25/02/2009

Rencontre avec Maria Nowak, présidente de l'ADIE

adie.gifPour poursuivre sur le thème de la micro finance que nous avons abordé précédemment avec Babyloan, nous sommes allés à la rencontre de Maria Nowak, présidente de l'Association pour le droit à l'initiative économique : l'Adie. Nous avons posé quelques questions à Mme Nowak. Réponses dans l'entretien vidéo en fin de note.

Au commencement de l'histoire de Maria Nowak avec l'ADIE, il y a une rencontre avec Mohammed Yunus, le fondateur et promoteur du micro crédit à la fin des années 70 au Bangladesh. Après cette rencontre, Mme Nowak poursuit des recherches pour le compte de l'Agence Française de Développement sur les activités de la Grameen Bank au Bangladesh.

Avec la création de l'Adie, l'idée était de développer le micro crédit en France.

Dans les années 80, l'enjeu majeur du micro crédit est de faire reconnaître aux décideurs politiques, économiques et financiers, le bien fondé de cette activité et son efficacité économique et sociale dans un pays industrialisé.

Pour cela, l'Adie s'engage à démontrer qu'une partie de la population qui n'a pas accès au système bancaire peut être source de projets de créations d'entreprise et donc de créations d'emplois et d'activités économiques. Aujourd'hui, plus de la moitié des porteurs de projets qui sonnent à l'Adie sont des chômeurs, des rmistes ou des bénéficiaires des minima sociaux. En 2006, selon l'Insee la France comptait 3.5 M de bénéficiaires des minima sociaux.

Avec le recul, le développement du micro crédit en France apparait également comme un moyen d'accompagner les mutations du monde industriel : « le micro crédit avait un sens dans un pays développé tout simplement parce qu'on est dans une phase d'évolution de l'économie ou l'économie de type industrielle est peu à peu  remplacer par une économie basée sur les services, sur les nouvelles technologies. Des petites unités de production ayant précisément besoin de microcrédit » explique Maria Nowak.

Le micro crédit est donc un moyen de lutte contre le chômage et un outil de stimulation de l'activité économique, dispositif qui mériterait sans doute plus d'ampleur en ces temps de remontée du chômage.

Aujourd'hui et depuis 2007 l'association connait un taux de croissance de 30%, qui s'explique par une demande de plus en plus importante.

Rôle et fonction de l'Adie

L'Association au droit à l'initiative économique se positionne comme un intermédiaire entre une banque et un emprunteur. Grâce à son statut, l'ADIE obtient des crédits auprès des banques et elle redistribue ces crédits à des porteurs de projets.
Mais la fonction de l'Adie n'est pas uniquement d'accorder des prêts aux exclus du système bancaire, en effet l'association exerce aussi et surtout une activité de conseil des bénéficiaires dans leur projet d'entreprise, en évaluant leurs besoins et surtout en les accompagnant dans les démarches de création (entretiens, formations, prêt de matériel etc.).

En tant qu'institution de micro finance, l'Adie vient rappeler aux institutions bancaires que tous les citoyens ont un droit à l'initiative économique, celle-ci n'est pas réservée exclusivement aux couches solvables.
L'existence de l'Adie nous rappelle également que le tissu économique est avant tout constitué d'auto entrepreneurs et de micro entreprises, peu visibles, peu influents mais extrêmement actifs et qu'il faut absolument accompagner et conseiller.

Enfin, c'est la question des crédits sociaux qui est en jeu : l'attribution d'un crédit ne doit-il se faire que sur des critères économiques ?

« La banque des pauvres » symbole de l'économie sociale et solidaire, mais banque tout de même.

L'Adie en quelques chiffres

  • L'Adie compte 335 salariés et 1000 bénévoles
  • Depuis les années 2000, le nombre de prêts accordés par l'association croit régulièrement pour atteindre plus de 65 000 prêts accordés à ce jour et 64 200 emplois créés.
  • En 2007, le taux d'impayés était de 6,41% et le taux de perte de 2,55%.
  • Selon l'ADIE la pérennité des entreprises créées est de 65% sur 2 ans et de 57% sur trois ans.
  • Les allocataires des minima sociaux (RMI, API, ASS) sont le public cible de l'Adie (56% de personnes financées). Travailleurs indépendants 5%, demandeurs d'emploi non indemnisés 8%, ARE 25%, salariés 3%.
  • Taux d'intérêts pratiqués : 5,2% en 2005 ; 9,71% en 2008

Eléments complémentaires

 

Questions de l'entretien :

  • Qu'est ce qui vous a décidé à vous engager en faveur du microcrédit ?

  • Comment la microfinance a évolué ? Quels étaient les enjeux à l'époque et quels sont-ils maintenant ?

  • Pourquoi la microfinance en France alors qu'on associe souvent le micro crédit aux pays en voie de développement ?

  • Qu'est ce qu'il faudrait améliorer pour faciliter le recours au microcrédit ?

  • Concernant l'ADIE, quel est le taux de réussite des projets aidés ?
  • Y a-t-il des projets dont vous êtes particulièrement fière ?
  • Quels sont les objectifs de l'Adie pour les années à venir ?

  • Comment Internet est il utilisé pour le microcrédit ?

  • Comment l'Adie utilise Internet dans sa démarche d'accompagnement des emprunteurs ?

  • Que pensez-vous d'initiatives comme Kiva et Babyloan ?

  • Pourriez-vous nous raconter une rencontre Marquante ?
  • Gardez-vous des contacts avec Mohammed Yunus ?

  • Quelle est votre définitition de la solidarité ?


23/02/2009

Maria Nowak : retransciption de l'entretien

Vous trouverez ci-dessous la retranscription écrite de l'interview de Maria Nowak.

Pour les réponses en vidéo, merci de consulter la note rencontre avec Maria Nowak, présidente de l'Adie (25/02/2009).


Qu'est ce qui vous a décidé à vous engager en faveur du microcrédit ?

C'était un sujet auquel je m'intéressais en tant que directeur d'études et de recherches à l'AFD, dans les années 80. C'est dans ce cadre que j'ai rencontré Muhammad Yunus, à une conférence organisée à Amsterdam. A l'époque c'était vraiment les débuts de la Grameen Bank, qui venait tout juste d'obtenir un statut particulier, qui lui a était accordé par les autorités financières du Bangladesh et qui en était disons, à 100 000 clients. Aujourd'hui, comme vous le savez, elle en a 7 millions.


Comment la microfinance a évolué ? Quels étaient les enjeux à l'époque et quels sont-ils maintenant ?

Au milieu des années 80 le microcrédit était à ces débuts. Il avait commencé en Asie (au Bangladesh, en Indonésie) mais aussi en Amérique Latine et en Afrique où il fut introduit par les coopératives d'épargne et de crédit. L'en jeu à l'époque était d'essayer de se faire connaître, de développer les actions et de montrer qu'elles peuvent couvrir leurs coûts, ce qui était la condition sine qua non du développement de ce secteur.

Aujourd'hui, toutes ces actions se sont pas mal développées puisqu'il y a 100 à 150 millions de clients dans le monde. Et il y a beaucoup d'institutions de micro finance qui sont arrivées  à couvrir leurs coûts, en jouant à la fois sur le nombre de clients, la diversification des produits, sur des taux d'intérêts bien évidemment et sur la productivité. Et donc on est dans une phase à la fois de consolidation et de développement. Alors qu'au début des années 80 on était dans une phase de démarrage.


Pourquoi la microfinance en France alors qu'on associe souvent le micro crédit aux pays en voie de développement ?

Je crois que le principe est le même. Qu'il s'agisse des pays en voie de développement ou des pays industriels, pour créer de la richesse il faut du travail et du capital. Les gens en difficulté n'ayant pas accès aux banques, c'est le micro crédit distribué par des institutions non bancaires qui leur apporte ce crédit dont elles ont absolument besoin.


Qu'est ce qu'il faudrait améliorer pour faciliter le recours au microcrédit ?

Bon en France, on a beaucoup progressé depuis 20 ans. C'était très difficile au début puisque personne ne croyait que des chômeurs, des Rmistes pouvaient créer des entreprises et pouvaient rembourser les prêts. Et donc je crois que le premier résultat a était de faire changer le regard sur ces personnes et faire justement admettre aux décideurs, qu'ils soient politiques ou économiques, que le micro crédit avait un sens dans un pays développé tout simplement parce qu'on est dans une phase d'évolution de l'économie où l'économie de type industrielle est peu à peu remplacée par une économie basée sur les services, sur les nouvelles technologies. Les petites unités de production ont précisément besoin de micro crédit. Et pour tout vous dire, aujourd'hui en France 92% des entreprises sont des micros entreprises de moins de 10 salariés, 50% des entreprises n'ont pas de salariés et il existe un énorme secteur informel comme il en existe en Afrique ou en Asie. Les actifs en situation précaires (ils sont 2 à 3 millions en France) travaillent comme ils peuvent, faisant toute sorte de petits boulots pour survivre.


Concernant l'ADIE, quel est le taux de réussite des projets aidés ?

Depuis 20 ans on a financé 65 000 prêts avec une croissance continue. En 2007 nous avons accordé 10 000 prêts, en 2008 13 000, et cette année nous pensons en financer 20 000. Donc c'est une croissance très forte, de l'ordre de 30% par an, qui s'explique par une demande également croissante. Les gens réalisent peu à peu que le travail salarié ne peut plus être un travail à vie, comme ils le pensaient  pendant longtemps.


Y a-t-il des projets dont vous êtes particulièrement fière ?

Je suis fière de tous les projets, des petits et des gros, parce que je pense que ce qui est important c'est de permettre aux gens d'aller au bout de leur talent, au bout de leurs capacités. Nous avons 20% de clients qui savent à peine lire et écrire. Il est évident que leurs projets ne sont pas les mêmes que ceux des 25% qui ont fait des études universitaires. Mais pour vous donner une idée des deux extrêmes,je suis très fière par exemple d'un jeune qui démarre simplement comme vendeur sur le marché et qui organise intelligemment cette activité en allant chercher sa marchandise dans toutes sortes d'usines du Portugal, de Turquie et parfois de Chine en achetant des fins de séries ou des produits qui ont un petit défaut, qu'il peut revendre pas cher sur les marchés. Et je suis toute aussi fière des personnes qui ont une formation et une expérience plus grande et qui par exemple, comme une de nos clientes, qui était dans la rue a créé une entreprise de nettoyage où elle emploie aujourd'hui plusieurs dizaines de personnes, qu'elle choisit d'ailleurs parmi des Rmistes ou des gens au chômage. Et elle a commencé seulement avec un sceau et une raclette pour laver les vitrines des magasins. On lui a prêté de quoi acheter une camionnette et un équipement de base et voila, elle a fait son chemin.


Quelle est votre définition de la solidarité ?

Pour moi la solidarité c'est un échange, ce n'est surtout pas un don. C'est ce qui la différencie de la charité. Je pense qu'on a besoin tous, d'avoir des relations d'égalité avec les autres et ne pas se sentir trop dépendant ou trop redevable. Bien évidemment ça s'applique à des personnes qui ne sont pas dans des situations qui les obligent à une forme de dépendance. Je pense aux enfants, aux personnes âgées, aux personnes qui ont des problèmes de santé et qui nécessitent par définition une protection sociale. Mais pour tous ceux qui sont en mesure de travailler comme salarié ou de créer leur propre emploi. Je pense que c'est l'échange qui est la bonne solution.


Quels sont les objectifs de l'Adie pour les années à venir ?

Ils sont très ambitieux, d'abord en termes de développement. La crise va encore attiser une demande très forte. Mais aussi parce que nous espérons dans 4 ans couvrir nos coûts de crédit, ce qui est un enjeu extrêmement ambitieux dans un pays comme la France. Et de trouver aussi une façon plus pérenne de mobiliser au moins une partie des dépenses d'accompagnement, c'est-à-dire des services que nous apportons à nos clients en matière de conseil et de formation. Nous comptons pour cela créer un fond de dotation qui collectera des fonds nécessaires en complément de ceux qui nous sont apportés par l'Etat, les collectivités territoriales et l'Europe.


Comment Internet est il utilisé pour le microcrédit ?

Nous sommes en train de finaliser Adie Connect qui est un programme d'instruction de prêts sur internet, qui sera lancé d'ici un mois à peu près. L'objectif étant la encore de faciliter l'accès au crédit et de réduire les coûts. Il est évident que les nouvelles technologies sont un moyen rêvé pour diminuer les coûts. Je ne pense pas pour autant que tous les prêts pourront être instruits sur Internet. Ce qui est important dans ce projet c'est que les clients qui ne pourront pas être traités uniquement par internet, pourront basculer sur le réseau de nos antennes qui couvre toute la France.


Comment l'Adie utilise Internet dans sa démarche d'accompagnement des emprunteurs ?

Pas suffisamment, mais c'est également quelque chose qui est en cours de développement. On a un système d'accompagnement qui comporte à la fois des formations, des conseils, une hotline téléphonique, du coaching individuel si les gens en ont besoin. C'est un système d'accompagnement qui est porté à la fois par des bénévoles et des salariés, qu'on a revu et amélioré à partir de touts les bonnes pratiques du terrain. Et effectivement, la phase non pas suivante - car on ne va pas supprimer ces services directs auprès des créateurs - mais complémentaire, pourrait utiliser davantage l'Internet et développer e-learning, qui pourrait être particulièrement utile notamment dans les domaines et les territoires d'Outre Mer.


Que pensez-vous d'initiatives comme Kiva et Babyloan ?

Je pense que c'est très bien, toutes les initiatives en la matière sont utiles et c'est le résultat qui finalement montre leur intérêt. Disons que nous avons une approche d'institution de micro finance plus qu'une approche de mise en contact directe de l'emprunteur et du prêteur, qui pose notamment quelques problèmes en France Mais je suis tout à fait favorable à ce type d'initiatives comme à toutes les autres. Tant que cela aide concrètement les personnes en difficulté et que cela leur permet de trouver les fonds nécessaires pour développer une activité, je suis pour.


Quelle est la part de dons générés par internet dans les sources de financement de l'Adie ?

Aujourd'hui, à l'Adie, cette part est très faible. On n'a pas une action proactive en matière de collecte de fonds, de dons individuels notamment sur internet mais c'est également un domaine qu'on va développer.