27/04/2010

Africascopie, un webdocumentaire sur l'Afrique à l'heure du numérique

Le développement du mobile et des cybercafés dans les grandes villes du Sénégal et du Mali : un webdocumentaire de témoignages sur les changements économiques et sociaux en Afrique avec l'arrivée des technologies de communications numériques.

En octobre dernier, nous avions rédigé deux articles sur Africascopie, juste avant le départ des deux journalistes à l'origine du projet : le premier article présentait le projet et relayait l'appel à témoignage, le second était constitué des réponses des porteurs du projet à quelques questions que nous leur avions posé.

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Je vous propose maintenant de revenir sur l'aboutissement de ce projet : le webdocumentaire intitulé Africascopie, qui, comme son nom l'indique met le périscope sur l'Afrique, plus particulièrement pour nous renseigner sur le développement d'internet et de la téléphonie mobile au Mali et au Sénégal.

Si vous vous demandez ce que c'est qu'un webdocumentaire, disons que c'est un documentaire diffusé sur internet et utilisant les possibilités du multimédia :

  • utilisation de textes, de photo, de sons et d'images vidéo;
  • récit non linéaire avec la possibilité pour l'internaute de choisir l'ordre de visionnage du documentaire;
  • interactions avec les médias sociaux

Africascopie est composé en 5 parties de quelques minutes chacune. Il a été réalisé par Jean Abbiateci et Antonin Sabot au Sénégal et au Mali, à l'automne 2010 et produit par lemonde.fr.

La parole aux africains utilisateurs de TIC

1ère partie : la folie du mobile

Comme l'explique Miami Diabate au Mali, la baisse des prix des cartes téléphoniques a permis un développement accéléré de l'accès au téléphone mobile. La forte demande de cartes téléphoniques traduit un fort besoin de communiquer.

Quelques chiffres sur les opérateurs de téléphonie mobile en Afrique :
Chaque partie du webdocumentaire propose des fiches pratiques sur un point particulier en relation avec le thème, accessible au dessus de l'image vidéo.

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Infographie issue d'Africascopie, 1ère partie : les acteurs du marché du mobile en Afrique


Au total : 10 M d'abonnés au téléphone mobile en 2001 et 130 M d'abonnés au mobile fin 2006.

2ème partie : les métiers du portable

"Ici, on essaie toujours de donner une seconde vie aux choses. Il faut se dire que les gens n'ont pas toujours les moyens d'aller payer un téléphone 40, 50 ou 100 000 francs CFA" Ibrahim Sy, réparateur de portables.
Sachant que 500 francs CFA sont équivalent à 1 € et que dans nombre de pays d'Afrique des proportions importantes des populations rurales vivent avec moins d'1$ par jour.

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Photographie issue d'Africascopie, 2ème partie Petits métiers portables


Les activités économiques générées par le développement de la téléphonie mobile sont multiples : réparation et vente de téléphones, de chargeurs, de cartes. Une réparation peut prendre 1 heure à 2 jours pour un téléphone.

Tous les téléphones sont importés depuis Dubaï, la Chine, l'Europe et les Etats Unis.


Il faut aussi noter qu'en l'absence de téléphonie fixe précédent l'arrivée du portable, les africains apprennent la téléphonie avec la mobilité et la prise de rendez-vous à distance, jusque là inédite.Tout ceci bouleverse le rapport au temps.


Le développement du téléphone aide les petits entrepreneurs en réduisant les distances parcourues et en facilitant la synchronisation des actions.


Concernant les coûts d'internet à Bamako au Mali, Mohammed Diakité facture 400 francs CFA l'heure de connexion, soit 0.8€.

Ce gérant d'un cyber café de Bamako dispose de 10 postes de travail, avec une connexion de 512Kb/s pour 100 000 francs CFA/mois soit 150€ ! Le modèle économique est difficile à équilibrer.

3ème partie : le monde depuis un cyber africain


Boukary Konaté, dont vous pouvez entendre le témoignage dans cette 3ème partie est un blogueur malien, s'exprime notamment dans un commentaire sur
cette page  d'appel à projet du webdocumentaire Africascopie (le quatrième commentaire publié). 

Voici ce qu'il dit à propos de l'utilité de la pratique d'internet :


"
Les réseaux sociaux comme Face book, linknd et d’autres m'ont permis d'avoir contact avec des correspondants, des gens de bonne volonté pour le développement de l'Afrique ainsi que des collaborateurs de travail à distance. Cela me permet de dire que l'Internet n'est pas seulement un espace d'information ou de jeux mais aussi un espace de travail en groupe donc un espace qui contribue au développement de la condition humaine."

"
Malgré les multitudes initiatives de lutte contre la fracture numérique, l'Afrique a des difficultés d'accès à Internet à cause du prix élevé de la connexion dans les Cybercafés et la lenteur de la connexion quelques fois sans parler de l'impossibilité pour la plupart d'avoir son propre ordinateur. L'heure de connexion s'élevant entre 400 F CFA à 500 FCFA à Bamako et même 1000 F CFA dans les régions est très chère pour quelqu'un qui veut réaliser de belles initiatives dans le domaine des NTIC. Pour cela, un effort inlassable doit être fournit pour que l'Internet soit à la portée de tous pour qu'il y ait un total désenclavement numérique."

Boukary Konate complète ce propos dans Africascopie :


"
Aujourd'hui, toutes les connaissances se trouvent propagées sur internet. Il suffit d'avoir accès à la connaissance et à l'expérience des autres".

Avec cette critique :


"
Les jeunes communiquent avec les filles pour se donner rendez-vous dans les hotels. En afrique auparavant dans la culture, ce n'est pas normal qu'il y ait un contact entre les jeunes hommes et femmes. Ca c'est un trait négatif pour notre culture".

4 ème partie : nouvelles technologies et médecine


"Actuellement tous les radiologues diplômés du Mali sont à Bamako. Dans les autres régions, il n'y a pas de radiologue".


Pour pallier à ce déficit de médecins spécialisés, les radios sont photograhiées avec un appareil numérique et envoyées au radiologue à Bamako. Les paysans interprètent l'envoi de photos comme de la magie.


Au dela, cette partie fournit une infographie sur le rôle des TIC en matière de développement.

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Infographie issue d'Africascopie, 4ème partie Nouvelles technologies et médecine


5ème partie : rebuts informatiques


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Infographie issue d'Africascopie, 5ème partie Rebuts informatiques

 

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19/04/2010

L'histoire d'Internet par Serge Soudoplatoff

En regardant cette intervention filmée de Serge Soudoplatoff sur l'histoire d'Internet, voila quelques points que je souhaiterai retenir et partager avec vous.



Serge Soudoplatoff - Les vraies ruptures d'Internet

- Internet renvoit à l'invention de l'alphabet, plutôt qu'à l'invention de l'imprimerie. La rupture est donc plus profonde.

- Internet n'est pas né d'une volonté du Ministère américain de la défense de construire un réseau suffisament décentralisé pour résister à une attaque nucléaire. Ou du moins pas seulement. Internet ne s'est pas développé selon un processus causal mais plutôt suite à une "innovation de percolation" (la percolation renvoit à l'idée de seuil, de  limite au dela de laquelle un phénomène se met à changer), c'est à dire le rencontre et la mise en commun de travaux réalisés séparément mais ayant des points communs et des complémentarités.

- Ce sont des réseaux de personnes passionées qui ont fait et qui continuent de le faire.

- En 1991, Al Gore dans son livre blanc, propose de faire d'internet un moteur d'innovation sociale.

- 1.7 milliards d'individus ont accès à Internet (+/- 25% de la population mondiale)

- Internet n'a rien inventé mais il a permis à des formes sociales existantes de se développer. Internet favorise les relations horizontales et les échanges entre membres d'un même réseau.

- Lorsqu'on partage un bien matériel, il se divise; quand on partage un bien immatériel, il se multiplie.

- L'utilisateur veut être co-constructeur du service ou du produit.

- L'enjeu de l'ère d'internet est la gestion des interactions entre les individus.


Appliqué aux questions de solidarité et de développement, qu'est ce propos pourrait apporter ?

Voici quelques avis personnels et questions sur la question.

- Tout d'abord, les organisations de solidarité nationale et internationale partagent avec les constructeurs d'internet le fait d'être des passionés. Pourquoi l'engagement associatif est il affaire de passionés ? La question reste ouverte et vous avez les commentaires pour donner votre avis, mais mes connaissances du milieu confirment cette idée. Les conditions matérielles et financières dans lesquelles ces organisations travaillent sont souvent compensées par un investissement personnel sans relâche des salariés et bénévoles. Cet investissement trouve sa source dans l'adéquation entre les convictions personnels des individus et les valeurs portées par l'organisation.

- La solidarité qui concerne les biens matériels n'est pas gérée par les même lois que la solidarité qui concerne l'immatériel. Autant une ressource limitée devra être attribué à tel ou tel projet, autant une ressource immatérielle peut servir en même temps à plusieurs utilisateurs. C'est même ce partage à un grand nombre qui fait la valeur de cette ressource : plus quelque chose est partagé, plus il a de la valeur.

- Les grandes associations et ONG doivent s'adapter à Internet comme les entreprises : leur centralisation, leur contrôle de l'information et leur organisation hierarchique vont se heurter aux pratiques de leurs utilisateurs.

- La co-construction vaut également pour les actions de solidarité. De plus en plus, les internautes co-construisent l'image et les représenations qui concernent les associations et les ONG. Dans une certaine mesure, avec des sites comme Aider Donner (équivalent de l'anglo saxon Just Giving), les internautes deviennent collecteurs de dons pour les associations. Demain, sur le terrain, les associations seront-elles des organisatrices des bonnes volonté et des centre de mise en relation de personnes ayant des compétences et de la bonne volonté, avec des porteurs de projet (à l'image de Dreamshake).

- La gestion des interactions semble se faire de plus en plus sur les sites sociaux. Quelle utilisation solidaire est faite de ces sites sociaux ?

 

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Pour une retransciption intégrale du propos de Serge Soudoplatoff par Taos Aït Si Slimane (que nous remercions au passage).

Le blog de Serge Soudoplatoff

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15/04/2010

Tinkuy.fr : le dilemme communautaire

A moins d'être féru de culture web ou de parler couramment Quechua, peu d'entre nous savent ce que signifie « Tinkuy ».

Tinkuy, « rencontre » dans la langue des Incas, est aussi le nom d'un site web collaboratif né en septembre 2008, qui permet d'échanger des conseils, produits, services et événements pour une vie plus responsable.

Principal avantage de ce frais modèle économique du web : une fidélisation et un dynamisme accrus de la communauté en place via un système de récompenses orchestré par Tinkuy et alimenté par des produits d'annonceurs.

Tinkuy a donc fondé son modèle économique sur son rôle d'intermédiaire entre des annonceurs et une communauté d'internautes rassemblée sous son nom  (les Tinkuynautes). Les annonceurs faisant office de fournisseurs de biens et de services « bonus », les Tinkuynautes évaluant la pertinence des produits sous un angle écolo, il semblerait que tout le monde y trouve son intérêt : soit respectivement se faire connaître et se faire entendre.

En version web 2.0, le principe de « la carotte », pour reprendre les mots de Frédéric Poussard, fait toujours recette. Il constitue un avantage notoire pour motiver les Tinkuynautes à raffermir les liens communautaires sur la base d'un intérêt à la fois personnel (gagner des cadeaux et des avantages) et de groupe (peser en faveur d'un marché consumériste « responsable »).

Nuance, nuance.

Dans le schéma Tinkuysien, on peut tout de même se demander si la primauté revient aux initiatives privées de développement durable, à l'instar de « Panda », cité plus bas dans le billet, ou aux annonceurs. D'où ce questionnement :  Tinkuy est-il réductible à l'appellation de communauté marchande ?  Pour autant, s'inscrit-il de manière pleinement concluante dans une démarche de solidarité et de développement ? La sur-présence des annonceurs, contrebalancée par l'effective communauté d' internautes éco-responsables faisant autorité sur le site et sur les produits présentés, contribue à brouiller les pistes.  Un argument d'autorité, peut-être ? Tinkuy.fr bénéficie aujourd'hui du soutien du Programme de la Décennie des Nations Unions pour l'Education au Développement Durable.

Ecoutons plutôt Frédéric Poussard*, l'un des fondateurs de Tinkuy, s'exprimer à propos du modèle économique du site :

Pour revenir un peu sur l'origine du site, Tinkuy est le fruit d'une rencontre entre cinq amis, Frédéric Poussard (que vous pouvez écouter ci,-dessus), Damien Boyer, Renaud Le Chatelier, Franck Blot et Julien Frédonie, autour d'un projet professionnel. Réunissant leurs compétences respectives (web, communauté, programmation, développement durable), la réflexion s'est rapidement centrée sur différents points qui sont autant de constats que d'aspirations communs. Tout d'abord, ce constat selon lequel « le citoyen lambda manque d'informations, d'idées simples ; de culture générale sur ce que peut être sa responsabilité au jour le jour ». A cela s'ajoute successivement le constat de la puissance du web corrélative au manque de mise en avant de certaines initiatives et, pour finir, le besoin criant d'échanges. Ce tout s'est trouvé dynamisé par l'intérêt personnel des convaincus et leur envie de changer les modèles économiques.

Concrètement, Tinkuy est donc une communauté d'internautes qui s'entraident dans le but d'une responsabilisation de l'homme et de l'environnement. Cette plateforme participative s'appuie sur des technologies web innovantes pour accompagner et sensibiliser les internautes à la diffusion et au partage de solutions concrètes par de petits gestes qui re-fondent le quotidien.

Résumé en images :


Selon Frédéric Poussard*, Tinkuy est à comprendre comme "le Facebook du développement durable". Ecoutons plutôt :


Exemples concrets

On a tous plus ou moins en tête qu'il faut revenir à une consommation naturelle des fruits et légumes, autrement dit, les consommer pendant la saison. Mais entre nous, qui est vraiment au point sur la question ? Le Panda, un internaute de la communauté Tinkuy propose ainsi un calendrier téléchargeable pour savoir quand manger quoi. Argument force de frappe : « selon les analyses du WWF, un fruit importé hors saison par avion consomme 10 à 20 fois plus de pétrole que le même fruit produit localement et acheté en saison... ». Cela peut paraître simpliste, de prime abord. Sauf que, ces petites actions, une fois mises bout à bout, fournissent réellement l'occasion de modifier son empreinte écologique et de se donner les moyens de ses convictions.


Fondamentalement, ce qui ressort de ce projet est la volonté et la mise en application d'une conciliation possible entre intérêts environnementaux, humains et économiques. Dans ce cercle vertueux, les acteurs en chaîne doivent trouver leur compte :

1) Le particulier : il trouve des solutions applicables au quotidien et gagne des points et des avantages quand il aide la communauté (nous y reviendrons plus tard)

2) Les amis : ils bénéficient également d'avantages en contribuant au développement de la communauté.

3) Les entreprises : elles peuvent proposer des solutions et soumettre leurs offres à l'évaluation de la communauté.

... Le tout au bénéfice de la planète et la réduction de l'impact environnemental. A souligner d'ailleurs que l'activité de Tinkuy.fr permet de générer des dons pour financer des projets partenaires menés dans des associations, ONG, etc.

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Pour résumer, Tinkuy.fr c'est :

- Trouver ce qu'on cherche à partir de catégories, de types de publications et de bénéfices variées

- Proposer des conseils, des services, des produits ou des événements

- Rencontrer la communauté des Tinkuynautes et parrainer des amis pour gagner des Tinkpoints

- Gagner des Tiknpoints et des avantages écolos grâce aux entreprises partenaires du site

- Agir, avec des partenaires tels que easydevis, covoiturage.fr, babyoloan ou encore WWF et UNICEF

Reste ouverte la question du modèle Tinkuy abordée en début de billet... Tinkuy ; communauté d'influence marchande ou communauté d'échange et de partage ? D'une utilisation à l'autre, les avis seront partagés.

 

* Les extraits audio ont été enregistrés lors de la Conférence Entraide 2.0 : quand les réseaux sociaux facilitent la solidarité le 7 avril 2010. Etaient notamment présents Renaud Le Chatelier et Frédéric Poussard, co-fondateurs de Tinkuy.fr, Ludovi Bu, co-animateur de l'Auberge de la solidarité, Fraznçois-Xavier Tanguy, co-fondateur de Dreamshake.com et Frédéric Mazzella, fondateur de Comuto et éditeur de Covoiturage.fr (et dont il est fait allusion dans les extraits vidéos).