03/08/2009

Témoignages photographiques : photoblog de Médecins sans Frontières

J'ai découvert le photoblog* de Médecins sans Frontières. J'ai visité ce site grâce à Facebook, car je me suis abonné au groupe MSF et je reçois désormais les actualités qu'ils publient grâce à ce groupe. Facebook, outil utile donc.

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Comme pour travailler dans l'humanitaire, mieux vaut parler l'anglais
si vous vous inscrivez à ce groupe. Même si la photo se passe aisément du langage.

En terme de structure, le photoblog se traduit par une mise au premier plan de l'image photographique.
Le photoblog de MSF permet d'ailleurs de mettre un cache noir sur les textes qui entourent la photo, lorsque vous cliquez sur l'image. Comme ci-dessous :

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Nigeria, Photo: Misha Friedman

Chaque note porte en titre le nom du pays où la scène a été photographiée. Sur ce cliché, il s'agit d'un enfant nigerian pris en 2007 alors qu'il subissait une intervention chirurgicale dans l'hopital Teme de Port Harcourt, suite à une blessure.

En terme de fonction le site propose un flux RSS qui permet de recevoir chaque mise à jour. Dans la colonne de gauche, le photoblog propose des liens vers une dizaine de blogs tenus par des expatriés MSF sur le terrain, ainsi que des blogs d'expatriés revenus du terrain.

Chaque photographie est accompagnée d'une légende qui met l'image en contexte et donne à voir un peu de ce qui se passe en dehors de l'image. Mais encore une fois, il faut parler anglais car vous ne trouverez pas de traduction.

Dans la légende de cette photo, Médecins sans Frontières explique son action dans le pays ou l'image a été prise. En l'occurence, le Nigeria dans la ville de Port Harcourt en 2007. Toutefois, nous regrettons que le site ne propose pas de lien vers d'autres pages permettant d'en savoir plus sur leurs actions dans le cadre de cette mission particulière.

A propos
Dans la rubrique à propos, MSF explique les intentions qui président à cette initiative. Les voici reproduites :

"Alors qu’il est possible de décrire des émotions, d’expliquer des faits et de raconter une histoire au travers les mots; ils ne peuvent jamais remplacer l’instant précieux que capture une photographie. Des images touchantes offrent une fenêtre sur la vie des gens, décrivant souvent leur réalité à travers une perspective unique. Depuis plus de 30 ans, MSF envoie des photographes dans ses projets pour documenter à la fois son travail et les personnes qu’elle souhaite aider. Voici une collection de quelques-unes des meilleures images prises par ceux-ci, y compris des images provenant de photographes primés, indépendants ou affiliés aux agences de presse internationales et agences photo.

Le blogue photo MSF présentera, au quotidien, une image de son travail actuel ou provenant de ses archives, afin de partager ces images exceptionnelles avec le public. La sélection sera faite parmi trois décennies d’images provenant des nombreux pays dans lesquels MSF a travaillé ou œuvre aujourd’hui."

Texte et image : deux vecteurs de l'information
En effet, le texte et la photographie sont deux moyens d'informations complémentaires, qui permettent de saisir différents aspects de la réalité. Si je prends une image et que je la décris, l'effet produit dans l'esprit de quelqu'un qui prend connaissance de cette description ne sera jamais le même que l'effet produit par une image. Une photographie se donne à voir complétement, d'un seul coup. Alors que le texte nécessite du temps pour que les mots s'impriment dans la mémoire. Pour cette raison, l'image véhicule plus rapidemment une émotion. C'est donc un moyen privilégie pour toucher le coeur. Le texte pour sa part s'adresse plus facilement à la raison.

Or, s'adresser à la raison et au coeur sont les deux moyens dont disposent les organisations humanitaires pour transmettre leurs messages et témoigner des réalités vécuent sur le terrain.

ONG et image
Comme le rappelle MSF, d'une certaine manière, le mouvement  des organisations humanitaires, n'a jamais travaillé sans image. Les ONG ont toujours eu recours à la photographie pour témoigner des réalités qu'ils rencontraient sur le terrain. Au film également.

Toutefois, ces images avaient une diffusion confidentielle : elles étaient rarement publiées et servaient principalement en interne dans les ONG, ou bien  parfois à destination des bailleurs de fonds pour illustrer les rapports d'activités des associations. Quelques livres et films documentaires ont bien véhiculé ces images. Je pense notament à la BD éditées par et pour Reporters sans Frontières, sur la grand reporter Anne Nivat. Il  en est question dans cet article de Rue89. Je pense également aux très beaux films de Christophe de Ponfilly : l'Etoile du Soldat et Massoud l'Afghan. Christophe ayant été photographe dans une mission de Médecins sans Frontières en Afghanistan à la fin des années 80.

Ce que change internet
Or l'avénement d'internet change la donne en matière de diffusion d'images.

En effet, la mise à disposition et le partage des images ne représente plus un coût important. De plus les images sont accessibles depuis n'importe quel ordinateur connecté, n'importe quand. Ce qui n'est pas le cas dans un système de distribution physique.

Les ONG peuvent désormais mettre à disposition  un grand nombre de témoignages depuis un plus grand nombre de lieux de missions. Si cela est vrai pour les images, cela l'est également pour les témoignages écrit. La disponibilité et la possibilité d'accèder, grâce à un site internet, à un réseau de témoignages des acteurs de terrain change radicalement de l'époque ou les organisations humanitaires dépendaient de la mise en Une par les médias d'un pays, d'une situation, pour pouvoir y placer les témoignages produits par l'organisation.

En terme d'accès à l'information pour les publics, cela change également la donne. Si, en tant que journaliste, chercheur, futur voyageur ou migrant, je fais des recherches sur un lieu particulier, sur un type d'action, sur une thématique, il m'est désormais possible d'aller chercher dans les archives proposées par les organisations humanitaires pour me renseigner. C'est un moyen de trouver de nouveaux interlocuteurs, de nouveaux partenaires, de nouvelles sources d'informations. C'est donc un nouveau moyen d'enrichir l'information de points de vue. Sans parler des possiblités de mises en relations directes, de rencontres.

Si comme l'affirmait Bernard Kouchner - qui fut membre fondateur de MSF : "L'ennemi essentiel des dictatures et du sous développement reste la photographie et les sursauts qu'elle déclenche", alors nous ne pouvons que louer la simplification et l'accroissement de la distribution de photographies témoins de ce qui se passe dans le monde, grâce à un internet.

* Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est qu'un photoblog, je le définirai comme un blog, c'est à dire un site dynamique régulièrement mis à jour, dont l'essentiel des contenus est fait de photographies. Le texte intervenant comme un complément de l'image.

Pour poursuivre sur ce thème :

Visiter le photoblog de MSF

Site de photojournalisme social et humanitaire de Manuel Meszarovits


Que voit-on lorsqu’on aperçoit de manière furtive le visage d’une victime de catastrophe naturelle sur un panneau de 4 par 3 dans les couloirs du métro ? Que comprend-on quand on découvre en une des journaux des images de famine ? Qu’est-ce qui dans ces images fait sens, nous interpelle ou nous révolte ?

18:31 Publié dans Médias et informations | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : photo, portraits, image, témoignage, msf, médecins sans frontières | | | Digg! Digg