28.06.2010
Transfert d’argent : la technologie au service du développement
Les transferts d'argent des populations migrantes travaillant dans les pays du nord vers leur pays d'origine sont devenus un phénomène économique majeur ces 15 dernières années (316 milliards de dollars en 2009, selon une étude de la Banque Mondiale citée sur Envoi d'argent).Si le développement des réseaux mobiles et de l'internet a contribué à une baisse des coûts de transferts et à une meilleure couverture géographique des zones à l'accès autrefois limité, les défis à relever sont encore nombreux pour permettre aux économies des pays du Sud de bénéficier pleinement de ses apports.
Définition et chiffres sur les transferts d'argent
Le transfert d'argent se définit par les flux d'épargne envoyés par un migrant depuis son pays d'accueil vers son pays d'origine. Des estimations financières sont avancées pour tenter de rendre compte de l'ampleur de ce phénomène, même si ces flux sont difficilement quantifiables car souvent informels.
- 316 milliards de dollars : c'est le montant des transferts d'argent effectué par les migrants vers leur pays d'origine en 2009 (source : chiffres de la Banque Mondiale cités sur Envoi d'argent).
- 50 milliards sont transférés depuis le monde vers l'Afrique, dont 8 milliards d'euros depuis la France (sous forme de petites sommes transférées de façon régulière : 200 à 300 euros en moyenne).
Sources : Bulletin de la Banque de France n°173, mai-juin 2008 "Les transferts de revenus des migrants : quel impact sur le développement économique et financier des pays d'Afrique subsaharienne ?"
Les enjeux
A eux seuls, les montants transférés suffisent à mettre en exergue l'enjeu de ces flux. Les foyers des pays bénéficiaires reçoivent des flux d'argent qui leur permettent de maintenir leur consommation. En Afrique, selon une étude de la Banque Africaine de Développement réalisée fin 2007, les flux financiers de retour représentaient 11% du PIB au Mali, 19% au Sénégal et 24% aux Comores.
Ces fonds servent majoritairement à assurer la consommation immédiate (santé, nourriture, transport, etc.) des familles restées au pays. Pour reprendre le cas du Mali, « Ces sommes sont destinées à plus de 80% à des dépenses de première nécessité, comme les dépenses alimentaires, de santé et d'éducation » déclare l'ambassadeur de France au Mali Michel Révérend de Menthon, propos repris dans un article d'Assane Koné sur son blog Planète Equitable.
Des objectifs communs facilités par les technologies
La réduction des coûts, la sécurisation des transferts et l'accélération des délais d'envoi d'argent sont des objectifs communs à tous les acteurs du secteur (établissements financiers, associations de migrants, opérateurs de téléphonie...).
Grâce à internet (1,5 Mds d'utilisateurs dans le monde) et aux technologies mobiles, les processus de transferts de fonds des migrants se trouvent simplifiés et facilités : le téléphone mobile, avec ses 4,5 milliards d'utilisateurs, peut ainsi être utilisé par le plus grand nombre, même dans les endroits reculés, pour effectuer des transferts et payer à distance. La revue Proparco traite d'ailleurs en profondeur des impacts économiques et sociaux de la téléphonie mobile dans les pays en développement.
Peu à peu le réseau de téléphonie mobile pallie l'absence des structures bancaires classiques en Afrique. Dans la mesure où c'est également l'objectif du microcrédit, il est évident que de nombreux projets de microcrédit utilisent les réseaux mobiles (écoutez l'interview d'Elizabeth Berthe de la Grameen Foundation, dans la vidéo proposée à la fin de cet article).
Selon la Banque Mondiale en Afrique, l'envoi d'argent par téléphone représente un tournant majeur du développement "Il permet à l'argent de pénétrer plus facilement dans des zones rurales où il est vraiment nécessaire", souligne Olga Morawczynski, chercheuse à l'Université d'Edimbourg. (Source : Reuters cité par Africaburkina.com. Notez que cet article traite du transfert d'argent à l'intérieur des pays cités et pas à l'international. Toutefois il est évident qu'une partie de cet argent a pour origine les transferts des migrants).
Internet permet pour sa part de fédérer les acteurs du transfert d'argent et de centraliser les informations sur le secteur, au bénéfice des utilisateurs. Par exemple, il permet de comparer plus facilement les prix entre les différents services et prestataires. Le site Envoi d'argent (présenté dans la suite de la note) illustre cette volonté de fédérer, de comparer et de rendre l'information disponible.
Les technologies facilitent et accélèrent la circulation de l'argent et entrainent l'arrivée des opérateurs de téléphonie sur ce marché. Toutefois, les initiatives communautaires et concertées restent le moteur de l'action. En effet, de plus en plus, de diasporas œuvrent pour mutualiser les potentialités du transfert d'argent. C'est pour cela que le site Envoi d'argent met au cœur de sa conception les diasporas et associations œuvrant pour faciliter le transfert d'argent des migrants. Après plusieurs rencontres, où les témoignages et les échanges d'expériences ont fait ressortir les besoins, les souhaits et les attentes des diasporas, le site a vu le jour.
Envoi d'argent : un site Internet au cœur des réalités
L'objectif de ce site est de réunir sur une même plateforme les migrants et les établissements de transfert tout en mettant à disposition de tous les acteurs un comparateur simple du marché du transfert d'argent. 21 pays sont proposés par le comparateur : Algérie, Bénin, Brésil, Burkina Faso, Cameroun, Cap Vert, Chine, Comores, Congo, Côte d'Ivoire, Gabon, Haïti, Ile Maurice, Madagascar, Mali, Maroc, République Démocratique du Congo, Sénégal, Sri Lanka, Tunisie, Vietnam.
Destiné à devenir un terrain de mutualisation des informations sur le marché du transfert d'argent (coûts, services proposés, délais de transfert, technologies, etc.), ce site affirme sa volonté d'influencer la baisse du coût des transferts d'argent et d'encourager la transparence.
Côté pratique, le site propose une plateforme éditoriale d'information et d'échange donnant aux internautes une information complète sur l'offre des établissements de transfert (banques, opérateurs de transfert, autres établissements habilités) en faveur des diasporas mais aussi sur l'action de l'Etat, des OSIM (Organisations de Solidarité Issue des Migrations), des ONG, des collectivités territoriales, des fondations impliquées au côté des migrants. L'idée est de proposer à chacun de détenir un espace propre et de devenir ainsi Partenaires de l'Observatoire.
Les internautes peuvent également mettre en avant leurs projets et actions à travers un espace de contribution visible par l'ensemble des partenaires.
Les transferts d'argent, outils d'investissement de la diaspora
Si des effets pervers ont pu surgir avec les transferts d'argent (dépendance des bénéficiaires, conditions de vie très précaires des migrants pour assurer ces transferts, etc.), les opportunités qu'offre le transfert d'argent sont non négligeables.
L'un des enjeux cruciaux pour les migrants est de réussir à économiser sur les coûts liés aux transferts, économies qui pourront ensuite être redistribuées pour financer des projets de co-développement dans les pays d'origine des migrants. De plus en plus en effet, ces fonds permettent de financer des projets communautaires dans le domaine de la construction d'infrastructure, des services (eau, éducation, internet...). Dans certains cas, ces transferts permettent même de générer une activité rémunératrice dans le pays d'origine.
C'est dans l'optique d'appuyer le développement qu'il faut essayer d'économiser sur les coûts de transfert qui constituent près de 10 % de la somme envoyée. Le mot d'ordre est donc de faire baisser ces 10 % à 5% et ainsi de disposer de plus de revenus dans les pays destinataires.
De façon très disparate et indépendante, les institutions financières prennent des marges, ce qui enlève logiquement à la somme perçue, d'autant qu'il s'agit d'une multiplicité de petits transferts. Quand on pense que les transferts de compte à compte sont gratuits, on ne peut s'empêcher d'imaginer les possibilités immenses permises grâce à ces économies. Mais nous en sommes loin. Comme nous sommes loin d'une généralisation des détentions de compte bancaire puisque seulement 4% de la population mondiale posséderait un compte bancaire comme Soukenya N'DIAYE NÂ, directrice exécutive de INAFI, l'a annoncé lors du forum des convergences 2015.
Eparpillés aux 4 coins du monde, les migrants font preuve de solidarité. L'enjeu est donc d'investir ensemble et de mieux organiser cette manne financière du transfert d'argent pour permettre un plus grand impact sur la réduction de la pauvreté.
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Digg
17.06.2010
Associations, ONG et adaptation au social media
J'ai rédigé cet article suite à la publication de l'article Associations, grandes causes, ONG : quelles relations avec les blogs et les blogueurs? sur le blog Influence Ethique, dont je félicite l'auteur - @_Aurelia - pour son travail et dont je vous recommande la lecture.
Associations, ONG et participation aux sites sociaux
Beaucoup d'associations et ONG se posent la question de leur présence sur des sites sociaux, sites dont les deux fondamentaux sont la relation et le contenu, qui permet à cette relation de se tisser.
Beaucoup d'entre elles sont sur Facebook, Youtube/Dailymotion ou Twitter, car les audiences se sont déplacées vers ces sites, moins nombreuses sont celles qui alimentent régulièrement un blog.
Je dirais qu'une "présence" est facile à assurer et immédiatement observable alors qu'un blog exige un travail dans le temps (donc des ressources) qui peut faire peur ou être sous estimé.
Pourtant, le blog (et les vidéos) est une matrice de l'alimentation et de l'interaction avec ces sites sociaux, je m'explique :
- Chaque note du blog peut faire l'objet d'une reprise sur Twitter et Facebook
- Facebook peut être présenté et Twitter peut être repris en élément de colonne du blog
- Les vidéos publiées sur Youtube peuvent être embarquées dans des notes de blogs et enrichies d'éléments supplémentaires
Utilité du blog dans l'écosystème numérique
Il est donc plus difficile d'assurer sa présence sur les sites sociaux sans rédiger un blog !
- Cela tient d'une part aux habitudes des internautes. Les jeunes en particulier s'attendent de plus en plus (et sont plus attentifs) à une communication personnalisée, "désinstitutionnalisée" et régulièrement mise à jour. Et pour cela, le blog est idéal.
- Cela tient d'autre part à une raison technique : le flux RSS, qui permet d'interconnecter les flux de ces sites sociaux.
Sans blog, mais avec une présence sur Facebook et Twitter, il est toujours possible de médiatiser les vidéos produites (et il faut saluer ici l'effort fait par de nombreuses associations pour se mettre à de la production vidéo), les articles d'actualités, les communiqués de presse ou encore les événements organisés par l'association (pour ce dernier point, le géo référencement est fondamental). Mais avec un blog, il faut reformuler ou remixer ces contenus, ne pas hésiter à en parler plusieurs fois, à les réagencer et à s'approprier les pratiques de la culture web présentées par Lawrence Lessig dans ces interventions vidéos (voir liens dans Pour aller plus loin).
Point avantageux : la plupart des associations et ONG sont productrices de contenu et ont des choses à dire, des témoignages à mettre en valeur, des expériences à partager. Et il y a une évolution de la demande de ces contenus par les publics de ces organisations sur internet. Aux associations de faire leurs évolutions internes. En prenant bien garde de faire dialoguer les jeunes (sensibles et facilement à l'aise avec ces outils) et les plus âgés (expérimentés, porteurs de points de vues riches, mais souvent dédiés à d'autres tâches jugées, pour l'instant, plus fondamentales).
Comme le rappelle Aurélia dans son article, la présence sur les sites sociaux et l'adaptation (ou la production exclusive) du contenu prennent du temps. La première remarque des associations est souvent que leurs services de communication (quand elles en ont) sont déjà dédiés à un certain nombre de tâches et n'ont pas toujours les connaissances (ou le temps d'apprendre) pour animer efficacement ces espaces.
L'Etude Nten sur l'utilisation des médias sociaux par les organisations sans but lucratif nord-américaines, montre qu'elles dédient des mi-temps, voir des plein temps à cette activité. C'est donc une adaptation en terme de ressources à gérer du côté des associations.
Côté économie
Les publics vers lesquels les associations se tournent sont souvent agés.
Le fait est que 80% des donateurs en France ont plus de 60 ans (source : introduction d'Olivier Fleckinger, co-fondateur d'Aider Donner dans la vidéo présentée ci-dessous dans Pour aller plus loin). C'est vrai, il y a le street marketing, qui s'adresse à des personnes plus jeunes, actives, urbaines, le travail étant réalisé par des étudiants. Mais il est réservé aux grandes ONG déja connues, celles qui par ailleurs, disposent déja des droits d'entrée (offerts) dans les agences de publicité.
Restent les petites associations, celles qui ont des difficultés à se financer. C'est de là, à mon sens, que l'innovation viendra.
Remarque confirmée par le fait que sur la plateforme de blogs Solidaires du monde, ce sont surtout de petites associations qui créent leurs blogs, et c'est souvent leur unique présence sur le web, notamment quand elles sont installées en Afrique, sans représentation sur les marchés où l'essentiel des dons de particuliers se fait, soit d'Europe et d'Amérique du nord.
En effet, je me demande si, comme ce qui se passe dans l'univers des médias, nous ne sommes pas dans un moment de transition, un moment qui va voir l'emergence d'organisation en réseaux, avec des structures de coûts différentes de celles que nous connaissons. Pour l'instant en tout cas, l'exigence de performance de la culture marketing (qui est entrée dans les associations, les grandes en particulier) n'est pas satisfaite par les actions sur les sites sociaux. Mais il manque un historique et du recul pour juger de ces opérations et l'étude Nten citée précédement montre le développement de la levée de fonds en ligne. Or celle-ci s'articule autour d'un renouvellement des dispositifs de communication, mais surtout des dispositifs relationnels, de ces organisations.
Kiva.org
Je pense à Kiva par exemple. Cette organisation lève des fonds au Nord et finance des institutions de micro-crédit au sud. Ce n'est pas le même métier que les ONG et associations. Mais voila pourquoi j'en parle : ils ont recours au crowdsourcing, ou approvisionnement par la foule (qui n'est pas très heureux je vous l'accorde). Le crowdsourcing consiste à faire faire par des tiers extérieurs des tâches qui servent l'organisation. Le volontariat est une forme de crowdsourcing. La problématique aujourd'hui pour les associations est de trouver UN MODELE POUR LE VOLONTARIAT EN LIGNE. Pourtant, force est de constater qu'une partie du web 2.0 est fondé sur le don de temps et de connaissances !
Ainsi, comment créer des dispositifs sur internet qui permettent à la solidarité, à l'entraide, au partage, à la répartition des tâches de s'effectuer au profit de la communication, de la notoriété et de l'efficacité des organisations du secteur de la solidarité ?
Les outils sont là ! Il faut les utiliser pour faire grandir l'outillage numérique solidaire.
Pour revenir à Kiva :
- Ils ont un programme intitulé Kiva fellows, grâce auquel il collecte du contenu par l'intermédiaire de volontaires, qui partent sur le terrain et leur rapportent photos, vidéos, articles de témoignages, d'expériences personnelles, sur les projets financés par les prêteurs sur Kiva ;
- Ils ont également eu recours à leur communauté pour faire traduire leur portail en différentes langues (comme Facebook d'ailleurs, ce qui pose une question éthique concernant le recours d'organisations fortes riches, au travail bénévole de leurs communautés, sur lesquelles elles assoient déja leurs profits. Laissons cela, car ça m'énerve).
Là je pense aux associations de parrainage et je me dis que j'ai déja rencontré des parrains qui visitaient sur le terrain les enfants dont ils finançaient l'accès à l'éducation. Je crois que ces parrains seraient ravis de trouver un espace leur permettant de publier leur témoignage sur le site de World Vision ou d'Aide et Action.
Dernier point : la veille
Le grand point de départ du web social est la veille : l'écoute d'abord, la participation ensuite.
Quelle veille ? La veille sur les citations des associations (qui parle de moi?), la veille sur les thématiques et les programmes de travail (qui parle des thèmes de mes activités ?), la veille sur les espaces sur lesquels les publics de ces organisations lisent ou prennent la parole : les blogs, les forums, les sites médias, les portails de partage vidéos et photos, les wikis, les sites de partage de favoris comme Delicious, les Twitter, Facebook, Ning, Skyblog...
Cette veille ne nécessite pas d'outil payant. Les flux RSS la rendent facile et rapide. Des agrégateurs comme Netvibes, les alertes Google, les recherches régulières sur les sites sociaux doivent être utilisés pour savoir où les associations peuvent prendre la parole, répondre, enrichir la conversation.
Un exemple, non exhaustif, de veille sur Action contre la Faim :
Pour accéder à cette page de démonstration : http://www.netvibes.com/thomscotch_veille#Liens_delicious
Dans l'introduction de cette vidéo, Olivier Fleckinger, co-fondateur d'Aider Donner, donne plusieurs chiffres et éléments sur le financement des associations et son articulation avec l'utilisation d'internet par les acteurs caritatifs :
Lawrence Lessig sur la culture du remix sur internet (sous titre français disponibles) :
Etude NTEN sur l'utilisation des médias sociaux par les organisations sans but lucratif
Présentation : le web au service des acteurs de la solidarité (voir la seconde présentation)
Quelques conseils aux associations pour débuter sur les sites sociaux
10 tactiques pour transformer l'information en action
08:58 Publié dans Communication / Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Digg
04.06.2010
Images du Monde Solidaire
Images du Monde Solidaire, c'est l'association de deux personnes, Vincent Henkens et Chloé Thôme, proposant leur service à des ONG, associations, fondations ou entreprises sociales, qui souhaitent communiquer de manière professionnelle.
Comme ils le soulignent dans leur blog, lemondesolidaire.canalblog.com, communiquer efficacement est devenu une nécessité pour les acteurs de la solidarité et du développement.
Le principe est simple : armés de leurs compétences respectives de photographe et de vidéaste, Chloé et Vincent parcourent le monde pour modéliser un projet commandité par une entité à vocation social et solidaire. Le service qu'ils proposent n'a rien du gadget. Il ne s'agit pas là de « faire joli », en développant un site garni de vidéos et de photos, mais bien d'aider, d'accompagner les acteurs de la solidarité et du développement à promouvoir leurs actions sur une base esthétique noble. Le regard artistique et engagé qui est proposé ici doit permettre aux associations, ONG, fondations, ... concernés de s'approprier une identité visuelle en phase avec leurs actions de terrain.
Ecoutons plutôt Chloé s'exprimer sur les quelques questions que nous lui avons posé :
1- Comment avez-vous eu l'idée du projet IMS ? Quand l'aventure a-t-elle commencée ?
Nous avons créé le projet Images du Monde Solidaire après une grande discussion passionnée comme lorsqu'on refait le monde autour d'un verre entre amis. Nous avions tous les deux envie de changer de vie professionnelle (coordinateur artistique dans un centre culturel de Bruxelles pour Vincent et coordinatrice d'un compagnie de danse pour Chloé) et la passion pour nos disciplines respectives - vidéo et photo - ainsi que l'envie incontrôlable de voyager et d'aller à la rencontre d'autres cultures a très vite abouti à l'idée d'un grand voyage pas seulement touristique mais créatif, concret et surtout utile. Après avoir jeté notre dévolu sur le Cambodge, facile d'accès, très dépaysant, stable politiquement, francophile et surtout rempli d'ONG, nous avons élaboré petit à petit le projet IMS et trouvé des partenaires locaux intéressés par notre proposition: réaliser un reportage photo et vidéo de leur actions humanitaires à l'étranger.
2- Quelles méthodes de travail développez-vous avec vos commanditaires de travaux ? Pour quelles coproductions possibles ?
Les outils de communication que nous proposons de créer et de développer sont pour nous un moyen d'aider significativement l'association de trois manières différentes:
1. Promouvoir votre action. Un documentaire vidéo, des photos de qualité ou un site internet sont autant de moyens concrets pour donner un écho à votre travail et partager les difficultés du terrain à travers un médium visuel fort. Ils vous permettront aussi de parler et de faire parler de votre démarche à travers le monde.
2. Récolter des fonds en sensibilisant les instances politiques ainsi que les secteurs publics et privés à votre cause. La communication permet de valoriser le travail accompli et d'en témoigner afin d'obtenir davantage de soutien financier et/ou logistique et développer les partenariats.
3. Développer un outil de travail sur le terrain par la projection de vidéo-capsules ou diaporama photo qui permettent de vulgariser une thématique ou de rendre un problème politique/ social / médical plus didactique et accessible à tous.
Un des aspects d'IMS qui nous tient beaucoup à coeur est l'objectif d'atteindre une autonomie du projet. Notre but principal est que l'association, riche de ces nouveaux outils simples et intuitifs, puisse se les approprier et les utiliser au quotidien sans aucune aide extérieure.
3- Quelle rencontre ou expérience marquante avez-vous faites lors de vos voyages ?
La rencontre avec chacune des ONG du Cambodge a chaque fois été unique. Nous avons rencontré des personnes formidables qui travaillent d'arrache-pied pour mener à bien leur projet. Le personnage de Madame Chheng, directrice de l'ONG Komar Kikreay (en français Enfants Heureux) nous a particulièrement marqué. Etre une femme avec des responsabilités au Cambodge n'est pas chose courante et son caractère et sa détermination explique pour beaucoup sa présence à la tête d'un centre d'accueil pour enfants des rues ou victimes de trafic. Sa gentillesse et son humour mélangés à son autorité innée font d'elle une personne d'exception. Nous nous sommes beaucoup attaché à elle et nous espérons sincèrement que notre initiative pourra porter ses fruits et offrir de belles perspectives à KMR.
4- Quel regard portez-vous sur l'avènement des webdocumentaires ?
Nous avons découvert le webdocumentaire au Cambodge via Marie Yen, responsable des projets terrain pour l'ONG 1001 fontaines pour demain. C'est un concept qui nous parle beaucoup et que nous avons commencé à réaliser suite à notre voyage au là-bas ("Kampuchea, 30 ans après" sera d'ailleurs prochainement visible sur notre site). L'idée d'un documentaire mené entièrement par son spectateur permet de lui laisser l'occasion de découvrir une thématique ou un pays de manière intuitive et comme lui l'aurait fait, s'il avait été sur place. En suivant ses préférences et ses centres d'intérêts. Le film "Voyage au pays du charbon" de Samuel Bollendorff et Abel Ségrétin ou encore "Thanatorama" de julien Guintard et Vincent Baillais nous ont beaucoup impressionné et inspiré.
5- En moyenne, combien de temps demande la réalisation d'un projet dans son ensemble ?
La mise en place d'un tel projet dépend fortement de la demande initiale et varie entre 2 et 4 semaines. Selon le type de produit vidéo (courtes capsules, court ou long documentaire, fiction), il faut compter entre 2 et 10 jours de prise de vue (vidéo et photo) et autant pour la postproduction. Nous consacrons toujours les premiers jours à la rencontre de l'équipe, à la découverte de leur travail au quotidien afin de bien comprendre leur manière de fonctionner et de pouvoir le rendre au mieux dans le documentaire. Lorsque nous travaillons dans le secteur de la petite enfance, il est important de prendre le temps de nous présenter et de venir et revenir quelques fois sans notre matériel pour se faire petit à petit accepter par les enfants et qu'ils finissent par nous oublier. Ce n'est que comme ça que nous obtenons des moments précieux de la vie quotidienne, parfois intimes et qui permettent au spectateur de mieux comprendre les difficultés du terrain ou mieux mesurer l'ampleur de l'urgence humanitaire.
6- Pourriez-vous nous présenter un projet mené récemment et emblématique de votre activité ? La méthode de travail retenue, la réalisation, les résultats,...
Komar Rikreay (citée précédemment) est l'une des ONG située au Cambodge avec laquelle nous avons travaillé durant 2 semaines sur le terrain puis l'équivalent de 2 semaines pour la postproduction en Belgique. Nous leur avons donc réalisé un reportage photo et vidéo ainsi qu'un site web, la palette de services la plus complète! Autant d'outils qu'ils n'utilisaient pas et qui, nous l'espérons, vont pouvoir débloquer certaines situations financières et favoriser leur recherche de dons. Pour découvrir ces outils, rendez-vous sur le site www.lemondesolidaire.canalblog.com ou sur www.komarrikreay.canalblog.com
7- Quel regard portez-vous sur la communication et le rôle du témoignage pour les organismes de la solidarité et du développement sur internet ? Quels conseils donneriez-vous à des associations, grandes ou petites, à ce sujet ?
Aujourd'hui, toute organisation non gouvernementale est confrontée à la nécessité absolue de COMMUNIQUER. Elle doit répondre à un besoin croissant et toujours plus exigeant de la part de ses donateurs et/ou membres actifs. Pourquoi ?
Tout d'abord, parce que le 21ième siècle est sans conteste celui de l'image immédiate, de la communication instantanée, du direct. L'information en continu nous parvient de toutes parts, devenant omniprésente, presque vitale.
Pour résister à ce flot d'information et surtout ; afin de s'en démarquer et rester dans le coup, une communication forte, directe et efficace est essentielle à tous les niveaux. Il faut non seulement être visible sur la toile (premier outil de recherche internationalle) mais aussi dans un rapport de proximité. Les ONG évoluent et vivent avec leur temps en s'adaptant aux changements. Celui de la communication est majeur et ne pourrait être oublié.
Ensuite, dans un contexte de crise économique qui touche une grande partie du monde depuis plus d'un an, la recherche de fonds publics et privés est devenu, plus que jamais, un véritable défi. Cependant, c'est une étape cruciale du travail puisqu'elle rend possible le fonctionnement de l'organisation. Il faut donc constamment démontrer son efficacité et sa pérennité à travers les actions menées. Une bonne communication garantit, pour un œil extérieur, un développement durable et cohérent du projet. Elle est un soutien sans précédent pour l'ONG.
Enfin, de plus en plus de donateurs, publics et privés, exigent des comptes-rendus plus concrets. Un rapport chiffré est toujours plus parlant en étant accompagné d'images. Les décideurs sont de plus en plus sollicités et deviennent donc plus exigeants et en attente de garanties. Souvent, des photos et vidéos permettent de réellement prendre l'ampleur du problème auquel fait face l'ONG sur le terrain, de manière concrète.
Rien n'est plus vivant qu'un témoignage d'enfant ou d'une famille, qu'une interview des travailleurs locaux, d'images des activités quotidiennes menées sur le terrain, loin des bureaux décisionnels. Il faut tenir les gens informés de vos actions, de manière rapide et efficace.
Pourtant, malgré l'urgence et le besoin absolu d'avoir un impact majeur sur la population, il n'est pas toujours aisé de donner un feedback bien construit, didactique et en même temps "marquant". de nombreuses associations dirigent de nombreuses actions, dans de très nombreux pays et au bénéfice de personnes toujours plus nombreuses. Et ce, simultanément, en temps réel, sur le terrain.
C'est pour répondre à ces besoins que nous vous avons créé le projet Images du Monde Solidaire.
8- Quel usage faites-vous d'internet pour communiquer sur vos activités ?
Aujourd'hui, internet est la clé d'une bonne communication. Toutes les recherches commencent obligatoirement par la toile. Nous avons créé un site internet pour présenter notre projet et nous efforçons d'annoncer nos activités non seulement par internet mais aussi par les autres médiums de communication comme celui de la presse, de la télé ou de la radio. Internet est un outil formidable si l'on s'en sert bien. Il est devenu central et indispensable. La preuve, vous lisez cet interview via un blog solidaire!
9- Le webdocumentaire est aujourd'hui en vogue. Cette forme de néo journalisme implique une certaine polyvalence de la part de ses équipes, ce qui est d'ailleurs mis en avant dans le dossier consultable depuis votre blog. Christophe Milet propose d'ailleurs une page de veille sur son blog, référençant quelques webdocumentaires sur sa page 92 webdocumentaires, récits multimédia ou web-reportages. Connaissez-vous par exemple Afriqueinvisu.org ? En quoi diriez-vous que cette démarche est complémentaire à la vôtre ? Dans quelle mesure selon vous le web en général, le web 2.0 en particulier permet de réduire les inégalités ?
Nous ne connaissions pas le travail d'Afrique in visu et sommes ravis de découvrir leur projet original, très professionnel et avec de très belles perspectives d'avenir. Nous sommes très attirés par l'Afrique et espérons y étendre les activité d'IMS. Leur démarche est semblable à la nôtre sous différents aspects comme la volonté de créer une autonomie aux utilisateurs du service, une mise en évidence de l'image et de son impact, permettre un développement d'échange via la toile et mettre sur pied une base de renseignements sur le travail de l'ONG qui puisse être mise à jour simplement et intuitivement. Il y a de plus en plus d'alternatives gratuites (comme les blogs) qui permettent à des ONG sans grands budgets de se créer un portail de type professionnel rivalisant avec ceux des grandes organisations. Au niveau de la communication, nous sommes convaincus que l'inégalité de moyens financiers et logistiques peut donc être dépassée. En réponse à cela, nous proposons nos services exclusivement aux ONG, associations, entreprises sociales ou fondations dans le but précis de mettre à disposition des secteurs moins nantis nos compétences sociales, artistiques et audiovisuelles à moindre frais mais avec une véritable démarche, un enthousiasme sans borne et un désir de créer quelques chose de nouveau et d'utile.
10- Comment votre métier et plus particulièrement vos projets ont-ils été compris et accueillis par les gens que vous avez photographié ou filmé ?
Les adultes comme les enfants étaient souvent curieux de découvrir le matériel que nous utilisions et ravis d'être le centre de notre intérêt. Dès que nous en avons l'occasion, nous essayons de leur montrer leur image sur l'écran de visualisation ou mieux, d'imprimer les photos pour leur donner un souvenir. C'est souvent la seule image qu'ils ont d'eux et la conservent précieusement. Nous avons essuyé très peu de refus, que du contraire... Ces deux photos le prouvent ! Un bel échange.
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