25.01.2010
Peer to peer lending : distribution de prêts entre particuliers et refonte du système bancaire traditionnel
Le « peer to peer », c'est quoi au juste ?
Définition : le peer-to-peer, pair à pair en français, que vous trouverez aussi écrit P2P, correspond à un modèle de réseau de communication, d'échange et de partage de fichiers dans lequel l'information ne transite pas par un serveur central mais par chaque membre du réseau.
En fait, le peer to peer désigne une méthode de transmission de l'information. La plupart du temps, un ordinateur est connecté selon le modèle client/ serveur : il y a un programme serveur (qui gère les communications) et des programmes clients (qui se connectent au serveur).
En peer to peer, il n'existe qu'un seul programme, qui fait office à la fois de client et de serveur : ce programme complet permet à la fois de se connecter à un autre programme (partie client) et de recevoir une tentative de connexion (partie serveur). Autrement dit : on se connecte directement à un autre ordinateur, sans avoir à passer par un serveur qui gère les connexions. Pour lever les malentendus : le peer to peer n'a en soi rien d'illégal. En revanche, ce sont les transferts de fichiers protégés par des droits d'auteur (musiques, films,...) qui rentrent dans cette catégorie.
Philosophie générale et applications du peer to peer
La philosphie du peer to peer pourrait se résumer en cette formule : « Tu as une chose à enseigner mais plein de choses à apprendre ».
En effet, le peer to peer s'inscrit dans un processus global de restructuration de l'accès au savoir, compris alors comme une véritable valeur d'échange. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, les échanges de données étaient assez limités, disons figés. Qui plus est, les « experts » avaient toute autorité sur leur domaine.
Cette organisation verticale de l'information laissait peu de place à l'approximation et aux avis divergents. Régnait alors en maître le bon vieux principe d'autorité et la communication se résumait à une partition d'acteurs binaire, où chacun tenait son rôle d'émetteur ou de récepteur. Le contrôle de l'émetteur était alors l'enjeu principal pour controler le récepteur.
Avec l'avènement du web participatif, les internautes ont la possibilité de retraiter l'information ; c'est-à-dire non seulement de la relayer (vecteur), mais également d'ajouter du contenu à des contenus existants (création, réorganisation). Pour ainsi dire, les échanges communautaires ont littéralement changé d'échelle : l'espace de rencontres est alors devenu celui d'un dessein commun où ceux et celles qui s'expriment ouvrent une nouvelle dimension en matière d'échange et de partage.
Pour approfondir ce sujet, n'hésitez pas à consulter la note consacrée au film Us Now : Us Now, ou comment internet permet de créer de la confiance, du lien social et de la solidarité. En s'appuyant sur le film, la note explique le fonctionnement des réseaux d'échange de particulier à particulier au travers de cas concret comme le couchsurfing (service de réseau social et d'hébergement) ou encore le site netmums (service d'échange et d'entraide entre jeunes mamans).
Appliqué à la distribution de programmes vidéo, Joost fonctionne en P2P.
Le peer to peer lending : le prêt entre particuliers, une alternative au système bancaire
Le prêt de particulier à particulier est un phénomène d'envergure mondiale née aux Etats-Unis puis repris au Royaume-Uni. Le système s'appuie sur le principe de la tontine.
Ce système de prêt fait intervenir des acteurs différents de ceux du système bancaire traditionnel et repose sur la confiance : on passe ainsi d'un modèle strictement transactionnel à un modèle relationnel, organisé autour de plateforme web qui s'inspirent des réseaux sociaux.
Le schéma est le suivant : un emprunteur s'adresse à un prêteur, généralement un proche (ami ou famille) afin de souscrire une demande de prêt. Cet acte se fait par l'intermédiaire et la supervision d'un tiers, une plateforme de p2p, qui fait alors figure de tuteur, et d'aide juridique.
La plateforme p2p en question fournit différents services ; notamment un cadre juridique. Le service permet également la répartition de l'argent des prêteurs sur plusieurs emprunteurs, dans le but de minimiser les risques. Qu'il s'agisse d'une plateforme ayant pour vocation le développement économique (prêts collectés au nord pour distribuer des micro crédits au sud) ou jouant sur la proximité des acteurs (quand ils sont amis, ou de la même famille), le ressort fondamental de ces organisations est la confiance entre les différents acteurs. L'intérêt directement mesurable, si l'on peut dire, est que les taux de risque pour ces prêts sont plus faibles que pour un emprunt classique.
Trois formes de plateforme de p2p lending
- On trouve tout d'abord des plateformes qui proposent un cadre juridique à des familiers (prêts entre amis ou au sein de la famille).
Ce type de plateforme s'adresse à des gens qui sont généralement coutumiers de l'emprunt entre proches, mais qui recherchent un coussin juridique. - On trouve ensuite des plateformes à visée « sociale ». Celles-ci sont destinées à proposer des financements de projets sélectionnés par des institutions de micro finance.
Dans ce cas, on fait généralement appel à la contribution de ceux qui souhaitent devenir acteurs du développement et de la solidarité et contribuer au développement de projets dans leur propre pays ou à l'étranger. - Pour finir, on trouve des plateformes à vocation financière. Celles-ci « proposent aux prêteurs des placements à des taux attractifs et un risque calculé, et aux emprunteurs, des prêts à un taux intéressant et plus facile à obtenir que dans un organisme financier classique. »
- Dans ce dernier schéma, la visée sociale est différée, au profit d'une recherche d'avantages en premier lieu financiers si bien pour le prêteur que pour l'emprunteur.
En tout cas, ces trois modalités permettent de contourner l'offre bancaire classique, et de réintroduire une partie de la population exclue du système classique de prêt.
Des exemples ?
Comme présentée dans une note intitulée l'initiative d'une banque solidaire sur le Blognotes de la plateforme, une banque coopérative suédoise, la Jak, a développé un système de prêt en peer to peer. Jak maintient l'équilibre entre prêts et épargnes et dispose par là même d'un certain flot de liquidité. Précision : l'emprunteur est tenu d'acheter l'équivalent de 6% de son prêt en participation à la banque. Ce « dépôt d'équité » lui est reversé à la fin du remboursement et permet de garantir la solvabilité de l'organisme et la viabilité du système.
En France, avec Friendsclear, le vieux principe de reconnaissance de dettes est remis au goût du jour. Ce site spécialisé dans la garantie des prêts entre amis propose une formule plus rapide et moins onéreuse que des frais de notaire ou qu'un prêt dans une banque classique.
Dans leurs conditions d'utilisation, on peut lire : "assurer une prestation de suivi de prêt de particulier à particulier, dans un cadre familial ou amical. Il offre aux utilisateurs des outils de rédaction juridique de reconnaissance de dette, de suivi du déroulement de prêt entre particuliers, de calcul d'échéancier de paiement et d'intérêts et d’accompagnement du prêt."
Friendsclear guide les amis dans leur démarche de prêt ; il les aide à se mettre d'accord sur le montant, la durée et à définir ainsi un calcul des échéances. Même si ce système repose avant tout sur la confiance, le préteur dispose d'un coussin juridique en cas de litige. Les prêts accordés visent généralement de petites sommes : 4000€ en moyenne, et jamais plus de 10 000€ et les taux d'intérêts sont variables de 0 à 9%. A noter tout de même que les prêteurs doivent déclarer les intérêts perçus au fisc, car ceux-là sont considérés comme une créance imposable.
Le fait de ne proposer qu'un cadre juridique n'oblige pas Friendsclear à être titulaire d'une licence bancaire : pour le moment, le service fourni consiste seulement à fournir un cadre juridique à l'emprunteur et au prêteur.
Un autre site, français également, se propose de mettre en contact des emprunteurs des investisseurs en échange d'un pourcentage de transaction des deux parties. Il s'agit de PRETp2p.com. A l'heure actuelle, c'est la plus grande banque ouverte 2.0 en langue française. Dans cette communauté en ligne de prêts d'argent sur des plateformes sociales, les motifs de prêt sont divers (personnel, commercial, consolidation de dettes, rénovation de maison, financement d'une voiture,...).
Quelles garanties pour le prêteur ?
Dans les organismes de prêt entre particuliers, outre le principe de confiance, socle de base sur lequel se fonde le système, un certain nombre d'indices de garanties sont nécessaires au bon fonctionnement de l'application de l'accord de prêts... et de ses échéances. Accolé au bon vieux principe de confiance, on retrouve ainsi le principe plus récent de transparence.
Le calcul du risque est ainsi mesuré et ajusté sur la base des performances de remboursement du prêt grâce à un certain nombre d'indicateurs. Pour exemple, les prêteurs membres peuvent avoir accès à différentes données à rapprocher de celles liées à un crédit à la consommation. Celles-ci sont revues par l'emprunteur et l'organisme relais afin d'organiser au mieux les conditions du prêt. On trouve par exemple : le ratio dette/ revenu, le statut de l'emprunteur propriétaire/locataire, le passé judiciaire, les demandes de crédit antérieures, le taux d'utilisation d'une carte bancaire, l'historique d'emprunt sur le site de l'organisme d'emprunt.
Aux frontières de la régulation gouvernementale
Le prêt p2p, parce qu'il permet à des particuliers de prêter leur argent à des taux plus bas que ceux des banques, conduit logiquement à une restructuration du marché bancaire. Marché de l'ordre des trillions de dollars ! Face à cette réorganisation massive due à l'entrée de ces nouveaux acteurs si particuliers ( !), les gouvernements ont été conduits à légiférer.
Petit tour de l'autre côté de la Manche et de l'Atlantique, ou le phénomène est né.
Le premier acteur à se lancer s'appelait Circlelending, c'était en 2001 ! Désormais, Circlelending s'appelle Virginmoneyus. C'est le plus gros acteur du marché en termes d'encours.
Aux Etats-Unis, c'est Prosper qui a permis de construire et de délimiter un cadre légal au système de prêt p2p, permettant ainsi la naissance d'autres sites de prêt comme Zopa, IOU Central ou encore Lending Club.
En 2008, l'Autorité des marchés financiers américaine, le SEC (Securities and Exchange Commission), a lu l'offre de Propser comme un encouragement à la vente de valeurs immobilières non sécurisées et a mis en avant l'absence de preuve physique reliée à l'offre, à la vente et à l'achat de ces titres. Qui plus est, pour être légal aux Etats-Unis, un titre financier doit être enregistré à la SEC, ce qui n'était pas le cas de la jeune entreprise. Après avoir honoré une amende de 1 millions de dollars, Prosper a été contrainte de s'enregistrer et de se mettre en conformité avec le cadre législatif.
Au Canada, c'est la Commission des Valeurs Mobilières de l'Ontario (CVMO) qui a permis de légiférer sur la question du peer to peer lending. Il en ressort que les sites de prêts p2p ne peuvent pas dépasser un seuil de prêt fixé à hauteur de 25 000 $ et que la période de remboursement ne doit pas excéder une période de trois ans.
Dans l'hexagone ?
En France, le développement du marché de prêt p2p rencontre un certain nombre de freins.
Si le code monétaire et financier indique que « quiconque, sauf une banque à charte peut effectuer des opérations bancaires de manière régulière », rien ne vient interdire le prêt consenti d'un individu à un autre. Ainsi, les particuliers sont libres de prêter de l'argent à des parents, amis... C'est ce qu'on appelle originairement les « tontines ».
Néanmoins, la peur du surendettement, particulièrement rependue en France, conduit à une méfiance généralisée (si bien l'Etat que les associations de consommateurs ou encore les consommateurs eux-mêmes) vis-à-vis des crédits à la consommation (ou du moins compris comme tels). Même si les faits leur donnent « tord » (les français sont beaucoup moins endettés que leurs confrères Européens), il n'en reste pas moins que le crédit à la consommation doit faire ses preuves face à des esprits généralement méfiants. Du point de vue législatif, il en résulte un paradoxe puisque le marché du taux de crédit est à la fois réglementé par l'Etat et ultra-concurrentiel.
En France, les taux d'intérêts sont généralement plus bas que partout ailleurs en Europe. Néanmoins, l'intérêt de compensation des risques ne doit pas dépasser la limite du taux d'usure défini par l'Etat. Ce taux d'usure est le principal obstacle auquel sont confrontés les demandeurs de prêts n'ayant pas de source de revenus réguliers ou encore d'antécédents bancaires (les étudiants, les travailleurs indépendants,...). Puisque les banques ne sont pas autorisées à dépasser le taux d'usure (ce qui revient à s'offrir un coussin d'amortissement plus épais), elles refusent purement et simplement de prendre le risque de prêter à cette tranche de population.
Cause ou conséquence de tout cela, la législation Française réserve un accueil assez froid à l'arrivée du p2p lending tel qu'il se pratique outre atlantique, et même en Europe avec le Danemark, les Pays-Bas, l'Italie et l'Allemagne. En France, seules les banques ont accès à un historique des opérations de crédit. Les comptes rendus positifs sont illégaux : seuls les enregistrements négatifs (documents historiques sur des interdits bancaires ou d'incidents de paiement) peuvent et doivent être utilisés dans le cas d'une demande de crédit.
Malgré ces freins élémentaires, le succès qu'a connu le p2p lending à l'étranger devrait se propager dans l'hexagone. Encore un peu de patience pour que ce « marché pour les personnes solvables, mais atypiques », selon Jean-Christophe Capelli, président de Friendsclear trouve son public et que le cadre législatif s'ouvre à lui.
Des commentaires intéressants suite au billet de Jean Michel Billaut
Veille sur le p2p aux Etats-Unis - Autre blog de veille sur le p2p lending, en anglais
Friendsclear : le P2P lending débarque en France sur la version française du blog Read Write Web.

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| Tags : peer to peer lending, prêt de particulier à particulier, économie, social, solidarité, confiance |
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Digg
04.11.2009
Le Social Business ou l'oxymore heureux
« Social Business »... En premier lieu, on se dit qu'il fallait oser ! Cette figure de style bien connue, l'oxymore, a d'abord été l'apanage du langage publicitaire avant d'être investie par le monde des médias. De quoi rester dubitatif... Ici pourtant, la réunion des contraires que sont le « social » et le « business » renvoie à un mariage heureux : celui de deux notions que la morale semblait opposer...

- La naissance du social business : l'idée du prix Nobel de la paix Muhammad Yunus
L'idée est simple, encore fallait-il l'avoir ! C'est Muhammad Yunus, économiste, entrepreneur et prix Nobel de la paix 2006 qui en est à l'origine. Muhammad Yunus est parti d'un constat simple. Bengali d'origine, il a observé que nombre de ses compatriotes étaient exclus du système bancaire, et par extension, d'un vaste pan de l'économie. Depuis surnommé « le banquier des pauvres », Muhammad Yunus a eu l'idée brillante de promouvoir un modèle économique permettant à des acteurs modestes de développer une activité économique et d'échapper ainsi au fatalisme d'un endettement progressif.
Il ne faut pas confondre charity business et social business. Dans le premier schéma, un euro donné est un euro dépensé. Dans le second, un euro donné est ré investi à l'infini. Les actionnaires de ce système rappellent le principe du mécénat plutôt que celui du retour sur investissement... Comme le veut l'adage selon lequel « mieux vaut apprendre à pêcher à celui qui a faim que de lui donner du poisson », le modèle économique théorisé et initié par Mohammad Yunus invite les petits acteurs de l'économie à se développer par l'intermédiaire de partenaires financiers socialement engagés. C'est le système du microcrédit : avec le prêt d'une petite somme, une petite activité économique peut s'engager et prétendre à une autonomisation progressive dès l'apparition des premiers bénéfices.
A l'heure de la mondialisation, ce modèle économique présente un avantage de premier plan : il est participatif. Le développement voulu et attendu dans des pays économiquement sinistrés se fait sur la base d'une solidarité non altérée par l'appât des gains qu'il est censé produire.
- La Grameen* Bank : du concept social à la réalité économique
La conscience sociale de Mohammad Yunus, réactivée par la misère des villageois vivant à proximité de l'université où il enseignait alors, a ainsi trouvé une application économique. Devant le scepticisme des banques commerciales auxquelles il a du faire face alors qu'il exposait sa théorie économique, Mohammad Yunus a été le premier à s'investir et à investir le système économique du microcrédit. A la fois théoricien et entrepreneur, c'est donc lui qui a concrétisé son programme en fondant la Grameen bank. Succès immédiat, la Grameen bank obtient le statut d'établissement bancaire en 1983, avant d'exporter son modèle à l'étranger six ans plus tard. Aujourd'hui, ce sont plus de 300 millions de personnes dans le monde qui bénéficient directement ou indirectement du microcrédit.
*En Bengali, Grameen signifie village.
- L'application Nord/ Sud du modèle Social Business et son équivalent en France : l'ADIE
Le Social Business est régi par un cadre législatif particulier qui ne permet pas encore une application en France ou en Europe. En cela, il se distingue de l'entrepreunariat social, modèle plus traditionnel en France.
Un équivalent du Social Business en France est l'Association pour le Droit à l'Initiative Economique (ADIE). Développée en réseau sur l'ensemble du territoire, l'ADIE finance et accompagne les entrepreneurs exclus du système de crédit bancaire, et plus particulièrement les demandeurs d'emploi et allocataires du RMI.
Pour plus de précisions, n'hésitez pas à consulter l'interview en vidéo de Maria Nowak, présidente et fondatrice de l'ADIE, puis à vous rendre sur le site de l'ADIE.
- Focus sur Ashoka, acteur mondial du microcrédit
Cette organisation, fondée par l'américain William Drayton, participe à la structuration et au développement de l'Entrepreneuriat social. et du mouvement des entrepreneurs sociaux. Présent mondialement, cet acteur de premier plan du microcrédit poursuit trois objectifs complémentaires : sélectionner et accompagner le développement d'Entrepreneurs Sociaux novateurs, les encourager à travailler en réseau via le financement de collaborations, contribuer au développement de l'entrepreneuriat social à une échelle mondiale au travers de programmes et d'initiatives variées. Nous vous invitons à consulter le site d'Ashoka, et de vous rendre compte, au gré des clics, de la variété des programmes mis en œuvre pour soutenir et encourager le développement du microcrédit dans le monde.
- Le « SWEB »
L'expression du Président Fondateur de Babyloan, Arnaud Poissonnier, résume tout à fait le nouvel élan solidaire décuplé par l'outil Web. Le « SWeb* », comme il le désigne, c'est l'Internet solidaire. Sans doute l'outil le plus pertinent qui soit à l'heure actuelle en matière d'échanges appliqué à la solidarité.
Par la variété des échanges, par leur caractère immédiat, les projets associatifs connaissent une dynamique nettement supérieure à celle observée avant l'avènement du Web 2.0. Le gap Nord/ Sud s'effrite à mesure que les échanges naissent, que des engagements sont pris, qu'une solidarité se met en acte, bref, à mesure que des acteurs unis par une même volonté de « sauver » l'économie contribuent à l'insertion de larges populations jusque là écartées d'une économie pourtant mondialisée. Babyloan, premier site Internet français de microcrédit solidaire à destination des micro-entrepreneurs du Sud, constitue un exemple frappant de l'impact que peut avoir le Web 2.0 dans la Solidarité telle qu'elle s'applique aujourd'hui.
*Voir la référence au SWeb dans la vidéo traitant des attentes de l'équipe de Babyloan
- Les rencontres de Babyloan : un événement consacré aux nouvelles solidarités
Les 7 et 8 novembre prochain, aura lieu l'événement « Les rencontres de Babyloan » organisée par Babyloan. Comme indiqué ci-dessus, Babyloan est le premier site Internet français de microcrédit solidaire à destination des micro-entrepreneurs du Sud.
Parmi différents sujets et activités proposés autour de la thématique choisie pour cette année, « les nouvelles solidarités », « les rencontres de Babyloan » fournissent l'occasion de participer à des conférences relatives au social business et au micro financement.
De nombreuses activités sont prévues, pour petits et grands, notamment des animations, des ateliers, une exposition photos, des quizz enfants ainsi qu'un espace vidéo. Entre autres films diffusés à cette occasion, 1001 Fontaines, qui illustre une application du social business destiné à proposer de l'eau propre aux populations du Cambodge, ou encore l'interview de Bill Drayton, fondateur de d'Ashoka, dont l'action est évoquée plus haut.
Pour en savoir plus sur l'événement, n'hésitez pas à consulter le blog que nous rédigeons et qui est dédié aux rencontres de Babyloan. Ce blog accueillera notamment l'intégralité des conférences filmées ainsi que des comptes rendu.
12:26 Publié dans Développement économique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : social business, solidarité, entrepreunariat social, muhammad yunus, adie, ashoka, babyloan, microcrédit, grameen bank |
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Digg
07.09.2009
Clément Carjat présente Veecus et le microcrédit en ligne
Il y a quelques semaines, nous avons rencontré Clément Carjat, cofondateur du site de microcrédit entre particuliers : www.veecus.com
Créé à la fin 2008, Veecus - qui signifie village en indien - reproduit le modèle de l'américain www.kiva.org et du français www.babyloan.org.
L'idée de ces sites est d'utiliser internet pour mettre en relation des prêteurs avec des micro entrepreneurs de pays en voie de développement qui ont des besoins de financement. En l'occurrence, Veecus est en partenariat avec des institutions de micro finance du Cameroun, du Cambodge et d'Inde.
Le projet est porté par deux jeunes entrepreneurs (Clément Carjat et Baptiste Fabre : voir un résumé de leurs parcours) qui ont une expérience du terrain et qui ont foi dans l'avenir du microcrédit sur internet. Comme nous.
L'écosystème Veecus sur internet
- Le site www.veecus.com qui propose des profils de micro entrepreneurs, permet d'attribuer un prêt, de suivre son remboursement, de réunir une communauté de prêteurs, d'administrer une collecte pour un entrepreneur, de localiser un projet et de consulter des informations sur les avancements d'un projet. Le site propose un espace pour les prêteurs et un espace pour les emprunteurs. Pourtant l'asymétrie de l'accès à internet fait qu'il est impossible pour l'instant de suivre un micro entrepreneur dans son quotidien et d'avoir un contact direct avec lui.
- Le blog www.veecus.com/blog/ ; leurs tags en parlent mieux que moi (j'ai mis ceux que je trouve les plus important en gras) :
études d'impact évaluation advertising Ashoka Asie Bangladesh banques Battambang Bengale Bordeaux campagne marketing cyclone développement développement durable Dhola droit au compte entrepreneurs films finance éthique finance solidaire Inde internet investissement responsable investisseur social Kapil Mondal Médias Microcrédit microcrédit en ligne microentrepreneurs microfinance parc naturel partenaire performance sociale publicité radio Social Business Sunderbans télévision taux d'intérêt terrain tigre Veecus vidéos VSSU Yunus
Ou encore, les titres de leurs dernières notes : Portraits de clients - Qu'est-ce que l'exclusion bancaire? - Le droit au compte - Débat: Régulation du secteur de la Microfinance - Première expérience terrain: rencontre avec les "Women groups"!
- La page Twitter à l'aide de laquelle je viens de découvrir cette vidéo d'Hans Rosling sur les relations entre éducation, santé et développement. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Rosling est à la croisée d'un wikipedia vivant et de commentateur de foot ! Mais en plus drôle). Cf. la note que nous avons dédié à Gapminder.
Organisation de l'entretien
Bon j'en ai assez dit, je laisse la parole à Clément, qui aborde les thèmes suivant :
Première partie (11 minutes 30) : la définition du microcrédit et de la micro finance, les différentes formes de microcrédit, présentation de Veecus, l'intérêt du web pour ce type d'activité, l'intérêt du web pour les institutions de micro finance, le financement du projet, le modèle économique de Veecus et les partenaires financiers, les risques pour le prêteur et la question de la rentabilité de Veecus.
Seconde partie (11 minutes 40) : le statut de Veecus, la vocation de business social, les objectifs de Veecus, les partenariats avec les IMF locales, les critères de sélection d'un IMF, la règlementation et les taux d'intérêts pratiques par les IMF.
Troisièmes partie (10 minutes 34) : comment s'assurer que la micro finance prête aux plus démunis, comment évaluer l'impact de la micro finance, les femmes et le microcrédit, les projets de Veecus, les différences Babyloan / Veecus, quelle relation entre prêteur et micro entrepreneur, principes et nouvelles fonctionnalités du site Veecus.
Première partie :
Deuxième partie :
Troisième partie :
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Digg
18.08.2009
Recherches solidaires : le fundraising online cherche son modèle économique
Une nouveauté est venue changer profondément les habitudes des internautes en matière de recherche sur Internet : les moteurs de recherche solidaires.
En France, le nombre de recherches effectuées sur Internet s'estimait à près de 3 milliards de requêtes chaque mois en 2008 (1) sur l'ensemble des moteurs de recherche français (google.fr, yahoo.fr...). Des publicités et des liens sponsorisés payent pour être présents sur la page de résultats de la recherche, ce qui constitue tout l'intérêt financier de ces moteurs de recherche.
C'est avec cette idée de partage des revenus - permis grâce à un modèle économique nouveau et puissant - que sont apparus les moteurs de recherche solidaires.
Le fonctionnement : Recherche = Publicité = Chiffre d'affaire = Don.
L'internaute fait ses recherches exactement de la même manière que sur un moteur de recherche classique (Google, Yahoo, ...). Les résultats qui s'affichent sont les mêmes, avec de la publicité.
Le chiffre d'affaire du moteur de recherche solidaire grossit avec le nombre de recherches faites. Une part (ou plus rarement la totalité) des recettes est reversée à des associations, ou est utilisée pour une cause (exemple : planter un arbre toutes les X visites).
Aujourd'hui, quelques leaders se partagent le marché, concurrencés indirectement par les moteurs de recherches « propres » : ceux qui limitent leur impact environnemental et ceux qui le compensent en plantant des arbres.
(1) Etude comScore Releases May 2008 French Search Rankings
Voici un petit tour d'horizon des principaux moteurs de recherche :
Doona
Voici une présentation de Doona par ses concepteurs :
« L'idée de créer un moteur de recherche à but humanitaire germa durant le printemps 2006. Au fil du temps, le projet s'est concrétisé : l'association Doona est officiellement née le 27 Juin 2006 et le moteur de recherche, quant à lui, fut fonctionnel dès le 02 Juillet 2006. Doona est et restera le premier moteur de recherche à but humanitaire sur Internet. L'idée peut sembler étrange mais elle est toute simple : tous les bénéfices de l'association Doona seront destinés à l'humanitaire, par des dons aux associations inscrites ou pour monter nos propres manifestations caritatives. Aucun but lucratif, aucun salarié, 100% bénévole. Ne cherchez pas de mention "SAS au capital de ... €", "50 % des bénéfices remis à l'Humanitaire"... Sur Doona, cela n'existe pas ! Tout est reversé à des actions d'humanitaire ! »
Le fonctionnement :
Le don aux associations : les internautes votent pour leur association favorite. Et l'association qui a recueilli le plus de votes reçoit le don à la fin du sondage organisé (et est mise hors liste pendant 3 votes consécutifs). Ce fonctionnement est mis en place pour que les associations ne prennent pas ce système à la légère et pour que tout internaute puisse aussi participer démocratiquement au don.
Le don est envoyé à l'association par chèque, et elle renvoie un petit mot et une photo.
Cela montre que le don est bien arrivé à destination et encore une fois, l'internaute peut juger de la transparence de Doona.»
Pour y accéder : http://www.doona.fr/

Hooseek
Le fonctionnement :
Il repose lui aussi sur le principe simple d'une recherche = un don. C'est un service gratuit. L'internaute sélectionne jusqu'à 4 associations parmi les 500.000 présentes et chaque recherche effectuée sur Hooseek apportera environ 0,15 centimes à ses associations favorites.
La particularité de HooSeek est son modèle économique.
HooSeek verse la moitié de son chiffre d'affaire généré par les recherches aux associations sélectionnées par les utilisateurs.
Chacun peut ainsi choisir de soutenir un maximum de 4 associations. Le versement des dons aux associations est effectué tous les 500 euros.
Hooseek a signé des partenariats avec les moteurs de recherche (Yahoo, Exalead,Live Search, Ask, ...). En échange du trafic qu'il leur apporte, les moteurs de recherche reversent une partie de leur chiffre d'affaire.
Evolution du moteur de recherche
De nombreuses fonctionnalités verront le jour prochainement : Le Seeker = plus besoin de cliquer sur « Page Suivante » si vous ne trouvez pas votre réponse dans les 10 premiers résultats (comme 40% des recherches effectuées), les autres réponses se chargent automatiquement en dessous. Les prochaines fonctionnalités en préparation sont le SeekEasy (L'utilisateur a la possibilité de conserver des résultats qu'il trouve pertinent d'une de ses recherches. Il ajoute sa sélection au "pense-bête" grâce au picto situé à côté du lien. La sélection faite, elle sera affichée sur la colonne de droite. Ce pense-bête interactif se trouve sur chaque thème et permet de s'organiser selon la recherche par thème), le SeekDirect (permet d'intégrer un lien direct vers Hooseek sur votre site en selectionnant automatiquement une association), le SeekWorld et le FavouriteSeek.
Pour y accéder : http://www.hooseek.com/

VEOSearch
Lancé le 4 octobre 2007, le moteur de recherche français reverse 50% de ses revenus publicitaires à des associations de Développement Durable. VeoSearch propose aux associations de communiquer gratuitement sur leurs actions. Les partenaires de Veosearch sont : Yahoo! pour la recherche Web, image et Wikipedia, Kelkoo pour le shopping, Liligo pour les voyages, Wikio pour les News et DailyMotion pour les vidéos.
VeoSearch.com, la toile solidaire s'élargit
Jeudi 20 mars 2008, sollicité par les associations, VeoSearch.com ouvre son portail à trois nouveaux pays (Suisse, Belgique et Grande Bretagne). 5 mois seulement après son lancement, le succès de VeoSearch fait écho dans les pays limitrophes, désireux à leur tour de profiter de ce service.
Pour y accéder : http://www.veosearch.com/fr

Enfin,voici une liste non exhaustive de divers moteurs solidaires :
En français :
- Ecoogler, entreprise espagnole qui plante des arbres en partenariat avec l'ONG Aquaverde (moteur utilisé : Yahoo)
- Mention spéciale au moteur EkOolos, qui n'est pas un moteur solidaire mais offre de rechercher parmi plus de 2000 sites répertoriés dans le domaine de l'environnement. Il est géré par une boutique en ligne mais aucune pub sur la page d'accueil : il n'y a pas de gain généré, certes, mais il est très pratique, avec un vrai travail de recensement de fond.
En anglais
- My Eco Seek qui investit dans les énergies renouvelables, joli petit site aux gains encore très faibles (voir leur blog)
- EcoSearch, une association américaine qui mentionne les ONG soutenues... mais pas les gains générés.
16:19 Publié dans Développement économique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Digg
10.08.2009
Les nouvelles technologies aident les pays en développement
Je vous propose la traduction d'un article publié sur le blog de l'International Association of Agricultural Information Specialists (IAAIS pour aller plus vite).
Le dernier rapport du Groupe de la Banque Mondiale conclu que les nouvelles technologies créent des emplois, augmentent la productivité et améliorent la gestion.
Selon un nouveau rapport du Groupe de la Banque Mondiale : Information and Communications for Development 2009: Extending Reach and Increasing Impact, le nombre d'utilisateurs d'Internet a été multiplié par 10 entre 2000 et 2007 dans les pays en voie de développement.
De plus, le rapport estime que les prochains milliards d'abonnés à la téléphonie mobile seront principalement des utilisateurs en zones rurales. Un exemple illustrant ce phénomène est l'Inde, un pays en développement qui s'est converti en leader mondial de cette industrie.
Cependant, le Groupe de la Banque Mondiale affirme que moins de 15% de ce marché de la communication a été exploité, et il estime que l'on atteindra seulement 27% en 2010. Cette réalité incite les experts à analyser la meilleure manière d'employer les avantages offerts par internet et d'atteindre son un développement plus complet.
Dans un pays comme le Ghana, les télécommunications ont contribué au développement économique. Actuellement, 35% de l'emploi dans les pays en développement est lié au secteur des services, il en va de même pour 51% de son PIB.
Une des raisons est l'utilisation que font les agriculteurs des téléphones mobiles pour accéder aux informations de marché. Grâce à un service d'alerte par messages courts (sms), l'utilisateur connaît les prix des produits en temps réel et les offres d'achat et vente.
De la même manière, des accords sont conclus entre commerçants sans faire appel à des intermédiaires qui augmentent le coût des transactions. Une autre manière d'éviter le paiement de taxes est l'utilisation de services bancaires et de paiements mobiles.
L'accès aux réseaux à large bande (internet et mobile) est fondamentale pour le développement futur de ce secteur.
Bien que de nos jours les réseaux mobiles constituent la plus grande plateforme de distribution au monde, la connexion à Internet est fondamentale pour le développement futur de ce secteur. Les experts s'accordent pour dire qu'une augmentation de 10 % des connexions à Internet à haut débit augmenterait de 1,3 % la croissance économique des zones rurales.
Pourquoi ? Simplement parce que si le haut débit gagnait les zones éloignées, de nouveaux emplois seraient créés pour les jeunes, et la productivité des champs de culture et leurs exportations augmenteraient.

Extrait de la synthèse du rapport en français (cf. encadré Pour aller plus loin)
Mais ces avancées en matière de télécommunications n'apportent pas que des bénéfices économiques, mais également politiques.
Les gouvernements modernes qui se servent des TIC peuvent accroitre l'éfficacité de leurs services publics, la transparence de leur fonctionnement et leurs capacités de répondre aux problèmes.
Ce sont les conclusions des projets menés en Chine et au Brésil sous le nom d'e-gouvernement. Ces projets ont permis de réduire le cout et le temps passé pour les transactions financières et ils ont permis une augmentation des revenus fiscaux des gouvernements.
De plus, l'accès à un service public depuis depuis un centre local ne nécessitant pas de longs trajets, a permis une plus forte participation de la population.
La pénétration des technologies de communication dans les zones défavorisées a aussi contribué à des améliorations sociales.
De nombreux pays en voie de développement souffrent du manque d'accès à des soins de santé. Face à ce problème, l'amélioration des systèmes d'information aident au suivi de prestations de services, améliorent la gestion des inventaires et permettent aux professionels d'être averti plus rapidemment sur les résultats de leurs actions.
Enfin, un bénéfice social majeur nait de l'intensification des relations sociales à distance permises par les nouveaux médias, par delà les frontières notamment.
Les obstacles
Le cout élevé de la mise en place de ces systèmes reste un inconvénient majeur.
Les nouvelles technologies de l'information se développent surtout dans les villes qui permettent aux acteurs de rentabiliser leurs investissements. Les zones rurales restent profondément défavorisées en matière d'accès à internet, du fait de l'absence de réseau existant permettant de véhiculer les données, du fait des distances à parcourir également.
Le manque de personnel compétent freine également le développement de la pratiques et d'applications de ces nouvelles technologies. Toutefois, on peut rappeler que la formation peut désormais se faire de manière distante. Les conditions de transfèrs de compétences du nord vers le sud et du sud vers le nord n'ont jamais étaient aussi bonnes qu'avec internet. Toutefois la multiplicité des langues n'est pas sans poser problème (note du traducteur :).
Enfin, la volonté politique est une des clés du développement de l'accès à internet. Des politiques incititatives doivent être menées pour aider à la mise en place des investissements de départ.
Les bailleurs du nord devraient prévoir une amplification des fonds destinés à financer ce type de programmes.
Synthèse du rapport Information et Communication pour le Développement, en français par Mohsen Khalil, Philippe Dongier, and Christine Zhen-Wei Qiang : 18 pages et de nombreuses références à des études.
17:54 Publié dans Développement économique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Digg
06.08.2009
Finances solidaires : et si la dimension sociale faisait son retour dans le financement de l'économie ?
Le rapprochement des termes "finance" et "solidaire" peut vous paraitre inattendu ? Inopportun ? Révoltant ? C'est vrai qu'il est fréquent de trouver la finance diabolisée. Pourtant, le salut de notre système économique - et politique, ce dernier étant devenu tellement dépendant du premier - passera par un soutien massif au secteur de la finance solidaire, secteur émergent, certes marginal par rapport à la finance de profit à court terme, mais tellement symbolique et porteur d'espoirs.
Voila pourquoi il me semble important de porter ce mouvement, d'en parler dans les médias, d'en parler entre nous, et de l'alimenter des revenus de notre travail.
Si demain, 5% des clients des banques traditionnelles ferment leurs comptes pour les ouvrir dans des banques solidaires, ce sera un signal puissant envoyé à des acteurs qui sont lourdemment responsables de la crise actuelle, mais ne remettent nullement en cause leurs pratiques ni l'esprit qui les anime. L'autorégulation étant bien évidemment une vaste plaisanterie. Montesquieu n'en était il pas pleinement conscient quand il a théorisé la séparation des pouvoirs ?
Définition de la finance solidaire
« La finance solidaire établit un lien entre les personnes qui font fructifier leur épargne de manière solidaire et celles qui entreprennent des activités utiles à la lutte contre l'exclusion, à la cohésion sociale et au développement durable.
À la différence de la finance orientée vers la recherche exclusive du profit, la finance solidaire est orientée également, voire principalement, vers la recherche de l'utilité sociale des investissements ou des dons financés. Les différents placements d'épargne solidaire (livret d'épargne, OPCVM, plan d'épargne salariale, actionnariat solidaire) financent plusieurs types d'investissement solidaire (apport en fonds propres, prêts, microcrédit, garantie, immobilier...) au profit de l'insertion par l'emploi, du logement social, du développement durable et la solidarité internationale... (extrait du baromètre finansol). »

Comme toute entreprise, les institutions de la finance solidaire visent la rentabilité dans leurs activités, mais ce profit n'est qu'un moyen pour péreniser l'activité, et poursuivre des objectifs à dimension sociale. Ce qui rejoint la définition du social business par Mohamed Yunus, proposée ici sur le blog lesocialbusiness.

Bien que méconnues du grand public, de nombreuses initiatives solidaires se développent à travers le monde. En ces temps de crise, elles apparaissent comme le modèle d'une nouvelle approche économique ET sociale. Les systèmes de financement classiques sont en effet de plus en plus frileux à accorder des prêts à ceux qui en ont le plus besoin, et ces nouveaux organismes solidaires constituent une alternative intégrant les aspects sociaux, au-delà des pures considérations économiques.
Ainsi, les organismes de finances solidaires agissent sur différents aspects : l'environnement, la réinsertion sociale (voire notre note sur Vitamine T : groupe d'entreprise d'insertion par l'activité économique), l'emploi, le logement, les actions humanitaires, l'aide au développement...
Les épargnants eux, participent à la concrétisation de projets porteurs de sens, comme vous pouvez le voir dans ce dossier illustré de plusieurs exemples.
Nous rendre conscient de la fonction de l'argent et du sens qui lui est donné, mettre son épargne à disposition de ceux qui ont besoin de financement en urgence, apporter sa pierre à l'édifice en ayant l'assurance que son capital n'est pas assujetti à la spéculation boursière sur des titres d'entreprises qui n'intégrent aucun critère social et environnemental dans leurs projets, tout en ayant la garantie d'une transparence dans l'utilisation des fonds, tels sont les objectifs de l'épargne solidaire.
D'ailleurs, le modèle de finance islamique, se base depuis longtemps déjà sur la prohibition de l'intérêt et l'évaluation de la valeur sociale des projets financés. Vous pouvez consulter une précédente note à ce sujet sur le Blognotes.

Zoom sur La Nef
Inspirée des premiers essais hollandais et allemands, l'association « Nouvelle Economie Fraternelle », créée en 1979, prône une utilisation conscientisée de l'argent, une valeur ajoutée sociale et humaine à son épargne.
La naissance de l'association répond à un besoin d'outils financiers pour des projets alternatifs innovants ne trouvant pas de soutien dans les réseaux bancaires classiques. Ainsi, le premier projet soutenu par la Nef en 1980 était l'installation d'une exploitation agricole biodynamique.
En 1988, 650 coopérateurs se rassemblent pour participer à la création de la société financière anonyme coopérative de la Nef. En effet les nouvelles lois de 1984 contraignent la Nef à changer de statut, mais les objectifs restent les mêmes : proposer une alternative aux banques classiques, un système transparent reposant sur les valeurs humanistes de ses fondateurs.
Les valeurs de la Nef ?
- L'éthique
La Nef sélectionne les projets qu'elle finance en fonction de leur utilité écologique, sociale et culturelle. Elle privilégie des initiatives qui visent le développement local de l'économie et choisit délibérément de n'encourager aucune action qui nuirait à l'homme ou à son environnement.
- La transparence
La Nef publie chaque année dans son rapport annuel la liste de tous les prêts versés en précisant leurs principales caractéristiques et en racontant chaque petite histoire derrière les chiffres.
À travers cette publication adressée à tous les sociétaires, chaque épargnant voit à quoi sert son argent. A l'inverse, si vous souhaitez connaitre quelques uns des pires projets soutenus par les banques dominantes : le site secrets bancaires est très instructif sur les investissements dans les entreprises d'armement et les grands projets d'énergie aux conséquences dramatiques sur l'environnement et les populations.
- La fraternité
Pour la Nef, l'économie est le domaine d'activité humaine au sein duquel devrait s'exercer la fraternité, au sens de coopération et de solidarité. Dans son action au quotidien, elle offre à chaque individu la possibilité de rentrer dans une relation d'entraide et d'exercer sa responsabilité sur les flux financiers.

Lancement d'une banque éthique européenne
La première banque éthique alternative européenne verra le jour en 2010. Née de la fusion de la Nef (France), la Banca popolare etica (Italie) et Fiare (Espagne), cette banque adoptera le statut de coopérative européenne. L'enjeu est de doter le secteur de l'économie sociale et solidaire d'une institution bancaire dédiée à la demande grandissante d'une finance au service de l'Homme.
Le Crédit Coopératif, banque de référence de la microfinance
La microfinance est un outil financier qui concilie de façon exemplaire responsabilité et solidarité.
Le Crédit Coopératif, dont la Nef dépend, est naturellement engagé dans cette démarche, de longue date, comme en témoignent ses nombreuses initiatives en France et dans le monde. Son expertise est reconnue et une mission nationale spécifique lui est confiée au sein du Groupe Banque Populaire, dont il est membre.
Le Crédit Coopératif apporte son expertise aux acteurs de la microfinance en mettant à leur disposition des lignes de crédit, des instruments de garantie et ses capacités d'ingénierie financière.
Sur un livret Agir du Crédit Coopératif par exemple, 50% des intérêts annuels sont reversés à des associations que l'épargnant choisi. En 2008, une vingtaine d'associations ont reçu 2,5 millions d'euros de dons grâce à ce livret.
De même que se développent les dons et prêts en ligne (voir les notes écrites sur le site www.babyloan.org et une note à venir sur www.veecus.com ; qui sont tous les deux des sites de microcrédit international entre particuliers), Internet a permis de donner du poids à ces initiatives, mettant en relation épargnants et entrepreneurs du monde entier. La visibilité qu'offre le web aux différentes initiatives est également déterminante dans le développement des projets et dans l'information de la population.
Des solutions alternatives sont en marche. Donnons leur notre soutien. Que ce soit dans le domaine social, environnemental, humanitaire, les initiatives ne manquent pas et les échos de la population sont bel et bien là. Merci aux "grands médias d'information" de relayer le message !
Plusieurs discussions et points de vue sur le forum de la Nef
Finansol, le site des finances solidaires
Crédit Coopératif, banque de finance solidaire, organisme historique du micro-crédit
Finance-solidaire.info, informations pratiques et éléments de réflexion (voir également place.coop, coopérative d'étude et de R&D)
Les investissements des banques (pas solidaires) et l'environnement (site geo.fr)
La veille sur les banques avec le site des amis de la terre : http://www.amisdelaterre.org/
Le réseau anglophone : http://www.banktrack.org/ auteur de la campagne mind the gap - partenaire des amis de la terre
Les acteurs financiers solidaires (site econo.ecolo)
L'interview de Maria Nowak sur l'ADIE et le micro crédit en France
13:20 Publié dans Développement économique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : la nef, credit coopératif, coopérative, financement de l'économie, financement du développement, économie sociale et solidaire, vitamine t, microcrédit, microfinance, babyloan, banque, mind the gap, amis de la terre |
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Digg
20.04.2009
Kiva - accord ou unité, en swahili - la plus grande association de microcrédit aux Etats-Unis
Philanthropie 2.0
Crée en 2005 à San Francisco, « Kiva est une association à but non lucratif dont l'activité principale tient à un site sur lequel chaque personne disposant d'un accès Internet et d'une carte bancaire peut choisir de prêter de l'argent à taux zéro à des centaines de micro-entrepreneurs originaires de pays en voie de développement " explique Premal Shah, président de Kiva.
Grâce à son site internet www.kiva.org collecte des prêts dans plus d'une centaine de pays. Ensuite Kiva distribue ces prêts à des institutions de micro finance (IMF) réparties dans les pays en voie de développement. Les IMF gèrent l'accueil, l'évaluation et le suivi des micros entrepreneurs qui proposent des projets et reçoivent des prêts, tandis qu'à l'autre bout de la chaîne, Kiva gère les prêts et envois d'argent à destination de ces IMF, grâce à un accord avec Paypal notamment. Ensuite, les IMF veillent au remboursement et les prêteurs récupèrent leur argent dans les 6 à 12 mois.
Une bonne partie de l'activité de Kiva consiste également à évaluer les IMF partenaires ou futur partenaires : Kiva classe les IFM selon leur fiabilité et leurs délais de remboursements. Des audits sont effectués sur l'état des finances des IMF, leur durée et leur solidité, la taille de leur portefeuille de prêts, leur aptitude aux échanges internationaux, leurs réseaux sur le Net et affiliations aux organismes caritatifs connus.
De leur côté, les IMF dont sensiblement le même travail avec les entrepreneurs : prospection, sélection, évaluation des projets. Les IMF apportent notamment une connaissance du terrain qu'il est impossible pour Kiva de développer.
Le site www.kiva.org
Sur la page d'accueil du site (en anglais, il n'y a pas de version française) nous distinguons nettement la photo d'un micro entrepreneur et celle d'un prêteur. Kiva permet ainsi aux prêteurs d'attribuer leur argent à certain projet particulier, en fonction de la localisation, de la thématique, de la présentation qui est faîte du projet et donc de l'affinité que le prêteur éprouve à l'égard du micro entrepreneur.

Le modèle de Kiva n'est possible que sur internet
Avant il n'était pas possible pour un particulier de prêter de l'argent à un micro entrepreneur. En effet, les associations caritatives qui reçoivent des dons de particuliers ou d'institutions ne sont pas en mesure de suivre l'attribution de l'argent. Avec ce modèle, Kiva et les sociétés françaises qui s'en inspirent comme Veecus ou Babyloan, imposent un nouveau standard de transparence, créant une attente chez les prêteurs / donateurs de savoir où, à qui et comment est alloué l'argent.
Le suivi d'un prêt
Au contraire, Kiva dans cette vidéo (en anglais) intitulée l'histoire d'un prêt Kiva, est en mesure de suivre le parcours d'un prêt de 25$ :
A Fistful Of Dollars: The Story of a Kiva.org Loan from Kieran Ball on Vimeo.
Parmi les raisons du succès
1. La simplicité d'utilisation
En quelques clics et quelques minutes, l'internaute qui souhaite devenir prêteur :
a. Crée son profil
b. Choisit la personne et le projet à qui prêter de l'argent
c. Finalise la transaction grâce au paiement sécurisé par Paypal
Kiva s'appuie donc sur des fonctionnalités de réseau social avec la mise en relation des prêteurs, l'invitation des membres de son réseau à prêter, la recommandation de prêter à certains projets etc.
2. La médiatisation du microcrédit
Du en particulier au succès de la Grameen Bank au Bangladesh et surtout à l'attribution du prix Nobel de la Paix à Muhammad Yunus.
Le micro crédit à fait éruption dans l'univers du financement du développement grâce au succès de la Grammeen Bank de Mohammed Yunus au Bangladesh.
Ce kit permet à chacun de communiquer sur son l'engagement en faveur de Kiva. De cette manière chaque prêteur est en mesure de médiatiser dans ces emails, sur son profil de réseau social ou sur son blog, son engagement sur Kiva.
4. Le modèle économique et l'accord entre Paypal et Kiva
Kiva ne facture pas de taux d'intérêt aux IMF et ne se rétribue pas sur les transactions. Les frais de fonctionnement sont couverts par des donations. Mais la clé du succès est l'énorme économie permise par un accord avec Paypal, filiale d'Ebay.
En effet, cet accord est fondamental pour Kiva puisqu'il permet de n'avoir aucun frais de transaction, ce qui est un avantage certain par rapport aux structures de coûts d'entreprises comme Veecus ou Babyloan.
5. Les Kiva fellows
Kiva emploie des centaines de salariés mais fait également appel à de très nombreux bénévoles et à des entreprises de bonne volonté comme Paypal. Le programme Kiva fellows vise à promouvoir l'engagement de la communauté Kiva dans des actions de communication : photos, récits ou vidéos d'entrepreneurs ayant bénéficié d'un prêt et de membres d'IMF, prise localement et mise à la disposition de Kiva pour illustrer les conséquences sur le terrain d'un prêt. En effet, à mon sens, une des attentes créées par le modèle Kiva est une remontée d'informations régulières du terrain. Je pense également que cette remontée d'information s'impose à toute structure impliquée dans des actions de développement.
Quelques vidéos des Kiva Fellows sur Youtube
Petit bilan de Kiva en chiffres (source : www.kiva.org & interview de Jessica Jackley, co fondatrice de Kiva)
Depuis 2005 :
- 5 00 000 prêteurs répartis dans 100 pays
- Un réseau de 10 000 IMF répartis dans 45 pays en voie de développement
- 67 millions de $ de volume de prêts
Cette semaine :
- 2 454 entrepreneurs financés
- 1 prêt toute les 18 secondes
- 3 726 nouveaux prêteurs
- 1 million de $ prêtés
- 12 873 prêteurs
![]()
ou pour aller ailleurs tout simplement :)
Présentation d'éléments traduits du site Kiva sur le blog d'Alix de Médiapart
Article de 01net publié en 2007 : Kiva popularise le micro crédit façon web 2.0
Présentation de Kiva sur le portail Microfinance
Interview (en anglais) de Jessica Jackley, co fondatrice de Kiva : « la mission de Kiva est de mettre en contact des personnes à travers le monde »
Article Wikipedia sur le Grameen Bank
Sur le site Kiva (en anglais)
Voir une liste d'exemples de projets à financer : vous constaterez notamment la possibilité de faire des prêts à des groupes, des femmes et des hommes seuls. Sur ce point, il faut savoir que la Grameen Bank, à l'origine du microcrédit, prêtait exclusivement à des femmes qui empruntaient en groupe. L'idée étant que les femmes investissent plus volontiers dans l'éducation de leurs enfants et dans la mise en place d'un projet à long terme. L'autre idée étant qu'un emprunt en groupe garanti une forme de solidarité entre des micro entrepreneurs en cas de difficultés. (Cf; l'article Wikipedia sur le Grameen Bank)
Voir des détails sur un projet en particulier
![]()
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Digg
01.04.2009
Babyhours #2 : actualités de Babyloan, Oxus et défaut de paiement en micro crédit
Bonjour !
J'étais la semaine dernière à la seconde soirée organisée par Babyloan au café Alter Mundi (c'est ici). La précédente soirée avait donné lieu à une note de présentation.
Les rencontres avec Babyloan
Tout d'abord, Babyloan entend faire de ces rencontres : les "Baby hours", un événement récurrent afin d'organiser des débats réguliers entre les membres de Babyloan, les prêteurs et les personnes intéréssées par l'initiative. Donc, si vous êtes intéréssés, vous aurez l'occasion de les rencontrer et de participer à la réflexion, de questioner.
C'est aussi l'occasion de faire intervenir des partenaires : Oxus
Sophie Vincent, responsable d'Oxus à Paris, a pris la parole, avant la projection de quelques films courts, témoiganges de membres d'instituts de micro finance au Tadjikistan. Vous pouvez retrouver ces témoignages sur la page Dailymotion de Babyloan ; les films sont intitulés Microfinance Tadjikistan Oxus.
Qu'est ce qu'Oxus ? Oxus est issu du regroupement des activités de micro crédit de l'ONG Acted - Agence d'aide à la coopération technique et au développement. Oxus organise et structure ainsi un réseau d'instituts de micro finance. Les premiers instituts ont été monté au Tadjikistan, en Afghanistan et au Kirghizistan dans les années 90, au moment de la décomposition de l'empire soviétique.
Acted intervient plutôt dans les situations d'urgence et de post urgence avec des projets de réhabilitation et de développement, puis la microfinance prend le relais pour les actions à plus long terme.
Aujourd'hui, Oxus octroie 7 500 prêts pour 13 millions de $ de budget. Le taux de défauts de paiement atteint 0.7%. Ce point a fait l'objet d'une question et d'un échange avec Arnaud Poissonier et Sophie Vincent. En effet, ce taux est plus faible que ce que connaissent les banques des pays riches. Or l'évaluation du risque de défaut de paiement entre en compte dans le calcul du taux d'intérêt. S'il est faible, pourquoi les taux d'intérêts pratiqués sont ils plus élevés que dans les insitutions bancaires des pays riches ?
Explications et nuances concernant le taux de défaut de paiement
- Tout d'abord ce taux de défaut de paiement de 0.7% n'est pas vérifié dans tous les pays ou opèrent des strucutres de micro crédit. Ce taux peut être beaucoup plus élevé d'un pays à l'autre, d'une période à l'autre.
- Les IMF prennent de nombreuses précautions pour sélectionner les projets car ils n'ont pas d'historique de crédit pour ces nouveaux emprunteurs. Aussi, il existe une auto exclusion des plus pauvres dans les projets soumis aux IMF : les groupes de porteurs de projets se réunissent et ne proposent que ce qui est le plus susceptible de réussir.
- Enfin, ces taux sont très dépendants du contexte économique et Oxus observe en ce moment une déterioration importante de ces taux de recouvrement.
N'étant pas spécialiste de ces questions, n'hésitez pas si vous le souhaitez à apporter des compléments dans les commentaires, ou des questions, je tenterai d'aller chercher des réponses.
Autres actualités de Babyloan
- A ce jour 80 nationalité sont représentées dans les prêteurs Babyloanien, alors que le site n'existe qu'en version française et anglaise
- Une nouvelle version du site est en cours
- Babyloan tiendra un stand et une conférence au salon Planète durable qui se tient du 2 au 5 avril à porte de Versailles à Paris (demandez le programme !).
A suivre donc avec les prochains "Baby hours".
J'ai comme projet de faire des interviews complémentaires de Sophie et Arnaud, s'il y a des questions que vous souhaiteriez poser et qu'elles entrent dans le propos que je souhaiterai illustrer (à savoir : le social business avec Arnaud Poissonier et les activités d'Oxus avec Sophie Vincent), n'hésitez pas à les poser dans les commentaires ou par mail.

Sur Babyloan :
Vidéo de présentation de Babyloan au Salon des Solidarités
Sur Oxus :
Objectifs et types de prêts proposés par Oxus
Témoignages d'une bloggeuse en mission pour Oxus au Tadjikistan
Sur le social business :
Présentation de Pour un nouveau capitalisme, de Muhammad Yunus sur lafronde-economique

12:44 Publié dans Développement économique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Digg
25.02.2009
Rencontre avec Maria Nowak, présidente de l'ADIE
Pour poursuivre sur le thème de la micro finance que nous avons abordé précédemment avec Babyloan, nous sommes allés à la rencontre de Maria Nowak, présidente de l'Association pour le droit à l'initiative économique : l'Adie. Nous avons posé quelques questions à Mme Nowak. Réponses dans l'entretien vidéo en fin de note.
Au commencement de l'histoire de Maria Nowak avec l'ADIE, il y a une rencontre avec Mohammed Yunus, le fondateur et promoteur du micro crédit à la fin des années 70 au Bangladesh. Après cette rencontre, Mme Nowak poursuit des recherches pour le compte de l'Agence Française de Développement sur les activités de la Grameen Bank au Bangladesh.
Avec la création de l'Adie, l'idée était de développer le micro crédit en France.
Dans les années 80, l'enjeu majeur du micro crédit est de faire reconnaître aux décideurs politiques, économiques et financiers, le bien fondé de cette activité et son efficacité économique et sociale dans un pays industrialisé.
Pour cela, l'Adie s'engage à démontrer qu'une partie de la population qui n'a pas accès au système bancaire peut être source de projets de créations d'entreprise et donc de créations d'emplois et d'activités économiques. Aujourd'hui, plus de la moitié des porteurs de projets qui sonnent à l'Adie sont des chômeurs, des rmistes ou des bénéficiaires des minima sociaux. En 2006, selon l'Insee la France comptait 3.5 M de bénéficiaires des minima sociaux.
Avec le recul, le développement du micro crédit en France apparait également comme un moyen d'accompagner les mutations du monde industriel : « le micro crédit avait un sens dans un pays développé tout simplement parce qu'on est dans une phase d'évolution de l'économie ou l'économie de type industrielle est peu à peu remplacer par une économie basée sur les services, sur les nouvelles technologies. Des petites unités de production ayant précisément besoin de microcrédit » explique Maria Nowak.
Le micro crédit est donc un moyen de lutte contre le chômage et un outil de stimulation de l'activité économique, dispositif qui mériterait sans doute plus d'ampleur en ces temps de remontée du chômage.
Aujourd'hui et depuis 2007 l'association connait un taux de croissance de 30%, qui s'explique par une demande de plus en plus importante.
Rôle et fonction de l'Adie
L'Association au droit à l'initiative économique se positionne comme un intermédiaire entre une banque et un emprunteur. Grâce à son statut, l'ADIE obtient des crédits auprès des banques et elle redistribue ces crédits à des porteurs de projets.
Mais la fonction de l'Adie n'est pas uniquement d'accorder des prêts aux exclus du système bancaire, en effet l'association exerce aussi et surtout une activité de conseil des bénéficiaires dans leur projet d'entreprise, en évaluant leurs besoins et surtout en les accompagnant dans les démarches de création (entretiens, formations, prêt de matériel etc.).
En tant qu'institution de micro finance, l'Adie vient rappeler aux institutions bancaires que tous les citoyens ont un droit à l'initiative économique, celle-ci n'est pas réservée exclusivement aux couches solvables.
L'existence de l'Adie nous rappelle également que le tissu économique est avant tout constitué d'auto entrepreneurs et de micro entreprises, peu visibles, peu influents mais extrêmement actifs et qu'il faut absolument accompagner et conseiller.
Enfin, c'est la question des crédits sociaux qui est en jeu : l'attribution d'un crédit ne doit-il se faire que sur des critères économiques ?
« La banque des pauvres » symbole de l'économie sociale et solidaire, mais banque tout de même.
L'Adie en quelques chiffres
- L'Adie compte 335 salariés et 1000 bénévoles
- Depuis les années 2000, le nombre de prêts accordés par l'association croit régulièrement pour atteindre plus de 65 000 prêts accordés à ce jour et 64 200 emplois créés.
- En 2007, le taux d'impayés était de 6,41% et le taux de perte de 2,55%.
- Selon l'ADIE la pérennité des entreprises créées est de 65% sur 2 ans et de 57% sur trois ans.
- Les allocataires des minima sociaux (RMI, API, ASS) sont le public cible de l'Adie (56% de personnes financées). Travailleurs indépendants 5%, demandeurs d'emploi non indemnisés 8%, ARE 25%, salariés 3%.
- Taux d'intérêts pratiqués : 5,2% en 2005 ; 9,71% en 2008
Eléments complémentaires
- Témoignage de Martin Korolczuk sur son blog une araignée au plafond
- De la bancarisation de masse à l'exclusion bancaire puis sociale par Georges Gloukoviezoff, Doctorant en sciences économiques, centre Walras, université Lumière Lyon 2 :http://www.sante.gouv.fr/drees/rfas/rfas200403/200403-art...
- Site de l'Adie
- A venir : la diffusion d'un portrait documentaire de Maria Nowak le 6 mars sur France 5
Questions de l'entretien :
-
Qu'est ce qui vous a décidé à vous engager en faveur du microcrédit ?
-
Comment la microfinance a évolué ? Quels étaient les enjeux à l'époque et quels sont-ils maintenant ?
-
Pourquoi la microfinance en France alors qu'on associe souvent le micro crédit aux pays en voie de développement ?
-
Qu'est ce qu'il faudrait améliorer pour faciliter le recours au microcrédit ?
- Concernant l'ADIE, quel est le taux de réussite des projets aidés ?
- Y a-t-il des projets dont vous êtes particulièrement fière ?
-
Quels sont les objectifs de l'Adie pour les années à venir ?
-
Comment Internet est il utilisé pour le microcrédit ?
-
Comment l'Adie utilise Internet dans sa démarche d'accompagnement des emprunteurs ?
-
Que pensez-vous d'initiatives comme Kiva et Babyloan ?
- Pourriez-vous nous raconter une rencontre Marquante ?
- Gardez-vous des contacts avec Mohammed Yunus ?
- Quelle est votre définitition de la solidarité ?
14:13 Publié dans Développement économique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Digg
23.02.2009
Maria Nowak : retransciption de l'entretien
Vous trouverez ci-dessous la retranscription écrite de l'interview de Maria Nowak.
Pour les réponses en vidéo, merci de consulter la note rencontre avec Maria Nowak, présidente de l'Adie (25/02/2009).
Qu'est ce qui vous a décidé à vous engager en faveur du microcrédit ?
C'était un sujet auquel je m'intéressais en tant que directeur d'études et de recherches à l'AFD, dans les années 80. C'est dans ce cadre que j'ai rencontré Muhammad Yunus, à une conférence organisée à Amsterdam. A l'époque c'était vraiment les débuts de la Grameen Bank, qui venait tout juste d'obtenir un statut particulier, qui lui a était accordé par les autorités financières du Bangladesh et qui en était disons, à 100 000 clients. Aujourd'hui, comme vous le savez, elle en a 7 millions.
Comment la microfinance a évolué ? Quels étaient les enjeux à l'époque et quels sont-ils maintenant ?
Au milieu des années 80 le microcrédit était à ces débuts. Il avait commencé en Asie (au Bangladesh, en Indonésie) mais aussi en Amérique Latine et en Afrique où il fut introduit par les coopératives d'épargne et de crédit. L'en jeu à l'époque était d'essayer de se faire connaître, de développer les actions et de montrer qu'elles peuvent couvrir leurs coûts, ce qui était la condition sine qua non du développement de ce secteur.
Aujourd'hui, toutes ces actions se sont pas mal développées puisqu'il y a 100 à 150 millions de clients dans le monde. Et il y a beaucoup d'institutions de micro finance qui sont arrivées à couvrir leurs coûts, en jouant à la fois sur le nombre de clients, la diversification des produits, sur des taux d'intérêts bien évidemment et sur la productivité. Et donc on est dans une phase à la fois de consolidation et de développement. Alors qu'au début des années 80 on était dans une phase de démarrage.
Pourquoi la microfinance en France alors qu'on associe souvent le micro crédit aux pays en voie de développement ?
Je crois que le principe est le même. Qu'il s'agisse des pays en voie de développement ou des pays industriels, pour créer de la richesse il faut du travail et du capital. Les gens en difficulté n'ayant pas accès aux banques, c'est le micro crédit distribué par des institutions non bancaires qui leur apporte ce crédit dont elles ont absolument besoin.
Qu'est ce qu'il faudrait améliorer pour faciliter le recours au microcrédit ?
Bon en France, on a beaucoup progressé depuis 20 ans. C'était très difficile au début puisque personne ne croyait que des chômeurs, des Rmistes pouvaient créer des entreprises et pouvaient rembourser les prêts. Et donc je crois que le premier résultat a était de faire changer le regard sur ces personnes et faire justement admettre aux décideurs, qu'ils soient politiques ou économiques, que le micro crédit avait un sens dans un pays développé tout simplement parce qu'on est dans une phase d'évolution de l'économie où l'économie de type industrielle est peu à peu remplacée par une économie basée sur les services, sur les nouvelles technologies. Les petites unités de production ont précisément besoin de micro crédit. Et pour tout vous dire, aujourd'hui en France 92% des entreprises sont des micros entreprises de moins de 10 salariés, 50% des entreprises n'ont pas de salariés et il existe un énorme secteur informel comme il en existe en Afrique ou en Asie. Les actifs en situation précaires (ils sont 2 à 3 millions en France) travaillent comme ils peuvent, faisant toute sorte de petits boulots pour survivre.
Concernant l'ADIE, quel est le taux de réussite des projets aidés ?
Depuis 20 ans on a financé 65 000 prêts avec une croissance continue. En 2007 nous avons accordé 10 000 prêts, en 2008 13 000, et cette année nous pensons en financer 20 000. Donc c'est une croissance très forte, de l'ordre de 30% par an, qui s'explique par une demande également croissante. Les gens réalisent peu à peu que le travail salarié ne peut plus être un travail à vie, comme ils le pensaient pendant longtemps.
Y a-t-il des projets dont vous êtes particulièrement fière ?
Je suis fière de tous les projets, des petits et des gros, parce que je pense que ce qui est important c'est de permettre aux gens d'aller au bout de leur talent, au bout de leurs capacités. Nous avons 20% de clients qui savent à peine lire et écrire. Il est évident que leurs projets ne sont pas les mêmes que ceux des 25% qui ont fait des études universitaires. Mais pour vous donner une idée des deux extrêmes,je suis très fière par exemple d'un jeune qui démarre simplement comme vendeur sur le marché et qui organise intelligemment cette activité en allant chercher sa marchandise dans toutes sortes d'usines du Portugal, de Turquie et parfois de Chine en achetant des fins de séries ou des produits qui ont un petit défaut, qu'il peut revendre pas cher sur les marchés. Et je suis toute aussi fière des personnes qui ont une formation et une expérience plus grande et qui par exemple, comme une de nos clientes, qui était dans la rue a créé une entreprise de nettoyage où elle emploie aujourd'hui plusieurs dizaines de personnes, qu'elle choisit d'ailleurs parmi des Rmistes ou des gens au chômage. Et elle a commencé seulement avec un sceau et une raclette pour laver les vitrines des magasins. On lui a prêté de quoi acheter une camionnette et un équipement de base et voila, elle a fait son chemin.
Quelle est votre définition de la solidarité ?
Pour moi la solidarité c'est un échange, ce n'est surtout pas un don. C'est ce qui la différencie de la charité. Je pense qu'on a besoin tous, d'avoir des relations d'égalité avec les autres et ne pas se sentir trop dépendant ou trop redevable. Bien évidemment ça s'applique à des personnes qui ne sont pas dans des situations qui les obligent à une forme de dépendance. Je pense aux enfants, aux personnes âgées, aux personnes qui ont des problèmes de santé et qui nécessitent par définition une protection sociale. Mais pour tous ceux qui sont en mesure de travailler comme salarié ou de créer leur propre emploi. Je pense que c'est l'échange qui est la bonne solution.
Quels sont les objectifs de l'Adie pour les années à venir ?
Ils sont très ambitieux, d'abord en termes de développement. La crise va encore attiser une demande très forte. Mais aussi parce que nous espérons dans 4 ans couvrir nos coûts de crédit, ce qui est un enjeu extrêmement ambitieux dans un pays comme la France. Et de trouver aussi une façon plus pérenne de mobiliser au moins une partie des dépenses d'accompagnement, c'est-à-dire des services que nous apportons à nos clients en matière de conseil et de formation. Nous comptons pour cela créer un fond de dotation qui collectera des fonds nécessaires en complément de ceux qui nous sont apportés par l'Etat, les collectivités territoriales et l'Europe.
Comment Internet est il utilisé pour le microcrédit ?
Nous sommes en train de finaliser Adie Connect qui est un programme d'instruction de prêts sur internet, qui sera lancé d'ici un mois à peu près. L'objectif étant la encore de faciliter l'accès au crédit et de réduire les coûts. Il est évident que les nouvelles technologies sont un moyen rêvé pour diminuer les coûts. Je ne pense pas pour autant que tous les prêts pourront être instruits sur Internet. Ce qui est important dans ce projet c'est que les clients qui ne pourront pas être traités uniquement par internet, pourront basculer sur le réseau de nos antennes qui couvre toute la France.
Comment l'Adie utilise Internet dans sa démarche d'accompagnement des emprunteurs ?
Pas suffisamment, mais c'est également quelque chose qui est en cours de développement. On a un système d'accompagnement qui comporte à la fois des formations, des conseils, une hotline téléphonique, du coaching individuel si les gens en ont besoin. C'est un système d'accompagnement qui est porté à la fois par des bénévoles et des salariés, qu'on a revu et amélioré à partir de touts les bonnes pratiques du terrain. Et effectivement, la phase non pas suivante - car on ne va pas supprimer ces services directs auprès des créateurs - mais complémentaire, pourrait utiliser davantage l'Internet et développer e-learning, qui pourrait être particulièrement utile notamment dans les domaines et les territoires d'Outre Mer.
Que pensez-vous d'initiatives comme Kiva et Babyloan ?
Je pense que c'est très bien, toutes les initiatives en la matière sont utiles et c'est le résultat qui finalement montre leur intérêt. Disons que nous avons une approche d'institution de micro finance plus qu'une approche de mise en contact directe de l'emprunteur et du prêteur, qui pose notamment quelques problèmes en France Mais je suis tout à fait favorable à ce type d'initiatives comme à toutes les autres. Tant que cela aide concrètement les personnes en difficulté et que cela leur permet de trouver les fonds nécessaires pour développer une activité, je suis pour.
Quelle est la part de dons générés par internet dans les sources de financement de l'Adie ?
Aujourd'hui, à l'Adie, cette part est très faible. On n'a pas une action proactive en matière de collecte de fonds, de dons individuels notamment sur internet mais c'est également un domaine qu'on va développer.
15:50 Publié dans Développement économique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : adie, maria nowak, micro crédit, microcredit en france, creation d'entreprise, mohamed yunus, economie sociale, crédits sociaux, auto entrepreneurs |
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