10.12.2010
Infographie sur internet : attirer l’attention vers les données des acteurs de la solidarité
Séduisantes, efficaces, directes, facilement partageables, les infographies (ou Dataviz) ont le vent en poupe en ce moment, dans la presse classique mais aussi sur le web. Lors de l'introduction du concept dans la langue française vers les années 1970, l'infographie désigne uniquement les graphismes, que l'on appelle alors « infographies » (mot valise exprimant l'idée d'information par le graphisme), destinés à mettre en images des informations généralement statiques au moyen de diagrammes, de cartes ou de schémas. Aujourd'hui, le concept d'infographie s'est élargi à tous les graphismes produits par des moyens numériques.
Des médias comme lemonde.fr ou Owni en sont friands. Au-delà du sempiternel diagramme circulaire ou du tableau réservé à l'analyste, les infographies sont là pour dire des choses, rendre compréhensibles les chiffres et les enjeux qu'ils soulèvent et transmettre de l'information. Ces infographies permettent l'accès des données à un plus grand nombre, elles se prêtent à une lecture rapide et approfondie et sont aisément redistribuables aux réseaux de connaissances de leurs lecteurs. Les associations et les acteurs du non-profit s'y mettent et comprennent l'intérêt de publier toutes ces données qu'ils collectent du terrain.
Histoire d'image et de sens
En tant qu'image rationnelle, la représentation graphique se distingue à la fois de l'image figurative et de la mathématique.
Les images graphiques ont d'abord été conçues, et d'une certaine façon c'est encore le cas aujourd'hui, comme des reproductions de la nature visible (même schématisées). Il faut en fait attendre le milieu du XVIème siècle pour entrevoir à Oxford d'autres formes graphiques avec l'apparition de représentations quantitatives et notamment de diagrammes.
La graphique utilise le système dit monosémique. La connaissance de la signification de chaque signe est antérieure à l'observation de l'assemblage de signes. Chaque élément y est défini à l'avance. La perception consiste alors à caractériser les relations qui s'établissent dans l'image, entre différentes images, ou entre l'image et la réalité. Des conventions sont fixées, il convient de ne pas les discuter.
Avec la fin du XXème siècle, le système de signes franchit une étape nouvelle et fondamentale, sous la pression de l'information moderne et grâce au développement de l'informatique. On perçoit désormais clairement une différence entre la représentation graphique d'hier, qui restait associée à l''image figurative et le graphique de demain, marqué par la disparition de la domination de l'image en tant que telle. Le graphique est devenu, notamment en raison de sa maniabilité, un instrument de traitement de l'information.
Les graphiques constituent des composantes importantes des quotidiens, des études, des rapports parce qu'ils donnent une information à la fois visible et synthétique et fondée le plus souvent sur des chiffres donc scellé du sceau de l'objectivité. C'est ainsi qu'est né le data journalism. Et c'est dans cette mouvance que les premières infographies consacrées au non-profit sont apparues.
Démonstration, par l'exemple, de quelques utilisations possibles des infographies.
Faire passer un message fort de façon direct : le plaidoyer
Les images parlent directement. Le message peut être transmis de façon plus claire.
La vraie taille de l'Afrique est une infographie frappante qui met en relation les populations des pays du monde avec les populations d'Afrique.
Allant à contresens de l'image véhiculée par la fameuse carte que nous avons tous en tête (la projection de Mercator ), cette représentation tend à rappeler la taille d'un continent souvent oublié. Elle rappelle également que plus d'un milliard de personnes y vivent. Cette visualisation d'information a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, retweetée près de 200 fois (estimation grâce à l'outil http://backtweets.com). Des critiques ont été faites sur le respect des proportions (première version) ce qui a amené à une version corrigée en Creative Commons, elle aussi reprise plus de deux cents fois. On pourra néanmoins regretter l'absence de prise en compte de la population.
Appel à l'action : la polio peut être éradiquée.
Mais l'infographie, au-delà de frapper l'esprit, peut être militante et incitative. Des associations, des fondations peuvent l'utiliser dans une démarche de mobilisation.
Dans une infographie comme celle-ci, le titre joue un rôle important. L'auteur de cette infographie, la fondation Gates, produit un grand nombre d'infographies qu'elle utilise directement et qu'elle transmet à des relais d'opinions comme les medias (on pense notamment au Guardian ).
La fonction est ici d'étayage. Les illustrations participent à la construction de l'argumentaire développé par l'auteur dans un texte. Autrement dit, elles ont valeur de preuves dans le cadre d'une démonstration développée dans le texte principal. Certes, les illustrations peuvent contenir de l'information complémentaire mais celle-ci ne peut être considérée comme le vecteur de la fonction principale: elle constituerait plutôt une qualité secondaire au service d'une stratégie de conviction. L'illustration atteste alors la véracité des informations contenues dans le texte.
Le web est en temps réel, les infographies aussi
A l'occasion de la journée mondiale du Sida du premier décembre dernier, l'ONG Red a mis en place un dispositif de mobilisation et de sensibilisation.
1er Décembre : journée mondiale du Sida.
#turnred & les actions à l'échelle mondiale
Une de ces actions mettait en jeu Twitter et Facebook : à travers un dispositif de visualisation, tous les messages comportant le hashtag #turnred étaient relayés sur une carte interactive. Ce dispositif de cartographie en temps réel n'est pas une première. Sur le même principe, Ushahidi mobilise régulièrement les cartes pour organiser la réponse des secours en situation de crise (par exemple à l'occasion des très récentes élections ivoiriennes). Dans ces cas, la carte devient un support d'organisation de l'action.
Les rapports et les bilans : retour sur les résultats partagés
Communiquer sur les résultats de son action en interne et/ou en externe est une priorité pour les associations.
Certaines illustrations ont pour fonction de reprendre sous une forme condensée une partie de l'information contenue dans le texte principal. Contrairement aux fonctions d'information, l'usage correspond ici à un passage du code écrit au code visuel, à une traduction condensée, de l'information verbale dans une forme figurée. Pour le lecteur, elle permet de considérer en une même appréhension des caractéristiques, des relations difficilement exprimables par les mots. Elle transmet donc de façon synthétique un ensemble de données.
On peut citer l'initiative de Médecins Du Monde qui a décidé de transmettre les enseignements de son observatoire sur l'accès aux soins des plus démunis en France auprès du public sous cette forme.
Observatoire de l'accès aux soins de la mission France - Rapport 2010
Un autre exemple est l'Amfar qui présente une version web de son rapport avec notamment une carte de ses lieux d'intervention...
Lieux et types d'intervention de l'Amfar
L'Analyse à froid
Le ressenti devant le désastre du Pakistan, dont nous avions déjà parlé, fut la sensation d'une différence de traitement par rapport au désastre Haitien. Il restait à les comparer, c'est chose faite avec cette infographie qui met en lumière les différences dans les dons à l'échelle globale mais aussi à une échelle plus locale. On peut ainsi noter la beaucoup plus faible participation des Etats Unis et des individus pour le Pakistan. Un Pakistan soutenu par l'Arabie Saoudite. Les relations géopolitiques apparaissent.
Haiti vs le Pakistan : qui a reçu le plus d'aides ?
Le constat, pour aller plus loin ?
Sur le blog Huit fois oui (rédigé comme Regards sur le web par l'équipe d'administrateurs de la plateforme de blog Solidaires du monde), une carte mettant en avant quelques avancées des OMD a été présentée : « La carte a pour objectif de représenter les Etats qui font le plus de progrès dans la lutte contre la pauvreté. » Une façon de mettre en valeur les bons chiffres.
Les infographies dynamiques sont particulièrement utiles pour mettre en avant des évolutions (on pense ici aux présentations de Hans Rosling) et des comparaisons entre pays ou thèmes.
Une carte interactive publiée sur le Center for Global Development met ainsi en avant la contribution des pays riches à l'aide au développement par thématiques et en fonction des régions d'affectation.
Contribution des pays riches à l'aide au développement
Dans une même démarche comparative, mais placée cette fois sous l'angle des pays pauvres, on pourra se reporter sur l'infographie interactive proposée par le Guardian et la fondation Gates. La scénarisation y est intéressante, toute comme la synergie entre texte et image, mais l'organisation (notamment la présentation de la légende qui n'arrive qu'en milieu de parcours) ne facilite pas la compréhension.
OMD : les progrès en matière de lutte contre la pauvreté
Surfant sur un succès grandissant et une adéquation avec la lecture sur le web : les données brutes des acteurs du secteur caritatif sont propices à la réalisation de belles infographies. Reste à convertir et à scénariser ces données. Les grandes associations et fondations disposent de moyens qui expliquent qu'ils soient les premiers à se tourner vers ce format de documents. Néanmoins des solutions gratuites de visualisations de données existent comme Gephi, Manyeyes, Timetric et même Google propose des outils de visualisation qui permettent à chacun de donner quelques coups de pinceaux sur leurs tableaux de chiffres. Aux plus motivés de se lancer !

- Entretien avec Simon Rogers, le data-blogueur, par Ziad Maalouf de l' Atelier des Médias
- 200 ans, 200 pays en 4 minutes par Hans Rosling
- Beaucoup de sites et blogs relayent des infographies. On peut citer : FlowingData, Cool Infographics ou Visual complexity. L'un d'eux s'intéresse plus particulièrement à des questions plus sociétales : Good. Enfin on n'oubliera Twitter comme outil de veille. Vous pouvez suivre par exemple le hashtag #infographic...
- Et si vous voulez voir ce qu'il est possible de faire, une de nos "tentatives" de réalisation grâce à l'outil de visualisation de Google sur la Perception du degré de corruption dans le monde à partir des données de Transparency International

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Digg
04.06.2010
Peuplade : le site de (votre) quartier !
Le but de Peuplade est de permettre à des habitants d'un même quartier de se rencontrer sur la base d'affinités communes ou de partage d'intérêts. Bons plans, échanges de services, petites annonces, événements et sorties, rencontres au coin de la rue constituent autant de motifs pour rencontrer ceux qui peuplent votre quartier. Les villes couvertes par le site sont : Paris, Marseille, Grenoble, Lyon, Toulouse, Nice, Nantes, Strasbourg, Montpellier, Bordeaux, Lille, Rennes, Reims, Le Havre, Saint Etienne et Toulon.
Tout commence avec l'ouverture d'un compte. Sur l'interface du site, vous êtes invités à remplir votre autoportrait en répondant à des questions sur vous, vos savoir-faire et vos pratiques de vie de quartier. Ce premier pas vous permet de personnaliser votre approche/accroche et de faire entendre votre sensibilité au reste de la communauté. Pour finir, un avatar ou une photo permet de pousser l'effort de personnalisation un peu plus loin et de vous faire reconnaître plus facilement parmi les autres membres :
Sur l'interface du site, un système de géo localisation vous permet de visualiser les peupladiens les plus proches de chez vous. En développant cette logique d'information géo référencée, peuplade était l'un des précurseurs en la matière ! Aperçu :

En visitant l'actualité de votre quartier, vous êtes rapidement amené à faire des rencontres qui prendront forme dans le bar du coin ou ailleurs (ballade, visite,...). Les rencontres les plus sympathiques sont souvent celles de groupe : café philo, café psycho, ... car elles permettent de renforcer l'aspect communautaire - même si les affinités réelles se forment évidemment de manière plus restreinte. La façon dont s'organisent les rencontres sont à l'image de l'esprit peupladien : une personne vous contacte, puis c'est une autre qui vous demande si vous comptez venir, tout ça avant que ce ne soit vous qui, finalement, contribuiez vous-même à faire circuler l'information.
Exemples de Peuplades :
Jeu de piste ?
Visite de château ?
Histoire du site, par Jérémie Chouraqui - co-fondateur du site
Une expression solidaire du web ? Forces et écueils
En novembre dernier, à l'occasion de l'événement Les Rencontres de Babyloan, et plus particulièrement de la conférence Web solidaire, Stéphane Legouffe était là pour présenter Peuplade. Ce positionnement comme acteur de la solidarité sur le web mérite toutefois que l'on s'y penche de plus près.
Force est de reconnaître que, sur cet axe, le concept est éloquent : chacun est susceptible d'apporter sa pierre à l'édifice du quartier, sur la base de ses qualités et compétences propres. Cet esprit communautaire est d'ailleurs vérifié par le modèle économique requis : la gratuité d'usage pour les membres et des contrats de soutien avec des entreprises partenaires - destinés à faire vivre le site. Sur ce dernier point, l'information est toute relative puisque ce ne seront bientôt plus les entreprises partenaires qui assureront le développement de Peuplade...
Mais pour l'heure, difficile d'en savoir plus ! Rappelons tout de même que Peuplade a initialement bénéficié du soutien des collectivités locales, très enthousiastes quant à l'essor de ce modèle social. Qui plus est, avec l'ouverture de l'espace Pro, qui permet aux particuliers de faire de leur passion une activité rémunératrice, le risque d'E-baysation à l'échelle des quartiers se forme... Qui plus est, des annonces telles que « offrez vous du confort à petit prix épedia, simmons, .... des matelas et sommiers à des prix défiants toute concurrence et imbattables sur le marché de l'occasion. Bonne qualité, bon état, un confort de rêve! » peuvent décrédibiliser des annonces de particuliers plus classiques - et sympathiques : « bureau en aggloméré décor chène. 1.2m*.6m bon état général, démonté et complet. A emporter près de la bastille.
Une bonne bouteille de vin en échange... Elle sera bu à la santé du troqueur. ».
Avis d'utilisateur
En prévision de la rédaction de cette note, quoi de mieux finalement que d'expérimenter soi-même le terrain peupladien pour y recueillir les avis d'utilisateurs ? Première chose à noter : la décontraction et les facilités des échanges autorisés par l'esprit du site. Contrairement à des sites de rencontre plus spécifiques, la communauté peupladienne cherche définitivement à embrasser le réel, et non à le colmater avec des fantasmes identitaires. Le principe final étant de fréquenter des gens de son quartier, le naturel est valorisé à la faveur de rencontres fiables.
Les utilisateurs rencontrés ont en commun le fait de se faire l'étendard de la philosophie peupladienne : chacun revendique, à partir de son éclairage propre, l'identité et les valeurs portées par le site. Ceci étant, les avis divergent dès lors qu'on pose la question de la pérennisation des rencontres : si la plupart revient régulièrement sur le site, notamment parce qu'il est avisé d'un message qui lui est adressé, un certain nombre regrette le manque de suivi des rencontres engagées grâce au site. En ce sens, encore une fois, les rendez-vous de groupe garantissent une certaine régularité des échanges : généralement dans des lieux et dates fixes , c'est l'occasion de retrouver des membres et de rencontrer les nouveaux arrivants. Le 22 de chaque mois par exemple à Bastille, les peupladiens se retrouvent dans un bar de la place des Vosges).

Un regret peut-être, du côté de certains utilisateurs, et qui concerne les fonctionnalités d'exportations des contenus du peuplade de son quartier vers l'extérieur : un flux RSS, une application Smart phone, un widget Facebook permettraient de favoriser les interactions entre peupladiens (souvent espacées de quelques jours).
Avis de fondateur - Interview de Nathan Stern : cofondateur de Peuplade
Q. Quelles évolutions notoires a connu Peuplade depuis sa création en 2006, notamment en termes de fonctionnalités et de développement de l'interface du site ?
R. Nous avons développé un espace Pro. Il permet aux particuliers de donner la forme d'une activité rémunératrice à leur passion. Cet espace est né du constat que les premiers clients d'un nouvel entrepreneur sont souvent ses amis ou ses voisins. Il n'est plus besoin d'acheter un pas de porte pour avoir « pignon sur rue » : il suffit de créer son espace pro, et de présenter ses services ou ses produits. La vocation de cet espace est de générer un revenu pour la plateforme en contribuant à favoriser l'émergence d'une économie à taille humaine et à visage humain, vraiment ancrée dans la vie quotidienne et indissociable des acteurs qui font les transactions.
Q. Au-delà de l'effet de buzz provoqué par l'annonce de la création de Peuplade, largement reprise dans les médias, comment le service s'est-il pérennisé ? Quels sont, à votre sens, les points forts de ce réseau social de proximité ?
R. Les points forts de ce réseau social de proximité selon moi :
> sa communauté de membres entreprenants, engagés et incroyablement fidèles à Peuplade ! Certaines de mes voisins se connectent tous les jours à Peuplade depuis près 7 ans... A l'échelle du web, 7 ans, c'est le paléolithique !
> sa vision structurée par les principes d'une charte qui reste d'actualité : Réalité, Cohésion, Universalisme, Non sélectivité, Dynamique collective, Mutualisation des talents et Indépendance des personnes.
Q. Selon vous, Peuplade répond-il davantage à une demande d'échange de services ou plutôt à un « simple » besoin de lien social ?
R. Je crains que le lien social ne soit pas un besoin et que les échanges de services ne soient qu'un prétexte. On a besoin d'amour, de temps, d'argent,... et la seule question est : où les chercher ? Sur Facebook ? Au Japon ? A l'église ? Ou, tout simplement, auprès des gens qui vivent ou travaillent à proximité de chez soi ?
Q. Auprès de quelle(s) cible(s) Peuplade rencontre-t-il le plus de succès ?
R. Les membres de Peuplade sont majoritairement des femmes de 25 à 45 ans. Parmi elles, une surreprésentation de personnes qui ont pris leurs distances avec le modèle standard « le papa, la maman et les enfants dans la maison » et qui inventent chaque jour une vie qu'ils s'efforcent de vivre. Nous avons aussi beaucoup d'hommes plus ouverts et plus sensibles que la moyenne. Nous avons enfin une importante population étonnante 60 à 75 ans qui bat en brèche nos stéréotypes sur les seniors. Ils ne se voient pas comme des personnes âgées, il ne sentent pas âgés et ils n'ont pas l'intention de se laisser assigner une condition et une identité par les médias ou leurs enfants. En fait, ils se définissent surtout par le fait qu'ils gagnent (plus ou moins bien) leur vie sans avoir nécessairement à travailler. C'est donc la liberté plutôt que l'âge qui les définit.
Q. On connaît le système économique de Peuplade ; la gratuité d'usage pour les membres et des contrats de soutien avec des entreprises partenaires. Quelles sont les entreprises partenaires aujourd'hui ? Comment choisissez-vous vos partenaires ? Le système économique de Peuplade est-il amené à évoluer ? Quels en sont, à votre sens, les principales forces et les principales faiblesses ?
R. Le modèle économique de Peuplade a changé et va encore changer. Ce ne sont plus les entreprises partenaires qui assureront le développement de Peuplade, mais pour l'heure, je ne peux en dire plus sur nos perspectives. Ce dont je peux témoigner, c'est qu'il est très difficile pour un réseau social d'arriver à l'équilibre économique.
Q. Stéphane Legouffe était présent aux Rencontres de Babyloan, en novembre dernier, pour présenter et représenter Peuplade lors de la conférence Web solidaire. Selon vous, en quoi Peuplade est une expression de la solidarité web 2.0 ? Comment celle-ci se manifeste-t-elle concrètement ? Quelles en sont les limites ?
R. Peuplade s'efforce de proposer un environnement où les interactions entre membres sont naturellement source de solidarité. L'objectif est de désenclaver l'action solidaire pour la rendre plus banale, plus quotidienne. Cela suppose de rendre l'action solidaire plus accessible, mais aussi de lever les freins culturels qui entravent le développement de la solidarité : sortir de l'héroïsation, trouver des gratifications efficaces,...
Mais je dirais avant tout que la solidarité 1.0 est elle-même en crise ! Les acteurs traditionnels de la solidarité ont de plus en plus de difficulté à mobiliser des bénévoles, à les garder, à financer leur action,... Peut-être que la solidarité 2.0 contribuera à émanciper enfin la solidarité de la religion comme de la morale ? à ce qu'on prête moins d'attention aux intentions et davantage à l'impact social ?
Les limites de la solidarité 2.0 ? Sa tendance à éloigner de la vraie vie plutôt qu'à la servir. Le temps passé devant les écrans ne cesse de croître : le temps passé devant la télévision progresse, de même que celui passé à jouer, à surfer sur Internet, et désormais à manipuler son mobile.
Même sur Peuplade, le passage de l'écran à la vraie vie est un vrai défi : beaucoup de nos membres mettent des mois avant de faire le pas ! Comme si la réalité s'éloignait à grands pas :-)
Q. Selon le paradigme courant, les réseaux sociaux permettent de tisser des liens là où la réalité présente des limites contingentes (distance, ...). Selon vous, dans quelle mesure Peuplade peut impacter une pratique sociale à l'échelle des quartiers ?
R. La réalité (les enfants, les amis,...) et l'écran (l'actu, Facebook, Twitter,...) se disputent notre attention. On constate tous les jours la force de décohésion des écrans qui distendent les liens entre voisins, entre membres d'une famille, entre pensionnaires d'une maison de retraite, entre collègues de bureaux... En travaillant à renforcer les liens de proximité, nous essayons de promouvoir la réalité et l'engagement. Parce qu'il est beaucoup facile d'agir dans le cadre de son immeuble ou de son quartier qu'à l'échelle nationale. Il suffit de placarder une affichette « fête des voisins » dans le hall ou d'inviter ses voisins à un pot de quartier. Pour agir au niveau national, c'est autre chose...
Q. Les communautés peuplades s'autonomisent-elles ; ont-elles coutume d'étendre leurs réseaux sans passer par le site ?
R. Oui, et c'est tout le sens de notre initiative : que le web ne soit qu'un tremplin, et qu'aussi vite que possible, les membres se retrouvent loin des machines.
Q. Question libre ;) : quel regard de sociologue portez-vous sur les réseaux sociaux ?
R. Hélas, les réseaux sociaux sont sans doute neutres d'un point de vue éthique : ils peuvent blesser comme ils peuvent réparer. On attribue à Einstein cette phrase « le progrès technique est comme une hache qu'on aurait mis dans les mains d'un psychopathe ». Je crois qu'on peut l'appliquer aux réseaux sociaux dont on n'a pas encore vu la face incontrôlable quoi que Formspring.me donne une petite idée de ce qui pourrait nous attendre. D'un autre côté, j'y vois une formidable source d'innovation sociale - pour le meilleur et pour le pire, certes - mais sans innovation sociale, il y a peu de chances qu'émerge une société véritablement solidaire.
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| Tags : peuplade, nathan stern, site de rencontres, quartier, web 2.0, solidarité |
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19.04.2010
L'histoire d'Internet par Serge Soudoplatoff
En regardant cette intervention filmée de Serge Soudoplatoff sur l'histoire d'Internet, voila quelques points que je souhaiterai retenir et partager avec vous.
Serge Soudoplatoff - Les vraies ruptures d'Internet
- Internet renvoit à l'invention de l'alphabet, plutôt qu'à l'invention de l'imprimerie. La rupture est donc plus profonde.
- Internet n'est pas né d'une volonté du Ministère américain de la défense de construire un réseau suffisament décentralisé pour résister à une attaque nucléaire. Ou du moins pas seulement. Internet ne s'est pas développé selon un processus causal mais plutôt suite à une "innovation de percolation" (la percolation renvoit à l'idée de seuil, de limite au dela de laquelle un phénomène se met à changer), c'est à dire le rencontre et la mise en commun de travaux réalisés séparément mais ayant des points communs et des complémentarités.
- Ce sont des réseaux de personnes passionées qui ont fait et qui continuent de le faire.
- En 1991, Al Gore dans son livre blanc, propose de faire d'internet un moteur d'innovation sociale.
- 1.7 milliards d'individus ont accès à Internet (+/- 25% de la population mondiale)
- Internet n'a rien inventé mais il a permis à des formes sociales existantes de se développer. Internet favorise les relations horizontales et les échanges entre membres d'un même réseau.
- Lorsqu'on partage un bien matériel, il se divise; quand on partage un bien immatériel, il se multiplie.
- L'utilisateur veut être co-constructeur du service ou du produit.
- L'enjeu de l'ère d'internet est la gestion des interactions entre les individus.
Appliqué aux questions de solidarité et de développement, qu'est ce propos pourrait apporter ?
Voici quelques avis personnels et questions sur la question.
- Tout d'abord, les organisations de solidarité nationale et internationale partagent avec les constructeurs d'internet le fait d'être des passionés. Pourquoi l'engagement associatif est il affaire de passionés ? La question reste ouverte et vous avez les commentaires pour donner votre avis, mais mes connaissances du milieu confirment cette idée. Les conditions matérielles et financières dans lesquelles ces organisations travaillent sont souvent compensées par un investissement personnel sans relâche des salariés et bénévoles. Cet investissement trouve sa source dans l'adéquation entre les convictions personnels des individus et les valeurs portées par l'organisation.
- La solidarité qui concerne les biens matériels n'est pas gérée par les même lois que la solidarité qui concerne l'immatériel. Autant une ressource limitée devra être attribué à tel ou tel projet, autant une ressource immatérielle peut servir en même temps à plusieurs utilisateurs. C'est même ce partage à un grand nombre qui fait la valeur de cette ressource : plus quelque chose est partagé, plus il a de la valeur.
- Les grandes associations et ONG doivent s'adapter à Internet comme les entreprises : leur centralisation, leur contrôle de l'information et leur organisation hierarchique vont se heurter aux pratiques de leurs utilisateurs.
- La co-construction vaut également pour les actions de solidarité. De plus en plus, les internautes co-construisent l'image et les représenations qui concernent les associations et les ONG. Dans une certaine mesure, avec des sites comme Aider Donner (équivalent de l'anglo saxon Just Giving), les internautes deviennent collecteurs de dons pour les associations. Demain, sur le terrain, les associations seront-elles des organisatrices des bonnes volonté et des centre de mise en relation de personnes ayant des compétences et de la bonne volonté, avec des porteurs de projet (à l'image de Dreamshake).
- La gestion des interactions semble se faire de plus en plus sur les sites sociaux. Quelle utilisation solidaire est faite de ces sites sociaux ?
Pour une retransciption intégrale du propos de Serge Soudoplatoff par Taos Aït Si Slimane (que nous remercions au passage).
20:13 Publié dans Communication / Médias | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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