des établissements de transfert (banques, opérateurs de transfert, autres établissements habilités) en faveur des diasporas mais aussi sur l'action de l'Etat, des OSIM (Organisations de Solidarité Issue des Migrations), des ONG, des collectivités territoriales, des fondations impliquées au côté des migrants. L'idée est de proposer à chacun de détenir un espace propre et de devenir ainsi Partenaires de l'Observatoire.

Les internautes peuvent également mettre en avant leurs projets et actions à travers un espace de contribution visible par l'ensemble des partenaires.

 

Les transferts d'argent, outils d'investissement de la diaspora

Si des effets pervers ont pu surgir avec les transferts d'argent (dépendance des bénéficiaires, conditions de vie très précaires des migrants pour assurer ces transferts, etc.), les opportunités qu'offre le transfert d'argent sont non négligeables.

L'un des enjeux cruciaux pour les migrants est de réussir à économiser sur les coûts liés aux transferts, économies qui pourront ensuite être redistribuées pour financer des projets de co-développement dans les pays d'origine des migrants. De plus en plus en effet, ces fonds permettent de financer des projets communautaires dans le domaine de la construction d'infrastructure, des services (eau, éducation, internet...). Dans certains cas, ces transferts permettent même de générer une activité rémunératrice dans le pays d'origine.

C'est dans l'optique d'appuyer le développement qu'il faut essayer d'économiser sur les coûts de transfert qui constituent près de 10 % de la somme envoyée. Le mot d'ordre est donc de faire baisser ces 10 % à 5% et ainsi de disposer de plus de revenus dans les pays destinataires.

De façon très disparate et indépendante, les institutions financières prennent des marges, ce qui enlève logiquement à la somme perçue, d'autant qu'il s'agit d'une multiplicité de petits transferts. Quand on pense que les transferts de compte à compte sont gratuits,  on ne peut s'empêcher d'imaginer les possibilités immenses permises grâce à ces économies. Mais nous en sommes loin. Comme nous sommes loin d'une généralisation des détentions de compte bancaire puisque seulement 4% de la population mondiale posséderait un compte bancaire comme Soukenya N'DIAYE NÂ, directrice exécutive de INAFI, l'a annoncé lors du forum des convergences 2015.

Eparpillés aux 4 coins du monde, les migrants font preuve de solidarité. L'enjeu est donc d'investir ensemble et de mieux organiser cette manne financière du transfert d'argent pour permettre un plus grand impact sur la réduction de la pauvreté.

25/01/2010

Peer to peer lending : distribution de prêts entre particuliers et refonte du système bancaire traditionnel

Le « peer to peer », c'est quoi au juste ?

Définition : le peer-to-peer, pair à pair en français, que vous trouverez aussi écrit P2P, correspond à un modèle de réseau de communication, d'échange et de partage de fichiers dans lequel l'information ne transite pas par un serveur central mais par chaque membre du réseau.

En fait, le peer to peer désigne une méthode de transmission de l'information. La plupart du temps, un ordinateur est connecté selon le modèle client/ serveur : il y a un programme serveur (qui gère les communications) et des programmes clients (qui se connectent au serveur).

En peer to peer, il n'existe qu'un seul programme, qui fait office à la fois de client et de serveur : ce programme complet permet à la fois de se connecter à un autre programme (partie client) et de recevoir une tentative de connexion (partie serveur). Autrement dit : on se connecte directement à un autre ordinateur, sans avoir à passer par un serveur qui gère les connexions. Pour lever les malentendus : le peer to peer n'a en soi rien d'illégal. En revanche, ce sont les transferts de fichiers protégés par des droits d'auteur (musiques, films,...) qui rentrent dans cette catégorie.

Philosophie générale et applications du peer to peer

La philosphie du peer to peer pourrait se résumer en cette formule : « Tu as une chose à enseigner mais plein de choses à apprendre ».

En effet, le peer to peer s'inscrit dans un processus global de restructuration de l'accès au savoir, compris alors comme une véritable valeur d'échange. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, les échanges de données étaient assez limités, disons figés. Qui plus est, les « experts » avaient toute autorité sur leur domaine.

Cette organisation verticale de l'information laissait peu de place à l'approximation et aux avis divergents. Régnait alors en maître le bon vieux principe d'autorité et la communication se résumait à une partition d'acteurs binaire, où chacun tenait son rôle d'émetteur ou de récepteur. Le contrôle de l'émetteur était alors l'enjeu principal pour controler le récepteur.

Avec l'avènement du web participatif, les internautes ont la possibilité de retraiter l'information ; c'est-à-dire non seulement de la relayer (vecteur),  mais également d'ajouter du contenu à des contenus existants (création, réorganisation). Pour ainsi dire, les échanges communautaires ont littéralement changé d'échelle : l'espace de rencontres est alors devenu celui d'un dessein commun où ceux et celles qui s'expriment ouvrent une nouvelle dimension en matière d'échange et de partage.

Pour approfondir ce sujet, n'hésitez pas à consulter la note consacrée au film Us Now : Us Now, ou comment internet permet de créer de la confiance, du lien social et de la solidarité. En s'appuyant sur le film, la note explique le fonctionnement des réseaux d'échange de particulier à particulier au travers de cas concret comme le couchsurfing (service de réseau social et d'hébergement) ou encore le site netmums (service d'échange et d'entraide entre jeunes mamans).

Appliqué à la distribution de programmes vidéo, Joost fonctionne en P2P.

Le peer to peer lending : le prêt entre particuliers, une alternative au système bancaire

Le prêt de particulier à particulier est un phénomène d'envergure mondiale née aux Etats-Unis puis repris au Royaume-Uni. Le système s'appuie sur le principe de la tontine.

Ce système de prêt fait intervenir des acteurs différents de ceux du système bancaire traditionnel et repose sur la confiance : on passe ainsi d'un modèle strictement transactionnel à un modèle relationnel, organisé autour de plateforme web qui s'inspirent des réseaux sociaux.

Le schéma est le suivant : un emprunteur s'adresse à un prêteur, généralement un proche (ami ou famille) afin de souscrire une demande de prêt. Cet acte se fait par l'intermédiaire et la supervision d'un tiers, une plateforme de p2p, qui fait alors figure de tuteur, et d'aide juridique.

La plateforme p2p en question fournit différents services ; notamment un cadre juridique. Le service permet également la répartition de l'argent des prêteurs sur plusieurs emprunteurs, dans le but de minimiser les risques. Qu'il s'agisse d'une plateforme ayant pour vocation le développement économique (prêts collectés au nord pour distribuer des micro crédits au sud) ou jouant sur la proximité des acteurs (quand ils sont amis, ou de la même famille), le ressort fondamental de ces organisations est la confiance entre les différents acteurs. L'intérêt directement mesurable, si l'on peut dire, est que  les taux de risque pour ces prêts sont plus faibles que pour un emprunt classique.

Trois formes de plateforme de p2p lending

  1. On trouve tout d'abord des plateformes qui proposent un cadre juridique à des familiers (prêts entre amis ou au sein de la famille).
    Ce type de plateforme s'adresse à des gens qui sont généralement coutumiers de l'emprunt entre proches, mais qui recherchent un coussin juridique.
  2. On trouve ensuite des plateformes à visée « sociale ». Celles-ci sont destinées à proposer des financements de projets sélectionnés par des institutions de micro finance.
    Dans ce cas, on fait généralement appel à la contribution de ceux qui souhaitent devenir acteurs du développement et de la solidarité et contribuer au développement de projets dans leur propre pays ou à l'étranger.
  3. Pour finir, on trouve des plateformes à vocation financière. Celles-ci « proposent aux prêteurs des placements à des taux attractifs et un risque calculé, et aux emprunteurs, des prêts à un taux intéressant et plus facile à obtenir que dans un organisme financier classique. »
  4. Dans ce dernier schéma, la visée sociale est différée, au profit d'une recherche d'avantages en premier lieu financiers si bien pour le prêteur que pour l'emprunteur.

En tout cas, ces trois modalités permettent de contourner l'offre bancaire classique, et de réintroduire une partie de la population exclue du système classique de prêt.

Des exemples ?

Comme présentée dans une note intitulée l'initiative d'une banque solidaire sur le Blognotes de la plateforme, une banque coopérative suédoise, la Jak, a développé un système de  prêt en peer to peer. Jak maintient l'équilibre entre prêts et épargnes et dispose par là même d'un certain flot de liquidité. Précision : l'emprunteur est tenu d'acheter l'équivalent de 6% de son prêt en participation à la banque. Ce « dépôt d'équité » lui est reversé à la fin du remboursement et permet de garantir la solvabilité de l'organisme et la viabilité du système.

En France, avec Friendsclear, le vieux principe de reconnaissance de dettes est remis au goût du jour. Ce site spécialisé dans la garantie des prêts entre amis propose une formule plus rapide et moins onéreuse que des frais de notaire ou qu'un prêt dans une banque classique.

Dans leurs conditions d'utilisation, on peut lire : "assurer une prestation de suivi de prêt de particulier à particulier, dans un cadre familial ou amical. Il offre aux utilisateurs des outils de rédaction juridique de reconnaissance de dette, de suivi du déroulement de prêt entre particuliers, de calcul d'échéancier de paiement et d'intérêts et d’accompagnement du prêt."

Friendsclear guide les amis dans leur démarche de prêt ; il les aide à se mettre d'accord sur le montant, la durée et à définir ainsi un calcul des échéances. Même si ce système repose avant tout sur la confiance, le préteur dispose d'un coussin juridique en cas de litige. Les prêts accordés visent généralement de petites sommes : 4000€ en moyenne, et jamais plus de 10 000€ et les taux d'intérêts sont variables de 0 à 9%. A noter tout de même que les prêteurs doivent déclarer les intérêts perçus au fisc, car ceux-là sont considérés comme une créance imposable.

Le fait de ne proposer qu'un cadre juridique n'oblige pas Friendsclear à être titulaire d'une licence bancaire : pour le moment, le service fourni consiste seulement à fournir un cadre juridique à l'emprunteur et au prêteur.

Un autre site, français également, se propose de mettre en contact des emprunteurs des investisseurs en échange d'un pourcentage de transaction des deux parties. Il s'agit de PRETp2p.com. A l'heure actuelle, c'est la plus grande banque ouverte 2.0 en langue française. Dans cette communauté en ligne de prêts d'argent sur des plateformes sociales, les motifs de prêt sont divers (personnel, commercial, consolidation de dettes, rénovation de maison, financement d'une voiture,...).

Quelles garanties pour le prêteur ?

Dans les organismes de prêt entre particuliers, outre le principe de confiance, socle de base sur lequel se fonde le système, un certain nombre d'indices de garanties sont nécessaires au bon fonctionnement de l'application de l'accord de prêts... et de ses échéances. Accolé au bon vieux principe de confiance, on retrouve ainsi le principe plus récent de transparence.

Le calcul du risque est ainsi mesuré et ajusté sur la base des performances de remboursement du prêt grâce à un certain nombre d'indicateurs. Pour exemple, les prêteurs membres peuvent avoir accès à différentes données à rapprocher de celles liées à un crédit à la consommation. Celles-ci sont revues par l'emprunteur et l'organisme relais afin d'organiser au mieux les conditions du prêt. On trouve par exemple : le ratio dette/ revenu, le statut de l'emprunteur propriétaire/locataire, le passé judiciaire, les demandes de crédit antérieures, le taux d'utilisation d'une carte bancaire, l'historique d'emprunt sur le site de l'organisme d'emprunt.

Aux frontières de la régulation gouvernementale

Le prêt p2p, parce qu'il permet à des particuliers de prêter leur argent à des taux plus bas que ceux des banques, conduit logiquement à une restructuration du marché bancaire. Marché de l'ordre des trillions de dollars ! Face à cette réorganisation massive due à l'entrée de ces nouveaux acteurs si particuliers ( !), les gouvernements ont été conduits à légiférer.

Petit tour de l'autre côté de la Manche et de l'Atlantique, ou le phénomène est né.

Le premier acteur à se lancer s'appelait Circlelending, c'était en 2001 ! Désormais, Circlelending s'appelle Virginmoneyus. C'est le plus gros acteur du marché en termes d'encours.

Aux Etats-Unis, c'est Prosper qui a permis de construire et de délimiter un cadre légal au système de prêt p2p, permettant ainsi la naissance d'autres sites de prêt comme Zopa, IOU Central ou encore Lending Club.

En 2008, l'Autorité des marchés financiers américaine, le SEC (Securities and Exchange Commission), a lu l'offre de Propser comme un encouragement à la vente de valeurs immobilières non sécurisées et a mis en avant l'absence de preuve physique reliée à l'offre, à la vente et à l'achat de ces titres. Qui plus est, pour être légal aux Etats-Unis, un titre financier doit être enregistré à la SEC, ce qui n'était pas le cas de la jeune entreprise. Après avoir honoré une amende de 1 millions de dollars, Prosper a été contrainte de s'enregistrer et de se mettre en conformité avec le cadre législatif.

Au Canada, c'est la Commission des Valeurs Mobilières de l'Ontario (CVMO) qui a permis de légiférer sur la question du peer to peer lending. Il en ressort que les sites de prêts p2p ne peuvent pas dépasser un seuil de prêt fixé à hauteur de 25 000 $ et que la période de remboursement ne doit pas excéder une période de trois ans.

Dans l'hexagone ?

En France, le développement du marché de prêt p2p rencontre un certain nombre de freins.

Si le code monétaire et financier indique que « quiconque, sauf une banque à charte peut effectuer des opérations bancaires de manière régulière », rien ne vient interdire le prêt consenti d'un individu à un autre. Ainsi, les particuliers sont libres de prêter de l'argent à des parents, amis... C'est ce qu'on appelle originairement les « tontines ».

Néanmoins, la peur du surendettement, particulièrement rependue en France, conduit à une méfiance généralisée (si bien l'Etat que les associations de consommateurs ou encore les consommateurs eux-mêmes) vis-à-vis des crédits à la consommation (ou du moins compris comme tels). Même si les faits leur donnent « tord » (les français sont beaucoup moins endettés que leurs confrères Européens), il n'en reste pas moins que le crédit à la consommation doit faire ses preuves face à des esprits généralement méfiants. Du point de vue législatif, il en résulte un paradoxe puisque le marché du taux de crédit est à la fois réglementé par l'Etat et ultra-concurrentiel.

En France, les taux d'intérêts sont généralement plus bas que partout ailleurs en Europe. Néanmoins, l'intérêt de compensation des risques ne doit pas dépasser la limite du taux d'usure défini par l'Etat. Ce taux d'usure est le principal obstacle auquel sont  confrontés les demandeurs de prêts n'ayant pas de source de revenus réguliers ou encore d'antécédents bancaires (les étudiants, les travailleurs indépendants,...). Puisque les banques ne sont pas autorisées à dépasser le taux d'usure (ce qui revient à s'offrir un coussin d'amortissement plus épais), elles refusent purement et simplement de prendre le risque de prêter à cette tranche de population.

Cause ou conséquence de tout cela, la législation Française réserve un accueil assez froid à l'arrivée du p2p lending tel qu'il se pratique outre atlantique, et même en Europe avec le Danemark, les Pays-Bas, l'Italie et l'Allemagne. En France, seules les banques ont accès à un historique des opérations de crédit. Les comptes rendus positifs sont illégaux : seuls les enregistrements négatifs (documents historiques sur des interdits bancaires ou d'incidents de paiement) peuvent et doivent être utilisés dans le cas d'une demande de crédit.

Malgré ces freins élémentaires, le succès qu'a connu le p2p lending à l'étranger devrait se propager dans l'hexagone. Encore un peu de patience pour que ce « marché pour les personnes solvables, mais atypiques », selon Jean-Christophe Capelli, président de Friendsclear trouve son public et que le cadre législatif s'ouvre  à lui.

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Des commentaires intéressants suite au billet de Jean Michel Billaut

Veille sur le p2p aux Etats-Unis - Autre blog de veille sur le p2p lending, en anglais

Friendsclear : le P2P lending débarque en France sur la version française du blog Read Write Web.

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04/11/2009

Le Social Business ou l'oxymore heureux

« Social Business »... En premier lieu,  on se dit qu'il fallait oser ! Cette figure de style bien connue, l'oxymore, a d'abord été l'apanage du langage publicitaire avant d'être investie par le monde des médias. De quoi rester dubitatif... Ici pourtant, la réunion des contraires que sont le « social » et le « business » renvoie à un mariage heureux : celui de deux notions que la morale semblait opposer...

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Dr-Muhammad-Yunus.jpgL'idée est simple, encore fallait-il l'avoir ! C'est Muhammad Yunus, économiste, entrepreneur et prix Nobel de la paix 2006 qui en est à l'origine. Muhammad Yunus est parti d'un constat simple. Bengali d'origine, il a observé que nombre de ses compatriotes étaient exclus du système bancaire, et par extension, d'un vaste pan de l'économie. Depuis surnommé « le banquier des pauvres », Muhammad Yunus a eu l'idée brillante de promouvoir un modèle économique permettant à des acteurs modestes de développer une activité économique et d'échapper ainsi au fatalisme d'un endettement progressif.

Il ne faut pas confondre charity business et social business. Dans le premier schéma, un euro donné est un euro dépensé. Dans le second, un euro donné est ré investi à l'infini. Les actionnaires de ce système rappellent le principe du mécénat plutôt que celui du retour sur investissement... Comme le veut l'adage selon lequel « mieux vaut apprendre  à pêcher à celui qui a faim que de lui donner du poisson », le modèle économique théorisé et initié par Mohammad Yunus invite les petits acteurs de l'économie à se développer par l'intermédiaire de partenaires financiers socialement engagés. C'est le système du microcrédit : avec le prêt d'une petite somme, une petite activité économique peut s'engager et prétendre à une autonomisation progressive dès l'apparition des premiers bénéfices.

A l'heure de la mondialisation, ce modèle économique présente un avantage de premier plan : il est participatif. Le développement voulu et attendu dans des pays économiquement sinistrés se fait sur la base d'une solidarité non altérée par l'appât des gains qu'il est censé produire.

  • La Grameen* Bank : du concept social à la réalité économique

microcrédit.jpgLa conscience sociale de Mohammad Yunus, réactivée par la misère des villageois vivant à proximité de l'université où il enseignait alors, a ainsi trouvé une application économique. Devant le scepticisme des banques commerciales auxquelles il a du faire face alors qu'il exposait sa théorie économique, Mohammad Yunus a été le premier à s'investir et à investir le système économique du microcrédit. A la fois théoricien et entrepreneur, c'est donc lui qui a concrétisé son programme en fondant la Grameen bank. Succès immédiat, la Grameen bank obtient le statut d'établissement bancaire en 1983, avant d'exporter son modèle à l'étranger six ans plus tard. Aujourd'hui, ce sont plus de 300 millions de personnes dans le monde qui bénéficient directement ou indirectement du microcrédit.

*En Bengali, Grameen signifie village.

  • L'application Nord/ Sud du modèle Social Business et son équivalent en France : l'ADIE

Le Social Business est régi par un cadre législatif particulier qui ne permet pas encore une application en France ou en  Europe. En cela, il se distingue de l'entrepreunariat social, modèle plus traditionnel en France.

Un équivalent du Social Business en France est l'Association pour le Droit à l'Initiative Economique (ADIE). Développée en réseau sur l'ensemble du territoire, l'ADIE finance et accompagne les entrepreneurs exclus du système de crédit bancaire, et plus particulièrement les demandeurs d'emploi et allocataires du RMI.

Pour plus de précisions, n'hésitez pas à consulter l'interview en vidéo de Maria Nowak, présidente et fondatrice de l'ADIE, puis à vous rendre sur le site de l'ADIE.

  • Focus sur Ashoka, acteur mondial du microcrédit

Cette organisation, fondée par l'américain William Drayton, participe à la structuration et au développement de l'Entrepreneuriat social. et du mouvement des entrepreneurs sociaux. Présent mondialement, cet acteur de premier plan du microcrédit poursuit trois objectifs complémentaires : sélectionner et accompagner le développement d'Entrepreneurs Sociaux novateurs, les encourager à travailler en réseau via le financement de collaborations, contribuer au développement de l'entrepreneuriat social à une échelle mondiale au travers de programmes et d'initiatives variées. Nous vous invitons à consulter le site d'Ashoka, et de vous rendre compte, au gré des clics, de la variété des programmes mis en œuvre pour soutenir et encourager le développement du microcrédit dans le monde.

  • Le « SWEB »

L'expression du Président Fondateur de Babyloan, Arnaud Poissonnier, résume tout à fait le nouvel élan solidaire décuplé par l'outil Web. Le « SWeb* », comme il le désigne, c'est l'Internet solidaire. Sans doute l'outil le plus pertinent qui soit à l'heure actuelle en matière d'échanges appliqué à la solidarité.

Par la variété des échanges, par leur caractère immédiat, les projets associatifs connaissent une dynamique nettement supérieure à celle observée avant l'avènement du Web 2.0. Le gap Nord/ Sud s'effrite à mesure que les échanges naissent, que des engagements sont pris, qu'une solidarité se met en acte, bref, à mesure que des acteurs unis par une même volonté de « sauver » l'économie contribuent à l'insertion de larges populations jusque là écartées d'une économie pourtant mondialisée. Babyloan, premier site Internet français de microcrédit solidaire à destination des micro-entrepreneurs du Sud, constitue un exemple frappant de l'impact que peut avoir le Web 2.0 dans la Solidarité telle qu'elle s'applique aujourd'hui.

*Voir la référence au SWeb dans la vidéo traitant des attentes de l'équipe de Babyloan

  • Les rencontres de Babyloan : un événement consacré aux nouvelles solidarités

Les 7 et 8 novembre prochain, aura lieu l'événement « Les rencontres de Babyloan » organisée par Babyloan. Comme indiqué ci-dessus, Babyloan est le premier site Internet français de microcrédit solidaire à destination des micro-entrepreneurs du Sud.

Parmi différents sujets et activités proposés autour de la thématique choisie pour cette année, « les nouvelles solidarités », « les rencontres de Babyloan » fournissent l'occasion de participer à des conférences relatives au social business et au micro financement.

De nombreuses activités sont prévues, pour petits et grands, notamment des animations, des ateliers, une exposition photos, des quizz enfants ainsi qu'un espace vidéo. Entre autres films diffusés à cette occasion, 1001 Fontaines, qui illustre une application du social business destiné à proposer de l'eau propre aux populations du Cambodge, ou encore l'interview de Bill Drayton, fondateur de d'Ashoka, dont l'action est évoquée plus haut.

Pour en savoir plus sur l'événement, n'hésitez pas à consulter le blog que nous rédigeons et qui est dédié aux rencontres de Babyloan. Ce blog accueillera notamment l'intégralité des conférences filmées ainsi que des comptes rendu.

07/09/2009

Clément Carjat présente Veecus et le microcrédit en ligne

Il y a quelques semaines, nous avons rencontré Clément Carjat, cofondateur du site de microcrédit entre particuliers : www.veecus.com

Créé à la fin 2008, Veecus - qui signifie village en indien - reproduit le modèle de l'américain www.kiva.org et du français www.babyloan.org.

L'idée de ces sites est d'utiliser internet pour mettre en relation des prêteurs avec des micro entrepreneurs de pays en voie de développement qui ont des besoins de financement. En l'occurrence, Veecus est en partenariat avec des institutions de micro finance du Cameroun, du Cambodge et d'Inde.

Le projet est porté par deux jeunes entrepreneurs (Clément Carjat et Baptiste Fabre : voir un résumé de leurs parcours) qui ont une expérience du terrain et qui ont foi dans l'avenir du microcrédit sur internet. Comme nous.

L'écosystème Veecus sur internet

- Le site www.veecus.com qui propose des profils de micro entrepreneurs, permet d'attribuer un prêt, de suivre son remboursement, de réunir une communauté de prêteurs, d'administrer une collecte pour un entrepreneur, de localiser un projet et de consulter des informations sur les avancements d'un projet. Le site propose un espace pour les prêteurs et un espace pour les emprunteurs. Pourtant l'asymétrie de l'accès à internet fait qu'il est impossible pour l'instant de suivre un micro entrepreneur dans son quotidien et d'avoir un contact direct avec lui.

- Le blog www.veecus.com/blog/ ; leurs tags en parlent mieux que moi (j'ai mis ceux que je trouve les plus important en gras) :

études d'impact évaluation advertising Ashoka Asie Bangladesh banques Battambang Bengale Bordeaux campagne marketing cyclone développement développement durable Dhola droit au compte entrepreneurs films finance éthique finance solidaire Inde internet investissement responsable investisseur social Kapil Mondal Médias Microcrédit microcrédit en ligne microentrepreneurs microfinance parc naturel partenaire performance sociale publicité radio Social Business Sunderbans télévision taux d'intérêt terrain tigre Veecus vidéos VSSU Yunus

Ou encore, les titres de leurs dernières notes : Portraits de clients - Qu'est-ce que l'exclusion bancaire? - Le droit au compte - Débat: Régulation du secteur de la Microfinance - Première expérience terrain: rencontre avec les "Women groups"!

- La page Fan sur Facebook

- La page Twitter à l'aide de laquelle je viens de découvrir cette vidéo d'Hans Rosling sur les relations entre éducation, santé et développement. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Rosling est à la croisée d'un wikipedia vivant et de commentateur de foot ! Mais en plus drôle). Cf. la note que nous avons dédié à Gapminder.

Organisation de l'entretien

Bon j'en ai assez dit, je laisse la parole à Clément, qui aborde les thèmes suivant :

Première partie (11 minutes 30) : la définition du microcrédit et de la micro finance, les différentes formes de microcrédit, présentation de Veecus, l'intérêt du web pour ce type d'activité, l'intérêt du web pour les institutions de micro finance, le financement du projet, le modèle économique de Veecus et les partenaires financiers, les risques pour le prêteur et la question de la rentabilité de Veecus.

Seconde partie (11 minutes 40) : le statut de Veecus, la vocation de business social, les objectifs de Veecus, les partenariats avec les IMF locales, les critères de sélection d'un IMF, la règlementation et les taux d'intérêts pratiques par les IMF.

Troisièmes partie (10 minutes 34) : comment s'assurer que la micro finance prête aux plus démunis, comment évaluer l'impact de la micro finance, les femmes et le microcrédit, les projets de Veecus, les différences Babyloan / Veecus, quelle relation entre prêteur et micro entrepreneur, principes et nouvelles fonctionnalités du site Veecus.

Première partie :



Deuxième partie :


Troisième partie :

18/08/2009

Recherches solidaires : le fundraising online cherche son modèle économique

Une nouveauté est venue changer profondément les habitudes des internautes en matière de recherche sur Internet : les moteurs de recherche solidaires.

En France, le nombre de recherches effectuées sur Internet s'estimait à près de 3 milliards de requêtes chaque mois en 2008 (1) sur  l'ensemble des moteurs de recherche français (google.fr, yahoo.fr...). Des publicités et des liens sponsorisés payent pour être présents sur la page de résultats de la recherche, ce qui constitue tout l'intérêt financier de ces moteurs de recherche.
C'est avec cette idée de partage des revenus - permis grâce à un modèle économique nouveau et puissant - que sont apparus les moteurs de recherche solidaires.

Le fonctionnement : Recherche = Publicité = Chiffre d'affaire = Don.

L'internaute fait ses recherches exactement de la même manière que sur un moteur de recherche classique (Google, Yahoo, ...). Les résultats qui s'affichent sont les mêmes, avec de la publicité.
Le chiffre d'affaire du moteur de recherche solidaire grossit avec le nombre de recherches faites. Une part (ou plus rarement la totalité) des recettes est reversée à des associations, ou est utilisée pour une cause (exemple : planter un arbre toutes les X visites).

Aujourd'hui, quelques leaders se partagent le marché, concurrencés indirectement par les moteurs de recherches « propres » : ceux qui limitent leur impact environnemental et ceux qui le compensent en plantant des arbres.

(1) Etude comScore Releases May 2008 French Search Rankings

Voici un petit tour d'horizon des principaux moteurs de recherche :

Doona

Voici une présentation de Doona par ses concepteurs :
« L'idée de créer un moteur de recherche à but humanitaire germa durant le printemps 2006. Au fil du temps, le projet s'est concrétisé : l'association Doona est officiellement née le 27 Juin 2006 et le moteur de recherche, quant à lui, fut fonctionnel dès le 02 Juillet 2006. Doona est et restera le premier moteur de recherche à but humanitaire sur Internet. L'idée peut sembler étrange mais elle est toute simple : tous les bénéfices de l'association Doona seront destinés à l'humanitaire, par des dons aux associations inscrites ou pour monter nos propres manifestations caritatives. Aucun but lucratif, aucun salarié, 100% bénévole. Ne cherchez pas de mention "SAS au capital de ... €", "50 % des bénéfices remis à l'Humanitaire"... Sur Doona, cela n'existe pas ! Tout est reversé à des actions d'humanitaire ! »

Le fonctionnement :

Le don aux associations : les internautes votent pour leur  association favorite. Et l'association qui a recueilli le plus de votes reçoit le don à la fin du sondage organisé (et est mise hors liste pendant 3 votes consécutifs). Ce fonctionnement est mis en place pour que les associations ne prennent pas ce système à la légère et pour que tout internaute puisse aussi participer démocratiquement au don.

Le don est envoyé à l'association par chèque, et elle renvoie un petit mot et une photo.
Cela montre que le don est bien arrivé à destination et encore une fois, l'internaute peut juger de la transparence de Doona.»

Pour y accéder : http://www.doona.fr/

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Hooseek

Le fonctionnement :

Il repose lui aussi sur le principe simple d'une recherche = un don. C'est un service gratuit. L'internaute sélectionne  jusqu'à 4 associations parmi les 500.000 présentes et chaque recherche effectuée sur Hooseek apportera environ 0,15 centimes à ses associations favorites.

La particularité de HooSeek est son modèle économique.

HooSeek verse la moitié de son chiffre d'affaire généré par les recherches aux associations sélectionnées par les utilisateurs.
Chacun peut ainsi choisir de soutenir un maximum de 4 associations. Le versement des dons aux associations est effectué tous les 500 euros.

Hooseek a signé des partenariats avec les moteurs de recherche (Yahoo, Exalead,Live Search, Ask, ...). En échange du trafic qu'il leur apporte, les moteurs de recherche  reversent une partie de leur chiffre d'affaire.

Evolution du moteur de recherche

De nombreuses fonctionnalités verront le jour prochainement : Le Seeker = plus besoin de cliquer sur « Page Suivante » si vous ne trouvez pas votre réponse dans les 10 premiers résultats (comme 40% des recherches effectuées), les autres réponses se chargent automatiquement en dessous. Les prochaines fonctionnalités en préparation sont le SeekEasy (L'utilisateur a la possibilité de conserver des résultats qu'il trouve pertinent d'une de ses recherches. Il ajoute sa sélection au "pense-bête" grâce au picto situé à côté du lien. La sélection faite, elle sera affichée sur la colonne de droite. Ce pense-bête interactif se trouve sur chaque thème et permet de s'organiser selon la recherche par thème), le SeekDirect (permet d'intégrer un lien direct vers Hooseek sur votre site en selectionnant automatiquement une association), le SeekWorld et le FavouriteSeek.

Pour y accéder : http://www.hooseek.com/

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VEOSearch

Lancé le 4 octobre 2007, le moteur de recherche français reverse 50% de ses revenus publicitaires à des associations de Développement Durable. VeoSearch propose aux associations de communiquer gratuitement sur leurs actions. Les partenaires de Veosearch sont : Yahoo! pour la recherche Web, image et Wikipedia, Kelkoo pour le shopping, Liligo pour les voyages, Wikio pour les News et DailyMotion pour les vidéos.

VeoSearch.com, la toile solidaire s'élargit

Jeudi 20 mars 2008, sollicité par les associations, VeoSearch.com ouvre son portail à trois nouveaux pays (Suisse, Belgique et Grande Bretagne). 5 mois seulement après son lancement, le succès de VeoSearch fait écho dans les pays limitrophes, désireux à leur tour de profiter de ce service.

Pour y accéder : http://www.veosearch.com/fr

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Enfin,voici une liste non exhaustive de divers  moteurs solidaires :

En français :

  • Ecoogler, entreprise espagnole qui plante des arbres en partenariat avec l'ONG Aquaverde (moteur utilisé : Yahoo)
  • Mention spéciale au moteur EkOolos, qui n'est pas un moteur solidaire mais offre de rechercher parmi plus de 2000 sites répertoriés dans le domaine de l'environnement. Il est géré par une boutique en ligne mais aucune pub sur la page d'accueil : il n'y a pas de gain généré, certes, mais il est très pratique, avec un vrai travail de recensement de fond.

En anglais

  • My Eco Seek qui investit dans les énergies renouvelables, joli petit site aux gains encore très faibles (voir leur blog)
  • EcoSearch, une association américaine qui mentionne les ONG soutenues... mais pas les gains générés.

16:19 Publié dans Développement économique | Lien permanent | Commentaires (0) | | | Digg! Digg

10/08/2009

Les nouvelles technologies aident les pays en développement

Je vous propose la traduction d'un article publié sur le blog de l'International Association of Agricultural Information Specialists (IAAIS pour aller plus vite).

Le dernier rapport du Groupe de la Banque Mondiale conclu que les nouvelles technologies créent des emplois, augmentent la productivité et améliorent la gestion.

Selon un nouveau rapport du Groupe de la Banque Mondiale : Information and Communications for Development 2009: Extending Reach and Increasing Impact, le nombre d'utilisateurs d'Internet a été multiplié par 10 entre 2000 et 2007 dans les pays en voie de développement.

De plus, le rapport estime que les prochains milliards d'abonnés à la téléphonie mobile seront principalement des utilisateurs en zones rurales. Un exemple illustrant ce phénomène est l'Inde, un pays en développement qui s'est converti en leader mondial de cette industrie.

Cependant, le Groupe de la Banque Mondiale affirme que moins de 15% de ce marché de la communication a été exploité, et il estime que l'on atteindra seulement 27% en 2010. Cette réalité incite les experts à analyser la meilleure manière d'employer les avantages offerts par internet et d'atteindre son un développement plus complet.

Dans un pays comme le Ghana, les télécommunications ont contribué au développement économique. Actuellement, 35% de l'emploi dans les pays en développement est lié au secteur des services, il en va de même pour 51% de son PIB.

Une des raisons est l'utilisation que font les agriculteurs des téléphones mobiles pour accéder aux informations de marché. Grâce à un service d'alerte par messages courts (sms), l'utilisateur connaît les prix des produits en temps réel et les offres d'achat et vente.

De la même manière, des accords sont conclus entre commerçants sans faire appel à des intermédiaires qui augmentent le coût des transactions. Une autre manière d'éviter le paiement de taxes  est l'utilisation de services bancaires et de paiements mobiles.

L'accès aux réseaux à large bande (internet et mobile) est fondamentale pour le développement futur de ce secteur.

Bien que de nos jours les réseaux mobiles constituent la plus grande plateforme de distribution au monde, la connexion à Internet est fondamentale pour le développement futur de ce secteur. Les experts s'accordent pour dire qu'une augmentation de 10 % des connexions à Internet à haut débit augmenterait de 1,3 % la croissance économique des zones rurales.

Pourquoi ? Simplement parce que si le haut débit gagnait les zones éloignées, de nouveaux emplois seraient créés pour les jeunes, et la productivité des champs de culture et leurs exportations augmenteraient.

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Extrait de la synthèse du rapport en français (cf. encadré Pour aller plus loin)


Mais ces avancées en matière de télécommunications n'apportent pas que des bénéfices économiques, mais également politiques.

Les gouvernements modernes qui se servent des TIC peuvent accroitre l'éfficacité de leurs services publics, la transparence de leur fonctionnement et leurs capacités de répondre aux problèmes.
Ce sont les conclusions des projets menés en Chine et au Brésil sous le nom d'e-gouvernement. Ces projets ont permis de réduire le cout et le temps passé pour les transactions financières et ils ont permis une augmentation des revenus fiscaux des gouvernements.

De plus, l'accès à un service public depuis depuis un centre local ne nécessitant pas de longs trajets, a permis une plus forte participation de la population.

La pénétration des technologies de communication dans les zones défavorisées
a aussi contribué à des améliorations sociales.


De nombreux pays en voie de développement souffrent du manque d'accès à des soins de santé. Face à ce problème, l'amélioration des systèmes d'information aident au suivi de prestations de services, améliorent la gestion des inventaires et permettent aux professionels d'être averti plus rapidemment sur les résultats de leurs actions.

Enfin, un bénéfice social majeur nait de l'intensification des relations sociales à distance permises par les nouveaux médias, par delà les frontières notamment.

Les obstacles

Le cout élevé de la mise en place de ces systèmes reste un inconvénient majeur.
Les nouvelles technologies de l'information se développent surtout dans les villes qui permettent aux acteurs de rentabiliser leurs investissements. Les zones rurales restent profondément défavorisées en matière d'accès à internet, du fait de l'absence de réseau existant permettant de véhiculer les données, du fait des distances à parcourir également.

Le manque de personnel compétent freine également le développement de la pratiques et d'applications de ces nouvelles technologies. Toutefois, on peut rappeler que la formation peut désormais se faire de manière distante. Les conditions de transfèrs de compétences du nord vers le sud et du sud vers le nord n'ont jamais étaient aussi bonnes qu'avec internet. Toutefois la multiplicité des langues n'est pas sans poser problème (note du traducteur :).

Enfin, la volonté politique est une des clés du développement de l'accès à internet. Des politiques incititatives doivent être menées pour aider à la mise en place des investissements de départ.
Les bailleurs du nord devraient prévoir une amplification des fonds destinés à financer ce type de programmes.

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Synthèse du rapport Information et Communication pour le Développement, en français par Mohsen Khalil, Philippe Dongier, and Christine Zhen-Wei Qiang : 18 pages et de nombreuses références à des études.

Lire le rapport complet de la banque mondiale en anglais

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06/08/2009

Finances solidaires : et si la dimension sociale faisait son retour dans le financement de l'économie ?

Le rapprochement des termes "finance" et "solidaire" peut vous paraitre inattendu ? Inopportun ? Révoltant ? C'est vrai qu'il est fréquent de trouver la finance diabolisée. Pourtant, le salut de notre système économique - et politique, ce dernier étant devenu tellement dépendant du premier - passera  par un soutien massif au secteur de la finance solidaire, secteur émergent, certes marginal par rapport à la finance de profit à court terme, mais tellement symbolique et porteur d'espoirs.

Voila pourquoi il me semble important de porter ce mouvement, d'en parler dans les médias, d'en parler entre nous, et de l'alimenter des revenus de notre travail.

Si demain, 5% des clients des banques traditionnelles ferment leurs comptes pour les ouvrir dans des banques solidaires, ce sera un signal puissant envoyé à des acteurs qui sont lourdemment responsables de la crise actuelle, mais ne remettent nullement en cause leurs pratiques ni l'esprit qui les anime. L'autorégulation étant bien évidemment une vaste plaisanterie. Montesquieu n'en était il pas pleinement conscient quand il a théorisé la séparation des pouvoirs ?

Définition de la finance solidaire

« La finance solidaire établit un lien entre les personnes qui font fructifier leur épargne de manière solidaire et celles qui entreprennent des activités utiles à la lutte contre l'exclusion, à la cohésion sociale et au développement durable.

À la différence de la finance orientée vers la recherche  exclusive du profit, la finance solidaire est orientée également, voire principalement, vers la recherche de l'utilité sociale des investissements ou des dons financés. Les différents placements d'épargne solidaire (livret d'épargne, OPCVM, plan d'épargne salariale, actionnariat solidaire) financent plusieurs types d'investissement solidaire (apport en fonds propres, prêts, microcrédit, garantie, immobilier...) au profit de l'insertion par l'emploi, du logement social, du développement durable et la solidarité internationale... (extrait du baromètre finansol). »

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Comme toute entreprise, les institutions de la finance solidaire visent la rentabilité dans leurs activités, mais ce profit n'est qu'un moyen pour péreniser l'activité, et poursuivre des objectifs à dimension sociale. Ce qui rejoint la définition du social business par Mohamed Yunus, proposée ici sur le blog lesocialbusiness.

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Bien que méconnues du grand public, de nombreuses initiatives solidaires se développent à travers le monde. En ces temps de crise, elles apparaissent comme le modèle d'une nouvelle approche économique ET sociale. Les systèmes de financement classiques sont en effet de plus en plus frileux à accorder des prêts à ceux qui en ont le plus besoin, et ces nouveaux organismes solidaires constituent une alternative intégrant les aspects sociaux, au-delà des pures considérations économiques.

Ainsi, les organismes de finances solidaires agissent sur différents aspects : l'environnement, la réinsertion sociale (voire notre note sur Vitamine T : groupe d'entreprise d'insertion par l'activité économique), l'emploi, le logement, les actions humanitaires, l'aide au développement...
Les épargnants eux, participent à la concrétisation de projets porteurs de sens, comme vous pouvez le voir dans ce dossier illustré de plusieurs exemples.

Nous rendre conscient de la fonction de l'argent et du sens qui lui est donné, mettre son épargne à disposition de ceux qui ont besoin de financement en urgence, apporter sa pierre à l'édifice en ayant l'assurance que son capital n'est pas assujetti à la spéculation boursière sur des titres d'entreprises qui n'intégrent aucun critère social et environnemental dans leurs projets, tout en ayant la garantie d'une transparence dans l'utilisation des fonds, tels sont les objectifs de l'épargne solidaire.

D'ailleurs, le modèle de finance islamique, se base depuis longtemps déjà sur la prohibition de l'intérêt et l'évaluation de la valeur sociale des projets financés. Vous pouvez consulter une précédente note à ce sujet sur le Blognotes.

 

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Zoom sur La Nef

Inspirée  des premiers essais hollandais et allemands, l'association « Nouvelle Economie Fraternelle », créée en 1979, prône une utilisation conscientisée de l'argent, une valeur ajoutée sociale et humaine à son épargne.

La naissance de l'association répond à un besoin d'outils financiers pour des projets alternatifs innovants ne trouvant pas de soutien dans les réseaux bancaires classiques. Ainsi, le premier projet soutenu par la Nef en 1980 était l'installation d'une exploitation agricole biodynamique.

En 1988, 650 coopérateurs se  rassemblent pour participer à la création de la société financière anonyme coopérative de la Nef. En effet les nouvelles lois de 1984 contraignent la Nef à changer de statut, mais les objectifs restent les mêmes : proposer une alternative aux banques classiques, un système transparent reposant sur les valeurs humanistes de ses fondateurs.

Les valeurs de la Nef ?

  • L'éthique

La Nef sélectionne les projets qu'elle finance en fonction de leur utilité écologique, sociale et culturelle. Elle privilégie des initiatives qui visent le développement local de l'économie et choisit délibérément de n'encourager aucune action qui nuirait à l'homme ou à son environnement.

  • La transparence

La Nef publie chaque année dans son rapport annuel la liste de tous les prêts versés en précisant leurs principales caractéristiques et en racontant chaque petite histoire derrière les chiffres.
À travers cette publication adressée à tous les sociétaires, chaque épargnant voit à quoi sert son argent. A l'inverse, si vous souhaitez connaitre quelques uns des pires projets soutenus par les banques dominantes : le site secrets bancaires est très instructif sur les investissements dans les entreprises d'armement et les grands projets d'énergie aux conséquences dramatiques sur l'environnement et les populations.

  • La fraternité

Pour la Nef, l'économie est le domaine d'activité humaine au sein duquel devrait s'exercer la fraternité, au sens de coopération et de solidarité. Dans son action au quotidien, elle offre à chaque individu la possibilité de rentrer dans une relation d'entraide et d'exercer sa responsabilité sur les flux financiers.

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Lancement d'une banque éthique européenne

La première banque éthique alternative européenne verra le jour en 2010. Née de la fusion de la Nef (France), la Banca popolare etica (Italie) et Fiare (Espagne), cette banque adoptera le statut de coopérative européenne. L'enjeu est de doter le secteur de l'économie sociale et solidaire d'une institution bancaire dédiée à la demande grandissante d'une finance au service de l'Homme.

Le Crédit Coopératif, banque de référence de la microfinance

La microfinance est un outil financier qui concilie de façon exemplaire responsabilité et solidarité.

Le Crédit Coopératif, dont la Nef dépend, est naturellement engagé dans cette démarche, de longue date, comme en témoignent ses nombreuses initiatives en France et dans le monde. Son expertise est reconnue et une mission nationale spécifique lui est confiée au sein du Groupe Banque Populaire, dont il est membre.

Le Crédit Coopératif apporte son expertise aux acteurs de la microfinance en mettant à leur disposition des lignes de crédit, des instruments de garantie et ses capacités d'ingénierie financière.

Sur un livret Agir du Crédit Coopératif par exemple, 50% des intérêts annuels sont reversés à des associations que l'épargnant choisi. En 2008, une vingtaine d'associations ont reçu 2,5 millions d'euros de dons grâce à ce livret.

De même que se développent les dons et prêts en ligne (voir les notes écrites sur le site www.babyloan.org et une note à venir sur www.veecus.com ; qui sont tous les deux des sites de microcrédit international entre particuliers), Internet a permis de donner du poids à ces initiatives, mettant en relation épargnants et entrepreneurs du monde entier. La visibilité qu'offre le web aux différentes initiatives est également déterminante dans le développement des projets et dans l'information de la population.

Des solutions alternatives sont en marche. Donnons leur notre soutien. Que ce soit dans le domaine social, environnemental, humanitaire, les initiatives ne manquent pas et les échos de la population sont bel et bien là. Merci aux "grands médias d'information" de relayer le message !

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Plusieurs discussions et points de vue sur le forum de la Nef

Définition des finances solidaires sur Wikipédia (à noter : la distinctino avec l'ISR, l'investissment socialement responsable)

Finances-solidaires.com

Finansol, le site des finances solidaires

Crédit Coopératif, banque  de finance solidaire, organisme historique du micro-crédit

Finance-solidaire.info, informations pratiques et éléments de réflexion (voir également place.coop, coopérative d'étude et de R&D)

Les investissements des banques (pas solidaires) et l'environnement (site geo.fr)

La veille sur les banques avec le site des amis de la terre : http://www.amisdelaterre.org/

Le réseau anglophone : http://www.banktrack.org/ auteur de la campagne mind the gap - partenaire des amis de la terre

Les acteurs financiers solidaires (site econo.ecolo)

L'interview de Maria Nowak sur l'ADIE et le micro crédit en France

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20/04/2009

Kiva - accord ou unité, en swahili - la plus grande association de microcrédit aux Etats-Unis

Philanthropie 2.0
Crée en 2005 à San Francisco, « Kiva est une association à but non lucratif dont l'activité principale tient à un site sur lequel chaque personne disposant d'un accès Internet et d'une carte bancaire peut choisir de prêter de l'argent à taux zéro à des centaines de micro-entrepreneurs originaires de pays en voie de développement " explique Premal Shah, président de Kiva.

Grâce à son site internet www.kiva.org collecte des prêts dans plus d'une centaine de pays. Ensuite Kiva distribue ces prêts à des institutions de micro finance (IMF) réparties dans les pays en voie de développement. Les IMF gèrent l'accueil, l'évaluation et le suivi des micros entrepreneurs qui proposent des projets et reçoivent des prêts, tandis qu'à l'autre bout de la chaîne, Kiva gère les prêts et envois d'argent à destination de ces IMF, grâce à un accord avec Paypal notamment. Ensuite, les IMF veillent au remboursement et les prêteurs récupèrent leur argent dans les 6 à 12 mois.

Une bonne partie de l'activité de Kiva consiste également à évaluer les IMF partenaires ou futur partenaires : Kiva classe les IFM selon leur fiabilité et leurs délais de remboursements. Des audits sont effectués sur l'état des finances des IMF, leur durée et leur solidité, la taille de leur portefeuille de prêts, leur aptitude aux échanges internationaux, leurs réseaux sur le Net et affiliations aux organismes caritatifs connus.

De leur côté, les IMF dont sensiblement le même travail avec les entrepreneurs : prospection, sélection, évaluation des projets. Les IMF apportent notamment une connaissance du terrain qu'il est impossible pour Kiva de développer.

Le site www.kiva.org
Sur la page d'accueil du site (en anglais, il n'y a pas de version française) nous distinguons nettement la photo d'un micro entrepreneur et celle d'un prêteur. Kiva permet ainsi aux prêteurs d'attribuer leur argent à certain projet particulier, en fonction de la localisation, de la thématique, de la présentation qui est faîte du projet et donc de l'affinité que le prêteur éprouve à l'égard du micro entrepreneur.

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Le modèle de Kiva n'est possible que sur internet
Avant il n'était pas possible pour un particulier de prêter de l'argent à un micro entrepreneur. En effet, les associations caritatives qui reçoivent des dons de particuliers ou d'institutions ne sont pas en mesure de suivre l'attribution de l'argent. Avec ce modèle, Kiva et les sociétés françaises qui s'en inspirent comme Veecus ou Babyloan, imposent un nouveau standard de transparence, créant une attente chez les prêteurs / donateurs de savoir où, à qui et comment est alloué l'argent.

Le suivi d'un prêt
Au contraire, Kiva dans cette vidéo (en anglais) intitulée l'histoire d'un prêt Kiva, est en mesure de suivre le parcours d'un prêt de 25$ :


A Fistful Of Dollars: The Story of a Kiva.org Loan from Kieran Ball on Vimeo.

Parmi les raisons du succès

1. La simplicité d'utilisation

En quelques clics et quelques minutes, l'internaute qui souhaite devenir prêteur :

a. Crée son profil
b. Choisit la personne et le projet à qui prêter de l'argent
c. Finalise la transaction grâce au paiement sécurisé par Paypal

Kiva s'appuie donc sur des fonctionnalités de réseau social avec la mise en relation des prêteurs, l'invitation des membres de son réseau à prêter, la recommandation de prêter à certains projets etc.

2. La médiatisation du microcrédit

Du en particulier au succès de la Grameen Bank au Bangladesh et surtout à l'attribution du prix Nobel de la Paix à Muhammad Yunus.
Le micro crédit à fait éruption dans l'univers du financement du développement grâce au succès de la Grammeen Bank de Mohammed Yunus au Bangladesh.

3. Le kit de promotion

Ce kit permet à chacun de communiquer sur son l'engagement en faveur de Kiva. De cette manière chaque prêteur est en mesure de médiatiser dans ces emails, sur son profil de réseau social ou sur son blog, son engagement sur Kiva.

4. Le modèle économique et l'accord entre Paypal et Kiva

Kiva ne facture pas de taux d'intérêt aux IMF et ne se rétribue pas sur les transactions. Les frais de fonctionnement sont couverts par des donations. Mais la clé du succès est l'énorme économie permise par un accord avec Paypal, filiale d'Ebay.
En effet, cet accord est fondamental pour Kiva puisqu'il permet de n'avoir aucun frais de transaction, ce qui est un avantage certain par rapport aux structures de coûts d'entreprises comme Veecus ou Babyloan.

5. Les Kiva fellows

Kiva emploie des centaines de salariés mais fait également appel à de très nombreux bénévoles et à des entreprises de bonne volonté comme Paypal. Le programme Kiva fellows vise à promouvoir l'engagement de la communauté Kiva dans des actions de communication : photos, récits ou vidéos d'entrepreneurs ayant bénéficié d'un prêt et de membres d'IMF, prise localement et mise à la disposition de Kiva pour illustrer les conséquences sur le terrain d'un prêt. En effet, à mon sens,  une des attentes créées par le modèle Kiva est une remontée d'informations régulières du terrain. Je pense également que cette remontée d'information s'impose à toute structure impliquée dans des actions de développement.
Quelques vidéos des Kiva Fellows sur Youtube

Petit bilan de Kiva en chiffres (source : www.kiva.org & interview de Jessica Jackley, co fondatrice de Kiva)

Depuis 2005 :

  • 5 00 000 prêteurs répartis dans 100 pays
  • Un réseau de 10 000 IMF répartis dans 45 pays en voie de développement
  • 67 millions de $ de volume de prêts

Cette semaine :

  • 2 454 entrepreneurs financés
  • 1 prêt toute les 18 secondes
  • 3 726 nouveaux prêteurs
  • 1 million de $ prêtés
  • 12 873 prêteurs

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ou pour aller ailleurs tout simplement :)

Présentation d'éléments traduits du site Kiva sur le blog d'Alix de Médiapart

Article de 01net publié en 2007 : Kiva popularise le micro crédit façon web 2.0

Présentation de Kiva sur le portail Microfinance

Interview (en anglais) de Jessica Jackley, co fondatrice de Kiva : « la mission de Kiva est de mettre en contact des personnes à travers le monde »

Article Wikipedia sur le Grameen Bank

Sur le site Kiva (en anglais)

Voir une liste d'exemples de projets à financer : vous constaterez notamment la possibilité de faire des prêts à des groupes, des femmes et des hommes seuls. Sur ce point,  il faut savoir que la Grameen Bank, à l'origine du microcrédit, prêtait exclusivement à des femmes qui empruntaient en groupe. L'idée étant que les femmes investissent plus volontiers dans l'éducation de leurs enfants et dans la mise en place d'un projet à long terme. L'autre idée étant qu'un emprunt en groupe garanti une forme de solidarité entre des micro entrepreneurs en cas de difficultés. (Cf; l'article Wikipedia sur le Grameen Bank)

Voir des détails sur un projet en particulier

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01/04/2009

Babyhours #2 : actualités de Babyloan, Oxus et défaut de paiement en micro crédit

Bonjour !

J'étais la semaine dernière à la seconde soirée organisée par Babyloan au café Alter Mundi (c'est ici). La précédente soirée avait donné lieu à une note de présentation.

Les rencontres avec Babyloan

Tout d'abord, Babyloan entend faire de ces rencontres : les "Baby hours", un événement récurrent afin d'organiser des débats réguliers entre les membres de Babyloan, les prêteurs et les personnes intéréssées par l'initiative. Donc, si vous êtes intéréssés, vous aurez l'occasion de les rencontrer et de participer à la réflexion, de questioner.

C'est aussi l'occasion de faire intervenir des partenaires : Oxus

Sophie Vincent, responsable d'Oxus à Paris, a pris la parole, avant la projection de quelques films courts, témoiganges de membres d'instituts de micro finance au Tadjikistan. Vous pouvez retrouver ces témoignages sur la page Dailymotion de Babyloan ; les films sont intitulés Microfinance Tadjikistan Oxus.

Qu'est ce qu'Oxus ? Oxus est issu du regroupement des activités de micro crédit de l'ONG Acted - Agence d'aide à la coopération technique et au développement. Oxus organise et structure ainsi un réseau d'instituts de micro finance. Les premiers instituts ont été monté au Tadjikistan, en Afghanistan et au Kirghizistan dans les années 90, au moment de la décomposition de l'empire soviétique.

Acted intervient plutôt dans les situations d'urgence et de post urgence avec des projets de réhabilitation et de développement, puis la microfinance prend le relais pour les actions à plus long terme.

Aujourd'hui, Oxus octroie 7 500 prêts pour 13 millions de $ de budget. Le taux de défauts de paiement atteint 0.7%. Ce point a fait l'objet d'une question et d'un échange avec Arnaud Poissonier et Sophie Vincent. En effet, ce taux est plus faible que ce que connaissent les banques des pays riches. Or l'évaluation du risque de défaut de paiement entre en compte dans le calcul du taux d'intérêt. S'il est faible, pourquoi les taux d'intérêts pratiqués sont ils plus élevés que dans les insitutions bancaires des pays riches ?

Explications et nuances concernant le taux de défaut de paiement

  • Tout d'abord ce taux de défaut de paiement de 0.7% n'est pas vérifié dans tous les pays ou opèrent des strucutres de micro crédit.  Ce taux peut être beaucoup plus élevé d'un pays à l'autre, d'une période à l'autre.
  • Les IMF prennent de nombreuses précautions pour sélectionner les projets car ils n'ont pas d'historique de crédit pour ces nouveaux emprunteurs. Aussi, il existe une auto exclusion des plus pauvres dans les projets soumis aux IMF : les groupes de porteurs de projets se réunissent et ne proposent que ce qui est le plus susceptible de réussir.
  • Enfin, ces taux sont très dépendants du contexte économique et Oxus observe en ce moment une déterioration importante de ces taux de recouvrement.

N'étant pas spécialiste de ces questions, n'hésitez pas si vous le souhaitez à apporter des compléments dans les commentaires, ou des questions, je tenterai d'aller chercher des réponses.

Autres actualités de Babyloan

  • A ce jour 80 nationalité sont représentées dans les prêteurs Babyloanien, alors que le site n'existe qu'en version française et anglaise
  • Une nouvelle version du site est en cours
  • Babyloan tiendra un stand et une conférence au salon Planète durable qui se tient du 2 au 5 avril à porte de Versailles à Paris (demandez le programme !).

A suivre donc avec les prochains "Baby hours".

J'ai comme projet de faire des interviews complémentaires de Sophie et Arnaud, s'il y a des questions que vous souhaiteriez poser et qu'elles entrent dans le propos que je souhaiterai illustrer (à savoir : le social business avec Arnaud Poissonier et les activités d'Oxus avec Sophie Vincent), n'hésitez pas à les poser dans les commentaires ou par mail.

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Sur Babyloan :

Vidéo de présentation de Babyloan au Salon des Solidarités

Interview d'Arnaud Poissonier

Sur Oxus :

Objectifs et types de prêts proposés par Oxus

Témoignages d'une bloggeuse en mission pour Oxus au Tadjikistan

Sur le social business :

Présentation de Pour un nouveau capitalisme, de Muhammad Yunus sur lafronde-economique

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